( ça doit être un gros mot ! )
La disparition, c’est le titre d’un livre de Georges Perec (éditions Denoël 1969) qui a été intégralement rédigé sans la lettre « e ». Et bien nous, nous avons fait sensiblement la même chose :
Une année nous avons dû rédiger le projet d’établissement de notre collège ; cela a pris plusieurs journées (sur notre temps de travail bien sûr) pour aboutir au fait que le collège devait s’organiser autour de quatre pôles : collège lieu de responsabilisation, lieu d’ouverture, lieu de créativité et lieu d’apprentissage…. Mais jamais il n’a été évoqué le fait que le collège pouvait être un lieu de travail !
Puis nous avons envisagé de développer plus particulièrement les cinq valeurs de référence que sont la responsabilité, la tolérance, la solidarité, la créativité et l’adaptation. Bizarrement le travail n’a pas l’air de faire partie non plus des valeurs de référence de notre établissement !
Par la suite, nous avons décliné ces valeurs de référence en compétences transversales en fonction des différents niveaux de classe : sixième, cinquième etc… par exemple : être capable de gérer son matériel, être capable d’écouter les autres, être capable d’aider un camarade, être capable de s’adapter à différentes méthodes… mais toujours pas : être capable de fournir un travail, ni d’acquérir des connaissances !
Puis nous avons abordé les projets transversaux, c’est à dire, en fait, tout ce qui est extra-scolaire mais qui a souvent lieu pendant le temps de classe : la journée d’intégration, la formation des élèves délégués de classe, le club théâtre (le soir), la journée « bol de riz », le club lecture (le midi), les voyages scolaires, la journée sans tabac, le stage en entreprise des élèves de troisième, la visite des lycées voisins, les itinéraires de découverte… bref, beaucoup de choses très intéressantes, mais toujours autant d’énergie éparpillée dans tous les azimuts sauf dans l’essentiel : le travail ! Ce mot semble avoir totalement disparu de la circulation.
Pourtant , plus j’en parle et plus je rencontre de gens qui sont d’accord avec moi : le bonheur passe souvent par le travail ; tous les chômeurs le disent, ce qu’ils désirent le plus fort c’est un emploi, tous les gens qui travaillent à temps partiel aussi, ils souhaitent un travail à temps plein, c’est à dire travailler plus et malgré cela, à l’éducation nationale, le mot reste tabou. On s’est creusé la tête pour inventer des méthodes toujours plus ludiques, alors que le travail est un sujet sérieux, on s’est investi dans une quantité toujours plus grande d’activités d’éveil au détriment des activités fondamentales, on a gaspillé une quantité incroyable d’énergie pour faire plaisir aux élèves au lieu de se préoccuper de leurs besoins essentiels que sont le besoin d’estime de soi (sentiment d’être efficace, doué, compétent), le besoin de sécurité et de maîtrise (sentiment d’avoir du pouvoir sur l’extérieur, de pouvoir se prendre en charge),le besoin d’être reconnu par les autres comme ayant de la valeur, tous ces besoins ayant comme point commun la nécessité d’acquérir des connaissances, des compétences, pour avoir le sentiment d’être quelqu’un de valable, d’efficace, d’être doué, d’être autonome… Si l’on se penche ensuite sur les compétences spécifiques à chaque matière, et en accord avec les programmes du ministère de l’éducation nationale, on découvre que l’élève est sensé savoir communiquer à l’écrit et à l’oral, comprendre l’écrit et l’oral, savoir se renseigner, acquérir le goût de la lecture (mais on les emmène au cinéma au lieu de leur faire lire une œuvre !), se constituer une identité, etc… mais pas « apprendre » des règles de grammaire ou des théorèmes, pas « apprendre » du vocabulaire ou ses tables de multiplication, pas « savoir travailler » en silence, pas « apprendre son cours » et s’en souvenir encore une semaine après ! Donc toutes les notions restent vagues, superficielles, et seuls quelques collègues dans deux ou trois matières ont précisé noir sur blanc dans leur projet pédagogique qu’ils attendaient des élèves : « qu’ils exercent leur mémoire par un travail rigoureux de mémorisation, indispensable pour construire un raisonnement qui ne tourne pas à vide faute de contenu mobilisable ».
Pourtant les connaissances et la culture sont les meilleures armes que l’on puisse offrir à nos jeunes pour affronter la vie. De plus, il a été prouvé que l’acquisition de vocabulaire est un facteur décisif dans la diminution de la violence car c’est quand les mots viennent à manquer que l’on utilise ses poings ; Alexandre Jardin en apporte la preuve dans son ouvrage 1+1+1 (éditions Grasset 2002), en mettant en évidence la corrélation très forte qu’il existe entre le niveau lexical d’un homme et les actes de violence qu’il commet. Enrichir les connaissances d’un élève permettrait de surcroît de lutter contre la violence scolaire !…Alors hop, hop, hop, on attrape son petit carnet de vocabulaire et on note les premiers mots avec leur définition : « travailler » , « apprendre » , « mémoriser » ! Renouer avec le travail permettra aux enfants de redécouvrir le plaisir de la réussite et l’épanouissement lié à la compétence . Mais au fait, saviez-vous, vous parents, qu’il existait un projet éducatif dans l’établissement de votre enfant ? Et avez-vous déjà eu connaissance du projet pédagogique de chaque matière ? Je propose pour ma part que l’on réintroduise du travail, de la rigueur, des exigences en matière de connaissances, que l’on se recentre sur l’essentiel au lieu de se laisser envahir par l’insignifiant. Si l’on veut de jolies roses, il faut savoir tailler le rosier !









