L'article

11
nove
2007

la disparition.

( ça doit être un gros mot ! )

La disparition, c’est le titre d’un livre de Georges Perec (éditions Denoël 1969) qui a été intégralement rédigé sans la lettre « e ». Et bien nous, nous avons fait sensiblement la même chose :

Une année nous avons dû rédiger le projet d’établissement de notre collège ; cela a pris plusieurs journées (sur notre temps de travail bien sûr) pour aboutir au fait que le collège devait s’organiser autour de quatre pôles : collège lieu de responsabilisation, lieu d’ouverture, lieu de créativité et lieu d’apprentissage…. Mais jamais il n’a été évoqué le fait que le collège pouvait être un lieu de travail !

Puis nous avons envisagé de développer plus particulièrement les cinq valeurs de référence que sont la responsabilité, la tolérance, la solidarité, la créativité et l’adaptation. Bizarrement le travail n’a pas l’air de faire partie non plus des valeurs de référence de notre établissement !

Par la suite, nous avons décliné ces valeurs de référence en compétences transversales en fonction des différents niveaux de classe : sixième, cinquième etc… par exemple : être capable de gérer son matériel, être capable d’écouter les autres, être capable d’aider un camarade, être capable de s’adapter à différentes méthodes… mais toujours pas : être capable de fournir un travail, ni d’acquérir des connaissances !

Puis nous avons abordé les projets transversaux, c’est à dire, en fait, tout ce qui est extra-scolaire mais qui a souvent lieu pendant le temps de classe : la journée d’intégration, la formation des élèves délégués de classe, le club théâtre (le soir), la journée « bol de riz », le club lecture (le midi), les voyages scolaires, la journée sans tabac, le stage en entreprise des élèves de troisième, la visite des lycées voisins, les itinéraires de découverte… bref, beaucoup de choses très intéressantes, mais toujours autant d’énergie éparpillée dans tous les azimuts sauf dans l’essentiel : le travail ! Ce mot semble avoir totalement disparu de la circulation.

Pourtant , plus j’en parle et plus je rencontre de gens qui sont d’accord avec moi : le bonheur passe souvent par le travail ; tous les chômeurs le disent, ce qu’ils désirent le plus fort c’est un emploi, tous les gens qui travaillent à temps partiel aussi, ils souhaitent un travail à temps plein, c’est à dire travailler plus et malgré cela, à l’éducation nationale, le mot reste tabou. On s’est creusé la tête pour inventer des méthodes toujours plus ludiques, alors que le travail est un sujet sérieux, on s’est investi dans une quantité toujours plus grande d’activités d’éveil au détriment des activités fondamentales, on a gaspillé une quantité incroyable d’énergie pour faire plaisir aux élèves au lieu de se préoccuper de leurs besoins essentiels que sont le besoin d’estime de soi (sentiment d’être efficace, doué, compétent), le besoin de sécurité et de maîtrise (sentiment d’avoir du pouvoir sur l’extérieur, de pouvoir se prendre en charge),le besoin d’être reconnu par les autres comme ayant de la valeur, tous ces besoins ayant comme point commun la nécessité d’acquérir des connaissances, des compétences, pour avoir le sentiment d’être quelqu’un de valable, d’efficace, d’être doué, d’être autonome… Si l’on se penche ensuite sur les compétences spécifiques à chaque matière, et en accord avec les programmes du ministère de l’éducation nationale, on découvre que l’élève est sensé savoir communiquer à l’écrit et à l’oral, comprendre l’écrit et l’oral, savoir se renseigner, acquérir le goût de la lecture (mais on les emmène au cinéma au lieu de leur faire lire une œuvre !), se constituer une identité, etc… mais pas « apprendre » des règles de grammaire ou des théorèmes, pas « apprendre » du vocabulaire ou ses tables de multiplication, pas « savoir travailler » en silence, pas « apprendre son cours » et s’en souvenir encore une semaine après ! Donc toutes les notions restent vagues, superficielles, et seuls quelques collègues dans deux ou trois matières ont précisé noir sur blanc dans leur projet pédagogique qu’ils attendaient des élèves : « qu’ils exercent leur mémoire par un travail rigoureux de mémorisation, indispensable pour construire un raisonnement qui ne tourne pas à vide faute de contenu mobilisable ».

Pourtant les connaissances et la culture sont les meilleures armes que l’on puisse offrir à nos jeunes pour affronter la vie. De plus, il a été prouvé que l’acquisition de vocabulaire est un facteur décisif dans la diminution de la violence car c’est quand les mots viennent à manquer que l’on utilise ses poings ; Alexandre Jardin en apporte la preuve dans son ouvrage 1+1+1 (éditions Grasset 2002), en mettant en évidence la corrélation très forte qu’il existe entre le niveau lexical d’un homme et les actes de violence qu’il commet. Enrichir les connaissances d’un élève permettrait de surcroît de lutter contre la violence scolaire !…Alors hop, hop, hop, on attrape son petit carnet de vocabulaire et on note les premiers mots avec leur définition : « travailler » , « apprendre » , « mémoriser » ! Renouer avec le travail permettra aux enfants de redécouvrir le plaisir de la réussite et l’épanouissement lié à la compétence . Mais au fait, saviez-vous, vous parents, qu’il existait un projet éducatif dans l’établissement de votre enfant ? Et avez-vous déjà eu connaissance du projet pédagogique de chaque matière ? Je propose pour ma part que l’on réintroduise du travail, de la rigueur, des exigences en matière de connaissances, que l’on se recentre sur l’essentiel au lieu de se laisser envahir par l’insignifiant. Si l’on veut de jolies roses, il faut savoir tailler le rosier !



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Les commentaires (3)

la disparition.
  • Commentaire 14545 newvandetta
    le 11 novembre 2007  à 16:00

    Pas d’accord : ce n’est pas le travail qui est valeur centrale.
    C’est le Devenir/Construire. Le travail est un moyen pour arriver à machin qu’est ce Devenir/Construire. D’ailleurs vous le dites : « cela a pris plusieurs journées (sur notre temps de travail bien sûr) ». Donc vous prenez du temps de travail à la place du temps de travail. Nonobstant l’aspect tautologique de votre description, vous dites la même chose que ce que je vous propose : dans vos propos, on sent que vous avez participé à qq chose qui vous a plu : vous avez construit du devenir. Du moins les bases : devenir, mais sur quelles bases, avec quelles fondations ? Ces 5 valeurs que vous avez déclinées sont intéressantes et mon propos n’est pas de les interroger.
    Donc vous avez défini les bases/valeurs. Bien. Vous avez travaillé la méthodologie. Comment décliner ces valeurs suivant les niveaux scolaires. Bien. Et vous semblez déçue que le travail ne soit pas présent. Ceci car vous considérez ce travail comme valeur intrinsèque, alors que c’est un moyen (mais pas le seul), pas un objectif. La confusion (donc l’inversion) du couple Objectif/Moyen se retrouve dans deux tiers des situations humaines profanes. Allons donc plus loin que ce « profane ».
    Les chômeurs veulent un emploi ? Non. Pas d’accord. Un salaire, accompagné d’une reconnaissance sociale positive (travailleur et non demandeur d’emploi). Ce qui me gène (le mot est faible) c’est qu’en positionnant le travail comme valeur centrale (oubliée de presque tous, en tout cas de l’EN – ce qui, soit dit en passant, fait sourire), vous mettez les gens dans une contradiction : je dois travailler, car ceci est fondamental. Alors que le but de la Vie est de construire. Par moi, avec les autres, pour moi, pour les autres. Pour cela la question première est : qu’est ce je veux devenir, qu’est ce que je veux construire ? Alors le travail apparaît.
    Le travail comme valeur centrale ? Sans le savoir et/ou le vouloir, vous contribuez au discours du Médef (nous allons remettre les français au travail..) et de son cousin germain, l’UMP (travailler plus, pour gagner plus ….).
    Tout ceci a un autre arrière goût (duquel je vous dédouane totalement dans vos propos). : le travail rend libre (Arbeit macht frei) inscrit sur les portes des camps. Si je prends (je le répète en dehors de votre développement) ces propos c’est qu’ils sont issus d’une logique, d’une dynamique, d’une culture ancienne et totalement inadaptées à notre époque. L’énergie travail ne peut rien construire dans un cadre sociétal (français, mais aussi mondial) qui ne porte plus les individus, les systèmes. Chacun doit s’autodéterminer seul. Etre libre, quoi. Mais être libre impose de s’auto administrer. Nous revenons « qu’est ce que je veux construire/devenir ? ».

    Je suis plutôt d’accord avec vos propos sur l’acquisition du vocabulaire comme facteur de diminution de la violence. Ceci dans un cadre, un contexte donné. Et vous connaissez particulièrement bien le votre qui semble être l’EN. Dit autrement, vous nous dites que le cadre dans lequel vous évoluez est le bon. En exagérant un tout petit peu (mais pas bcp) vous nous dites qu’en dehors de l’EN, point de salut. Si l’EN (enfin, celle qu’il faudrait si elle n’était pas dévoyée) est un moyen, elle n’est pas le seul.. A titre professionnel (Sciences Humaines) je connais une dame, 40 ans qui est quasi illettrée. Une naufragée de l’EN (je serais tenté d’écrire plutôt : une preuve du naufrage de l’EN).. Son vocabulaire est celui de l’homme de la rue. Pourtant, cette personne possède une capacité d’analyse sensorielle (et j’écris ce couple de mots à dessein, car peuvent sembler antinomiques) qui lui permet d’’intégrer des situations de violence hors du commun et, après avoir fait fonctionner ce système « analyse sensorielle », peut aborder les choses avec un calme qui ferait presque peur, eu égard aux situations extra-ordinaires de violence qu’elle côtoie.
    La connaissance doit s’articuler avec le sens, ce que l’on ressent. Celui-ci doit pouvoir être « introspecté ». Certes, l’acquisition de vocabulaire est facilitateur, mais le maelstrom qui s’empare du mental des individus pris dans des situations de violence (physique ou symbolique) ne peut être résolue qu’avec la capacité à se détacher de la non-cohérence entre des situations paradoxales, contradictoires, sources de violence.

    Le projet pédagogique ? Intéressant. Faites le faire par les parents. Pas par les enseignants. Nous rejoignons le prinicipe de base en communication : « un écrit doit être écrit par celui qui va le lire, pas celui qui doit ou veut l’écrire ». Partant, pas d’autres moyens que l’échange. Constructif.
    C’est le seul vrai moyen de faire intégrer un écrit, fut-il un PP. Bien sur que les parents n’ont ni temps ni connaissance spécifiques. Mais intégrer ressentis d’un coté et analyse/connaissance de l’autre pourrait rendre efficace le projet pédagogique.
    Mon fils a 20 ans. Et a traversé plusieurs écoles et systèmes. Mes compétences universitaires et professionnelles font que j’aurais pu discuter tout projet pédagogique. Mais je n’ai jamais trouvé un enseignant pour travailler avec moi dessus. Je veux dire construire, réellement, avec moi, pour mon fils. C’est-à-dire quelqu’un qui avec qui j’aurais pu échanger sur un Devenir.

    Vous avez raison d’écrire que l’on doit se recentrer sur l’essentiel au lieu de se laisser envahir par l’insignifiant. Nous n’avons pas la même perception de ce que contiennent ces mots. A tout le moins, votre écrit, que j’apprécie, suscite un dialogue. La question est « qu’est ce que nous pouvons, voulons construire autour de cela. Je n’ai pas l’impression d’avoir travaillé à écrire, ces mots. Mais j’ai (avec une infinie modestie) participé à construire par l’échange.
    Une fin en jolie phrase ? « Aux hommes de bonnes volontés, rien d’impossible ».
    Est-ce que cet homme a travaillé à écrire le Petit Prince ??? Je ne pense pas. Rien ne dit qu’il le fit dans la facilité. Mais si c’est le cas, tant mieux. S’il a travaillé (au sens de son origine latine, trepalium, instrument de torture), s’il a souffert de l’accouchement de cette merveille. Tant pis. Ce qui importe c’est ce qu’il a construit et qui permet encore de construire, que l’objectif ne se soit par laissé envahir par le moyen.

    Merci du moment que vous m’avez permis.

  • Commentaire 14574 junon
    le 12 novembre 2007  à 10:33

    Je suis d’accord avec vous ; le travail n’est pas un but en soi mais bien un moyen. Et c’est bien l’EN qui doit apprendre aux enfants à apprendre.... pour se construire, je suis d’accord avec vous, mais cela ne tombe pas du ciel, il faut acquérir des méthodes, des connaissances, des savoir-faire... le travail permet la réussite qui est source de beaucoup de joies et qui contribue à forger une bonne estime de soi. les connaissances (pas seulement intellectuelles) sont les meilleures armes que je connaisse pour construire sa vie et non pas la subir et la dame dont vous parlez doit être dotée d’une très belle intelligence émotionnelle (c’est le titre d’un livre de daniel Goleman) mais ça, ça ne s’apprend pas à l’école. je vous rejoins aussi lorsque vous parlez de ressentis ; le "mental" est composé de deux dimensions : "l’intellectuel" d’une part avec les connaissances et les capacités de raisonnement, "le socio-affectif" d’autre part avec la gestion des émotions et les relations sociales. cette dernière dimension est en voie de disparition dans notre société, à mon grand désespoir, et je rêve de créer une nouvelle école. connaissez-vous Jacques Salomé ? www.j-salome.com . vous voulez discuter de projet péda ? moi aussi. on se contacte ?

  • Commentaire 14651 newvandetta
    le 12 novembre 2007  à 22:30

    Idée de contact séduisante..
    Dans mes fantasmes, je veux pour Troyes, la troisième école : les aspects techniques sont représentés par l’UTT, les aspects commerciaux par l’ESC. Il manque les Sciences Humaines. Si, quand, Philppe Beury sera élu cela fait partie des choses à créer. Une nouvelle école des Relations Sociales, de l’Intelligence Emotionnelle, sont des fondamentaux à réintroduire. Bien sur que je connais J Salomé... Mais je n’y trouve pas assez d’opérationnalité. Mais, peu importe, cela se trouve, s’invente, se construit.
    Dans la même mouvance, il faut une Ecole de Rebelles. J’ai pu écrire un article paru dans AV (Philippe BEURY : Révolté ou Rebelle ?5 octobre 2007). Est rebelle celui qui sait dire Non, en toute profondeur de son Etre, un Non qui n’est pas basé sur des projections ou de ses propres diffcultés voire névroses. Un Non qui explique Pourquoi.Un Non qui va plus loin que de refuser et qui propose des solutions, des projets. Pour cela, connaissance et sensibilité sont indispensables (ainsi que la volonté de Devenir). C’est pourquoi j’ai rejoin l’équipe de Philippe Beury. C’est un Rebelle. Le Premier d’une lignée troyenne ??
    Merci de nouveau de ce dialogue.
    newvandetta@free.fr

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