La santé de l’école se dégrade d’année en année, le niveau baisse, les connaissances se dégradent, les enseignants se plaignent, les parents aussi.... comment en est-on arrivé là ?
On a d’abord interdit le travail personnel.
Interdire les devoirs à la maison à l’école primaire visait à réduire les inégalités sociales mais il faut admettre que la solution apportée au problème semble avoir été pire que le mal, et que l’injustice de la situation a été aggravée par la manière dont nous avons cru y remédier par un texte de loi. En effet, la moitié des jeunes sortis de l’école sans diplôme vit dans le cinquième des ménages les plus pauvres. L’objectif républicain de l’égalité des chances n’est manifestement pas atteint !
Et si certains maîtres, malgré les rappels et les pressions, répugnent à abandonner les devoirs, pourquoi ne pas s’interroger sur cette résistance au lieu de la condamner ou l’occulter ?
L’Intérêt des apprentissages abordés à l’école est de pouvoir les conserver en mémoire afin de les réutiliser ultérieurement, dans d’autres situations, ou de les transférer à d’autres apprentissages ; mais le simple fait d’évoquer un sujet en cours ne suffit pas pour le retenir. A l’école, on oppose souvent mémoire et raisonnement en voulant privilégier ce dernier. C’est parce que mémoire est, dans l’idée de beaucoup, synonyme de "apprendre par coeur". Or il faut bien faire la différence entre mémoire lexicale "par coeur", et mémoire sémantique qui est celle du sens des mots. Certaines choses sont à apprendre par cœur, comme l’orthographe d’un mot irrégulier (femme et non pas « fame »), d’autres sont à comprendre et à savoir appliquer (les règles de grammaires). La répétition peut effectivement conduire certains élèves à "apprendre comme un perroquet", mais elle permet surtout d’établir des relations entre les mots (selon la manière d’apprendre).Les études montrent que la mémoire encyclopédique en histoire, géographie et sciences naturelles est un meilleur prédicteur de la réussite scolaire que celle en mathématique.
La conception selon laquelle le raisonnement est le facteur essentiel de la réussite scolaire est donc fausse. C’est la raison pour laquelle de nombreux parents continuent de faire réciter les leçons ou donnent des exercices à leurs enfants ; cela permet d’enrichir la mémoire, de faire le lien avec les apprentissages antérieurs, et donne de la valeur aux thèmes abordés à l’école. Parfois même cela permet à un élève qui vient enfin de comprendre une difficulté de terminer à la maison la tâche qu’il peut désormais maîtriser seul. Pourquoi le lui interdire ?
Si la mémorisation n’est pas indispensable lorsqu’il s’agit d’intégrer des savoirs pratiques (il vaut mieux apprendre à résoudre les problèmes), l’apprentissage par cœur de structures d’informations complexes est loin d’être une perte de temps et d’efforts : une intelligence qui a du matériel à son service est beaucoup plus riche et que celle qui en est dépourvue. En définitive, le fait d’interdire les devoirs à la maison a eu un effet boomerang, dans le sens où cela a nuit aux apprentissages en dégradant progressivement les connaissances des élèves. Paradoxalement ,la réflexion sur le rôle inégalitaire des devoirs à la maison a provoqué un effet pervers qui est l’aggravation des inégalités sociales.
Puis on a supprimé le doublement.
L’autre mesure prise pour lutter contre l’échec scolaire a été de supprimer les redoublements. L’argument invoqué est une étude qui montre que les effets bénéfiques du redoublement sont très minces, sans commune mesure avec son coût humain et financier.
Seulement en luttant contre le redoublement, aura-t-on pour autant lutté contre l’échec ? Le redoublement n’est qu’un indicateur - incertain - des inégalités d’apprentissage. Or, jeter le thermomètre n’a jamais fait tomber la fièvre. La suppression du redoublement est une mesure nécessaire, mais pas suffisante, et toute solution alternative ne vaudra que par sa capacité à atténuer les disparités effectives d’apprentissage. La démocratisation des études se joue sur les acquis réels des générations successives et donc sur les moyens que se donnent les systèmes éducatifs de développer, en lieu et place du redoublement, une véritable individualisation des parcours de formation, fondée sur une organisation scolaire et des didactiques qui permettent une réelle différenciation de l’enseignement, des suivis sur l’ensemble d’un cycle d’étude, une évaluation formative, des méthodes actives dans toutes les classes.
Une fois de plus la réponse est apportée par les parents : aux yeux de ceux pour qui le doublement apparaît comme une mesure de bon sens, à mi-chemin entre mal nécessaire et mesure bénéfique, le doublement d’une classe par leur enfant lui permet de consolider ses acquis, combler ses lacunes, acquérir la maturité qui lui manquait peut-être, et est finalement accompagné d’un renforcement de l’estime de soi. A l’inverse, les parents qui envisagent le doublement comme une injustice, une humiliation transmettent ce sentiment à leur enfant qui vivent le doublement comme une sanction et n’en tirent donc aucun profit. C’est donc pour éviter que cette mesure ne soit inutile dans certains cas qu’elle a été supprimée…
Et pourtant on leur impose de réussir !
Car en plus de cela, il faut que quatre-vingt pour cent des jeunes d’une classe d’âge ait un bac ! Depuis le plus jeune âge on leur a inculqué qu’il n’était pas nécessaire de faire des devoirs à la maison, par la suite on leur a fait comprendre qu’il n’était pas nécessaire non plus d’avoir le niveau pour passer en classe supérieure, mais après quinze ans de ce traitement laxiste on exige d’eux qu’ils réussissent un examen ! Quel paradoxe ! Comment faire pour s’en sortir ?
Si l’élève avait le choix entre travailler-et-réussir, et ne-pas-travailler-et-ne-pas réussir ce seraient deux possibilités contradictoires mais le choix serait possible. Alors que dans le cas présent l’élève reçoit simultanément deux injonctions incompatibles : ne-travaille-pas-et-réussis ! Cette injonction paradoxale paralyse le choix et donc empêche l’action : quoi que l’élève fasse, il est enfermé dans une oscillation sans fin dans la mesure où il ne peut pas réussir (puisqu’il n’a pas travaillé) et il ne peut pas travailler puisque l’éducation nationale ne lui donne plus de devoirs, ni d’obligation d’avoir le niveau (pas de nécessité de réussite). Les deux obligations contradictoires et simultanées piègent l’élève dans une situation sans issue qui le plonge dans le désarroi.
Quel paradoxe !
Le jeune , pris dans cette situation, peut se dire qu’il ne s’y trouve que dans la mesure où quelque information lui manque, qui, peut-être même, lui est cachée : incapable de trouver la solution, l’élève se renferme et ne fait plus rien. les professeur disent de lui qu’il passe son temps à rêver, qu’il est ailleurs... c’est peut-être cette attitude qui est à l’origine du concept très en vogue à l’heure actuelle selon lequel les élèves "s’ennuieraient en classe".
Une autre forme de réaction, voisine de la précédente mais différente en apparence consiste à s’engager dans des comportements hyperactifs, si soutenus, si intenses que la plupart des informations n’arrivent plus à l’enfant. il déploie une activité tous azimuts et l’adulte ne sait plus qhoi en faire.d’où un autre trouble du comportement mis en vedette ces dernières années : "l’enfant hyperactif" ; comme on n’a plus aucune solution, on conseille aux parents de consulter un médecin et on l’abrutit de médicaments.
Et on s’étonne que les élèves ne tournent pas rond, alors que l’on est tous fautifs ! Il faut arrêter de se voiler la face, la solution ne viendra pas des enfants ; seul un changement radical au niveau du système scolaire lui-même pourra enrayer le processus de l’échec scolaire. Ou plutôt devrait-on dire : l’échec de l’école !









