Il y a quelques semaines, l’article publié par Calliope avait suscité de nombreuses réactions. Derrière le consensus mou qui entoure depuis 3 ou 4 ans cet événement estival, les propos de cette chroniqueuse d’auboisement et les commentaires ont permis de poser un autre regard sur un spectacle. A tel point qu’aujourd’hui, la municipalité reconnaît la piètre qualité de cette édition et annonce vouloir faire évoluer le concept
Mais comment en est-on arrivé là ? Comment en quelques années, le concept séduisant d’une déambulation théâtrale a-t-il pu aboutir à ce triste spectacle de chevaliers jedi revisitant avec ennui et médiocrité l’oeuvre de Chrétien de Troyes ? Comment l’improbable candidature au patrimoine immatériel a-t-elle, on va le voir, perverti une si belle idée ?
Pas de chichis, pas de grands effets, seulement de l’humour et du patrimoine
En 2004, la première édition, nous dit le site officiel : « célèbre [les] trésors architecturaux et [le] centre-ville réhabilité » de Troyes. Pas de chichis, pas de grands effets, aucun discours pompeux sur l’épimachin de la pensée occidentruc... Le concept est simple, ludique et pédagogique. Des guides-acteurs font découvrir ou redécouvrir quelques rues, quelques monuments, quelques hôtels particuliers savamment mis en lumières. Pour ne rien gâter, la p’tite balade est en plus décalée et pleine d’humour.
2005 et 2006 marquent l’arrivée des déambulations proprement théâtrales. C’est la Cie K qui s’y colle avec deux spectacles : La Licorne Mystérieuse et la Brodeuse de Limbes. Pas encore imbibés par la prétention de l’Unesco, ces spectacles sont sans doute les plus aboutis. On y déguste des scénarios originaux et pleins d’humours, on y savoure un patrimoine urbain sous un autre jour. Bref, on mêle avec bonheur, culture et plaisir.
2006 : Troyes se voit grosse comme le boeuf
Hasard ou coïncidence, 2006 est aussi l’année où la municipalité renonce à la candidature au patrimoine matériel. Elle invente alors cet improbable dossier de « Epicentre de la pensée occidentale ». Dès cet instant, la ville va s’échiner à se convaincre, à nous convaincre, que cette candidature n’est pas une grosse connerie erreur. Pas facile...
En 2007, avec « Drôles de bobines », on poursuit avec la même compagnie théâtrale. Mais déjà, la folie des grandeurs a atteint nos GO du patrimoine. Si le scénario reste intéressant, le syndrome de la grenouille qui voulait... fait perdre à la déambulation son caractère intimiste et chaleureux. L’aspect patrimonial et historique s’efface également.
Et v’la le melon immatériel et les chevalier Jedi !
2008 : changement de cap. Troyes prend définitivement le melon et s’invente une mémoire vivante (nécessaire pour obtenir le classement de l’Unesco) qu’elle n’a pas. L’objectif est de faire de « Ville en lumières » la vitrine de ce pseudo patrimoine immatériel. Ce projet bancal va logiquement accouché d’un spectacle médiocre. Malgré une foule nombreuse, quelques voix regrettent un scénario obscur, une histoire pauvre, incompréhensible, une pseudo culture immatérielle... Il est vrai que ce scénario autour de Chrétien de Troyes ne brille ni par sa qualité, ni par sa clarté, ni par son originalité. Mais la mise en scène et la mise en lumière des monuments camouflent le piètre contenu artistique. Cette 5e édition marque donc un tournant. Un mauvais virage. Elle sonne le glas des déambulations qui avec humour et finesse permettait de découvrir des lieux intimes et l’histoire de notre ville.
L’édition 2009, on l’a dit sur ce site, enfonce le clou... un clou tordu et rouillé. Grotesque,déplorable, sans imagination, d’un faible niveau... disent les internautes à propos d’un ridicule scénario où deux pseudos chevaliers déguisés en jedi nous jouent une histoire triste, sans relief et sans intérêt. Signe ultime du tournant de ces déambulations : les monuments où se jouent les différents tableaux ne sont même plus éclairés !! Bref, le patrimoine matériel est presque honteusement effacé.
Faire évoluer le concept ? Oui mais pour quoi faire ?
Au fil de ces 5 années, la ville de Troyes a donc vidé ces déambulations de tout leur intérêt. Peu à peu, la découverte des ruelles, des vieilles maisons, des petites cours et de l’histoire de notre ville a disparu, au nom d’une candidature au patrimoine immatériel totalement foireuse et stupide, pour laisser place au ridicule spectacle de cette été 2009. La ville semble vouloir réagir et désire aujourd’hui : « faire évoluer le concept ». Qézako ? Que nous réserve cette formule politiquement correct ? Lise Patelli a manifestement pris conscience des errements de cette édition et annonce d’ors et déjà que Troyes ne fera plus appel aux Lutins Réfractaires. Elle révèle également que la municipalité mettra son grain de sel dans le parti pris artistique. Mais pour faire quoi ? Pour s’obstiner à ressusciter Clairvaux et Chrétien de Troyes ? Tant que l’objectif n’est pas éclairci, tant qu’il s’agira de faire flatter l’égo de quelques élus qui s’imaginent couronnés par l’Unesco, « Ville en Lumière » ne pourra retrouver les chemins de la réussite.










