Mélisey, Rugny, Pargues, Etourvy, Chesley, Villiers le Bois même combat. Leur point commun : ces villages et quelques autres ont été choisis par des opérateurs d’éoliennes pour y planter leurs imposantes machines de 150 mètres de haut. Plusieurs projets géographiquement contigus, en cours sur une région allant de Tonnerre à Bar s/Seine, pourraient à terme constituer un parc éolien de 100 à 200 machines. Mais cette « industrialisation » n’est pas du goût de tous les habitants.et les associations de défense du patrimoine local fleurissent, dénonçant nuisances, spéculation et absence de concertation.
Le dernier projet en date, piloté dans la plus grande discrétion depuis un an par la société Eole Res, prévoit deux zones d’implantation. L’une entre Maisons les Chaource, Lagesse, Villiers le Bois et Balnot la Grange, l’autre prenant en étau le village de Chesley et s’étendant jusqu’au bas de Cussangy (qui n’est pas partie prenante dans le projet ). Il y a six mois il était question d’ « une douzaine » d’éoliennes. Aujourd’hui le dossier de demande de ZDE (Zone de développement éolien) à l’étude à la DRIRE porterait sur une capacité de 65 mégawatts, soit une trentaine de machines.
Et demain ? s’inquiète l’association Harmonisation et Protection du Patrimoine Chaourçois, qui organisait une réunion d’information samedi 10 novembre au Foyer Rural d’Etourvy. Devant une salle comble (une centaine de personnes avaient fait le déplacement), le président de l’association Christian d’Allest, a exposé les nuisances que peuvent générer les éoliennes : bruit, problèmes de sécurité, productivité réduite en raison de la faiblesse des vents, impact sur la faune et les oiseaux, et impact sur le paysage. Invité par la HPPC, le président de Vent de Colère (une fédération qui rassemble quelque 450 associations), était venu avec un documentaire vidéo. Outre montrer la taille fort impressionnante des turbines lorsqu’elles sont implantées très près des villages, le documentaire donne la parole à des riverains de parcs éoliens. Principale récrimination de ceux-ci : le bruit, ô pas très fort, mais omniprésent. « Comme si il y avait une machine en marche » dit l’un des témoins, un bruit perceptible le jour, et surtout la nuit.
Le moins qu’on puisse dire sur le projet lui-même est qu’il est opaque. Peu ou pas d’information publique de la part des municipalités. Aucun schéma d’implantation précis n’est officiellement communiqué, tout juste les frontières des zones concernées. Aucune d’étude d’impact sérieuse. Certains conseillers municipaux s’interrogent. Mr Finot, conseiller municipal à Chesley, n’est plus d’accord. Pour lui, l’opérateur ne joue pas franc jeu, sur le nombre de machines, sur le rapport financier, sur les nuisances. Les éoliennes, il était pour, et maintenant il n’en veut plus.
Un paysage « sans intérêt »
Aux dires de l’opérateur, le paysage impacté par les éoliennes serait « sans intérêt ». Ce jugement est pour le moins curieux, car cette région vallonée appartient à la même zone paysagère que les plateaux du haut tonnerrois. Siitués sur le département de l’Yonne, qui vient de publier à l’initiative de la Préfecture un Guide éolien, ils sont classés dans la catégorie « Très forte sensibilité, paysages emblématiques voire d’exception ». Il y aurait donc deux poids deux mesures, selon que l’on se place d’un côté ou de l’autre de la frontière. Une anomalie relevée par le Maire de Tonnerre Raymond Hardy qui avait fait le déplacement. Pour lui, les éoliennes n’ont pas leur place dans cette région. Sollicité sur un autre projet de ZDE, il a refusé, estimant que la vocation touristique de la région n’était pas compatible avec ce type d’activités industrielles. Il a proposé à ses voisins de l’Aube de transgresser la ligne pointillée de la frontière, et de se donner ensemble les moyens de développer ce qui fait la richesse de leur région : le patrimoine culturel et naturel.
Même sentiment d’incohérence si on lit la Charte de développement du Pays d’Armance : les atouts du Pays d’Armance sont « essentiellement ceux des paysages, cadre de vie protégé, environnement préservé, de nombreuses ressources naturelles, un patrimoine culturel important, et une activité touristique construite sur les points précédents en développement. ». En résumé « le Pays a décidé de faire de la préservation de son environnement un axe majeur de son développement économique et social. ».
Alors paysages « sans intérêt » ou ressource à protéger ? Peut-être le préfet de l’Aube, qu’on dit homme raisonnable, devrait-il prendre exemple sur l’Yonne et initier une étude départementale approfondie en concertation avec les associations et la réalisation d’un Guide éolien actualisé protégeant les zones qui doivent l’être.










