Très respectable et sérénissime majesté,
Putain, je l’ai échappé belle, votre majesté… Sans doute vous rappelez-vous que je fus, jadis, traîné en justice par un secrétaire général adjoint et patati et patata parce que j’avais osé le maltraiter en public. On m’attaqua pour injure publique et ma brillante avocate démontra qu’il n’y avait en l’affaire aucune injure mais plutôt de la diffamation… Résultat, je gagnais cette épreuve judiciaire…
J’étais alors enchanté du résultat… Mais je ne savais pas que j’avais alors échappé au pire. Car figurez-vous qu’un insigne journaliste de Panam fut, la semaine dernière, emmené au poste comme le dernier des malappris à la suite d’une plainte en diffamation.
Quand je pense que certains prétendent qu’il n’y a pas de justice en ce pays et que les policiers ne font pas leur travail… Quelle honte ! Alors qu’il y a des gens très bien qui vont au bout de la logique du système.
Alors quand je vois l’intelligentia nationale s’énerver, l’assemblée nationale faire des malaises de jeunes vierges effarouchées découvrant des ustensiles masculins en état de fonctionnement, quand j’entends « Reporter sans frontière » se choquer qu’on traite un journaliste comme un criminel et le syndicat national des plumitifs parler de démesure ; je me demande dans quel monde nous vivons… Car enfin, vôtre Majesté, pour une fois que la justice s’acquitte de son travail, pour une fois que les policiers ne lésinent sur aucun moyen…
Reprenons cette affaire au départ…
D’abord « Libération » dont Vittorio de Filippis était le directeur de publication, a osé laisser écrire, il y a quelque temps, un article par Renaud Lecadre sur Xavier Niel, le fondateur d’Iliad, maison-mère de Free. Qu’un pisse-copie parisien ose écrire sur une société aussi respectable que Free est déjà, en soi, condamnable, non ? En plus « Libération » a laissé ses lecteurs s’épancher sur le sujet. Et, ce qui devait arriver arriva, l’un de ses hurluberlus, un gagne-petit qui n’a rien d’autre à foutre que perdre son temps à lire les sornettes de la presse écrite au lieu de s’informer sur TF1, se prit pour Stendhal et envoya un commentaire… commentaire jugé calomnieux par Xavier… Qui attaqua Libération pour diffamation… (il fit bien car s’il avait attaqué pour injure, il aurait perdu… Voir plus haut.)
Notre admirable justice prit donc l’affaire en main. La très respectable juge chargée de cette immense affaire, Muriel Rosié, convoqua Vittorio de Filippis plusieurs fois et le journaleux ne vint pas…
Alors, l’exquise juge continua normalement ses investigations et envoya plusieurs policiers pour cueillir ce dangereux agitateur au petit matin… C’est donc peu après six heures que ce redoutable prévenu vit arriver chez lui la maréchaussée. Il gardait seul ses deux enfants de 10 et 14 ans… D’après Vittorio, les policiers eurent l’exquise délicatesse de lui préciser, devant son aîné « Vous êtes pire que de la racaille. » Information probablement indispensable aux deux enfants pour continuer une adolescence harmonieuse… Et quand on sait ce que veut dire « Racaille » pour le premier (et très hautement estimable) d’entre-nous, on voit que les policiers ont été sympas… Ils auraient pu lui envoyer un coup de karcher dans la figure, à six heures du mat… Ils ont donc agi avec « tact et mesure » !
Reprenons... Je disais donc que notre scribouillard de foire gardait seul ses deux enfants. On voit ici la bassesse de cet homme ! Quelle profonde abjection de recourir à ces moyens infâmes pour essayer d’échapper à la justice… Heureusement, nos policiers ne se laissèrent pas faire et nonobstant leurs tendances paternalo-humanistes, ils laissèrent seuls les dangereux minots (peut-être délinquants eux aussi, qui le sait ? avec un tel père ?) et emmenèrent le prévenu au poste…
Là, nos héros des temps modernes, choisirent, encore une fois, de faire leur travail correctement. Pour éviter que les remords ne poussent le journaleux à la dernière extrémité (Y’a assez de suicide en prison pour ne pas en rajouter pendant les gardes à vue… ) ils décidèrent de fouiller soigneusement le Rouletabille de pacotille… On peut, ici encore, admirer la conscience professionnelle de nos forces de l’ordre… Déjà ils s’étaient levé à 5h00 pour faire leur dangereuse interpellation et ici, au poste, ils demandèrent au journaleux de mes deux de se mettre à poil, de se pencher en avant et de tousser trois ou quatre fois en examinant avec attention le sombre fondement du monsieur. C’est y pas de la conscience professionnelle ça ? Examiner un trou du cul du matin, même pas lavé, pour y voir ce qui y était caché… Quand on a senti l’haleine de phoque des mâles dès potron-minet, je vous laisse imaginer l’aspect et l’odeur de leur anus… Alors critiquer des hommes de loi qui poussent si loin la conscience professionnelle ! Pourquoi ? Mais pour chercher des preuves dissimulées ! « What else » dirait Clooney… Moi je connais bien la presse locale... et bien, je puis vous affirmer qu’il est assez fréquent que les gratte-papiers de l’Est-Eclair ou les plumitifs de Libération-Champagne, en se couchant, déposent dans leur rectum une ou deux copies particulièrement importantes afin de ne pas les égarer le lendemain matin (je ne cite pas de nom, j’ai assez d’ennemis comme cela…) C’est chose fréquente dans le métier, tous les professionnels honnêtes vous le diront… On dit même qu’à France3 ce sont des cassettes vidéos qu’ils s’enfilent… Tenez, votre majesté, l’autre jour j’ai rencontré Jacques Tillier qui vient d’être nommé PDG de l’Union et qui devient donc le supérieur hiérarchique de tous nos journaleux départementaux… Et savez-vous ce qu’il m’a dit l’ancien PDG du journal de la Réunion ? « J’en ai plein le cul… » Ce n’est pas une preuve ça ?
Bon, pas de pot, ce matin-là, Vittorio n’avait rien mis au frais… enfin, quand je dis au frais ! Mais il aurait pu le faire, et le but des policiers est de chercher des preuves…
Vous ne croyez quand même pas, votre Majesté, que les flics parisiens ont fait ça par plaisir ?
Après, les policiers, ils mirent les menottes à Vittorino… Et alors ? Vous l’empêcher d’écrire comment un journaliste maintenant qu’on n’a plus le droit de lui taper dessus, hein ? Et puis, les bracelets, ils étaient très seyants… On ne peut reprocher à un journal d’effacer la super-bague du ministre de la justice et, quelques heures après, vouloir cacher les bracelets totalement ordinaires dont s’affublent certains journalistes… Non ?
Et s’il faut encore une preuve de leur excellente conscience professionnelle… Avant de présenter Vittorio à la juge, quelques heures plus tard, les policiers voulurent renouveler l’opération en mettant le pisse-copie à poil à tousser… Et alors ? Conscience professionnelle toujours, admirable exercice d’un métier noble et dangereux… Vous ne le savez pas, votre Majesté, par manque d’expérience sans doute… mais ce n’est pas drôle de regarder des anus, mais pas drôle du tout, y’en a à qui ça plaît mais c’est l’exception ! L’écrasante majorité des policiers, interrogés récemment par la Sofres, a déclaré qu’il n’appréciait pas du tout, ou très modérément, l’examen des sphincters… Mais le boulot, c’est le boulot, ils ont signé, c’est pour en chier… Alors, ils font bien leur noble travail, nos flics…
En plus, d’abord, rien ne prouve qu’il ne faisait pas très très chaud, au commissariat du Raincy (Seine-Saint-Denis) vendredi matin… Des micros climats y’en a, en France… Rien ne prouve que le journaleux n’était pas en sueur et que les gardiens de la paix ne le mirent pas nu pour l’éponger et lui éviter un coup de froid fâcheux dans les couloirs du dépôt du tribunal de grande instance de Paris… Moi je vous le dis, votre majesté, si Vittorio avait attrapé la grippe là-bas, y’a bien des opposants de mauvaise foi qui auraient reproché à Rachida d’avoir balancé des virus au Palais…
Moi je dis chapeau, bravo, enfin la France a une justice a sa mesure… Cela valait le coup, cet été, de virer Dominique Rossi, superviseur des services de police corses, après que de dangereux indépendantistes aient envoyé un coq en bronze au fond d’une piscine… grâce au copain de Sarko, « O.K. !!! » l’ordre revient en France ! Voilà qui va faire réfléchir les sous-rédacteurs comme moi, leur faire tourner dix fois leur plume dans l’encrier avant d’écrire n’importe quelle bêtise sur leur blog ou feuille de choux. Car si cela c’était passé il y a trois ans, peut-être que je n’aurais rien écrit d’aussi méchant à l’encontre du secrétaire général adjoint et patati et patata… ce n’est pas que j’ai honte de mon trou du cul, majesté, mais je n’estime pas que ce soit un spectacle ragoûtant pour de bon père de famille de la maréchaussée auboise…
On vit quand même une drôle d’époque, votre Majesté… Qu’un type comme moi ne soit pas encore en prison ! Que Sainclair puisse encore mettre en doute le label cher au cœur de Lise ! Que Léo critique votre excellence ! Que Myara fasse des cours d’économie à Baroin ! Et qu’il y ait des gens qui s’étonnent que les flics du Raincy fassent parfaitement leur boulot… Comme disait ma grand-mère « Depuis qu’il y a leurs avions à réaction, tout va de travers… »
Moi je vous le dis, votre Majesté, si comme il transparaît quelque peu dans vos textes, vous êtes lassé de l’insolence, du dépit et de la haine de ceux qui ne pensent pas comme vous… Si vous voulez ramener de l’ordre ici (cet ordre qui n’aurait jamais dû cesser… ), demandez à la Ministre de la justice de muter Muriel à Troyes et à sa collègue de l’Intérieur d’envoyer la totalité du commissariat du Raincy faire ses classes dans notre superbe hôtel de police tout neuf… Ensemble, ils remettront de l’ordre chez nous et personne ne s’en plaindra… ni ici, ni à Paris !
Voilà c’est fini pour aujourd’hui, Votre Majesté.
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le très humble et dévoué serviteur.







