Derniers instants avant les premières estimations et les premiers résultats. L’atmosphère est étouffante. La tension palpable. Les regards inquiets scrutent les derniers bulletins à dépouiller. La litanie est obsédante, celle des noms de candidats s’égrenant un à un, parfois enchaînés comme s’envolant vers la victoire, parfois contrariés par son adversaire de retour dans la course...
Feuilles mortes, les bulletins viennent s’entasser... Petits amoncellements de cellulose même pas recyclée. A l’échelle du pays la victoire appartient à celui ou celle qui entasse le plus gros tas. Et c’est au nom de ce gros tas que la République onctionne le vainqueur de la sainte huile présidentielle. Le nouveau monarque républicain viendra dans quelques jours s’asseoir sur son trône de papier.
Ces papiers rangés en trois tas c’est la fin d’un cycle. C’est la fin d’une course de fond commencée pour certain il y a cinq ans, pour beaucoup il y a six mois, pour la plupart il y a 30 jours. Tout a été dit ? Non... Au mieux a-t-on pu voir la surface des projets. Au pire a-t-on assisté aux caricatures, aux raccourcis, aux dénigrements les plus grotesques, les plus ridicules, les plus passionnels.
Pour une année de plus cette campagne se sera adressée aux bas instincts. Ceux "qu’on pense tout bas", seuls à l’abri chez soi ou au bistrot du coin. Les médias, sans pouvoir faire émerger des thèmes forts de campagne, auront au moins permis à certains de clamer "tout haut" les tréfonds de nos pensées. Mais sont-ce ces sentiments qui doivent guider nos pas vers un nouveau contrat social ?
Voilà les paroles qui résonnent dans ma tête en même temps que le majorité se fait dans mon bureau de vote. Voilà les pensées qui se bousculent encore quelques minutes après dans mon esprit quand, sortis du bureau, j’attends, fébrile, que s’affiche le visage de la nouvelle présidente ou du nouveau président de la République française.
Le téléviseur diffuse sa lumière blafarde dans la pièce, transmet l’information dans un vacarme de sons, de voix, de grondements et je reçois, passif, comme terrassé par l’ampleur d’un tel résultat, comme écrasé par l’infime fraction du Tout que je représente à ce moment là, le résultat...
Le voile se lève, ce sera Nicolas Sarkozy.









