Au début du conseil, Philippe Beury utilisa les possibilités de l’article 24 du règlement intérieur, pour faire une proposition qu’il désirait soumettre au vote du conseil municipal de Troyes.
Malheureusement, bien qu’il permit au conseiller municipal MoDem de s’exprimer et qu’il demanda à monsieur Rudent de lui répondre, le Maire de Troyes ne fit pas voter le conseil sur cette proposition.
Vers des logiciels libres à la ville de Troyes.
Exposé de Philippe Beury :
L’acquisition de licences logicielles coûte à notre collectivité cette année, la somme de 180 336,47 €. Il existe pourtant, des solutions alternatives, libres, gratuites et tout aussi performantes : ce sont ce qu’on a coutume d’appeler les logiciels libres. Loin des clichés qui circulent, ces logiciels couvrent toute gamme des besoins d’une collectivité comme la nôtre, sont d’une facilité d’utilisation en tout point comparable aux logiciels propriétaires et sont tout à fait compatibles avec ces derniers.
La richesse du monde du logiciel libre permet toutes les possibilités : d’une migration totale (serveurs, système d’exploitation, logicielles bureautiques...) à une migration ciblée sur le seul domaine, par exemple, de la suite bureautique.
Par ailleurs, les enjeux pour une collectivité comme la nôtre sont nombreux :
Permettre l’indépendance technologique.
Les formats propriétaires restreignent fortement les choix technologiques en orientant les utilisateurs vers des solutions fermées et donc peu évolutives ; ils limitent également le choix des prestataires - tant pour le déploiement que pour la maintenance - à l’éditeur officiel de la solution, ou à des prestataires sous-traitants choisis par lui. Les standards ouverts, quant à eux, permettent de concevoir sa solution pas à pas et de remplacer un élément lorsqu’il ne répond plus aux besoins de manière satisfaisante, mais également de maîtriser les cycles d’évolution et de mise à jour. Quant au choix des prestataires, il est infiniment plus large puisqu’il est alors possible de recourir à toute technologie compatible.
Assurer la pérennité des données.
Lorsque les données sont stockées dans des formats fermés, elles ne sont accessibles qu’à l’aide des logiciels propriétaires spécialement conçus pour les lire ; et lorsque l’éditeur du format et du logiciel disparaît, ou qu’il ne maintient plus le logiciel, les données deviennent illisibles. A contrario, le stockage des données dans un standard ouvert offre la garantie que l’on sera toujours en mesure de les lire, soit en utilisant un logiciel interopérant existant, soit en développant un logiciel répondant à des besoins spécifiques. Les collectivités locales, notamment les mairies, stockant des données dont l’archivage et la conservation durable sont essentiels (par exemple les registres d’état civil), l’utilisation de standards ouverts présente pour elles et le citoyen un intérêt considérable.
Développer l’accessibilité.
Utiliser des standards ouverts pour les données et documents que l’on diffuse dans le cadre de l’e-administration permet de s’assurer que les citoyens ne devront pas acheter un logiciel propriétaire souvent coûteux pour se renseigner ou accomplir leurs actes administratifs en ligne. Cela garantit également que, quels que soient l’ordinateur et le système d’exploitation utilisés, il y aura une solution pour lire ces données et en produire dans le même format, et ainsi communiquer avec la collectivité.
Réduire la fracture numérique à l’aide de logiciels libres.
Les logiciels libres peuvent être copiés légalement par tous et sont le plus souvent téléchargeables gratuitement sur Internet. Cette gratuité présente des avantages considérables pour la réduction de la fracture numérique, tant du point de vue de la collectivité qui peut mettre en œuvre des projets de plus grande ampleur, que pour la diffusion des TIC (technologies de l’information et de la communication) auprès de l’ensemble des citoyens. Opter pour des logiciels libres permet de réaliser des économies substantielles sur les projets informatiques tels que l’équipement d’un établissement scolaire, celui d’un espace public numérique ou encore la fourniture de matériel informatique à des publics peu fortunés. Ainsi, pour le même budget, il est possible d’équiper les établissements et EPN (Espace Public Numérique) de davantage de postes informatiques, ou de fournir du matériel informatique à des foyers plus nombreux. Cela présente également l’avantage d’éviter les problèmes liés à la gestion des licences d’utilisation, qui se présentent souvent lorsque les postes sont affectés à des utilisateurs multiples. C’est ce qu’ont fait plusieurs collectivités, notamment en matière d’éducation, domaine considéré comme prioritaire en termes de réduction de la fracture numérique.
Au-delà des projets qu’une collectivité peut mettre en œuvre, le déploiement de logiciels libres et la sensibilisation à leur utilisation est un bon moyen de lutte contre la fracture numérique. D’un point de vue pédagogique, la possibilité de distribuer les logiciels libres permet de prolonger leur utilisation à l’extérieur.
On peut ainsi inciter tout citoyen à se doter de tous les outils nécessaires à la bureautique, à la navigation sur Internet et au courrier électronique, mais aussi pour la lecture et la création de fichiers multimédia, la publication assistée par ordinateur... gratuitement et librement, au lieu de grever le budget du foyer ou d’utiliser des copies illégales.
Il existe de nombreuses associations habituées à aider des publics à découvrir et utiliser des logiciels libres. Ces associations sont partenaires de la plupart des collectivités ayant déployé des logiciels libres destinés à être utilisés par le public, et peuvent contribuer à de nombreuses initiatives reposant sur des logiciels libres.
Quelques exemples :
- La Gendarmerie est passée à OpenOffice depuis 2005, réalisant ainsi une économie de 2 millions d’euros par an.
La DGI (Direction Générale des Impôts) depuis fin 2006 a lancé sa migration vers OpenOffice. 80 000 postes informatiques sont concernés.
Des ministères comme l’équipement ou l’intérieur migrent progressivement vers la suite bureautique libre.
Des lycées, des collèges et des écoles abandonnent peu à peu les logiciels propriétaires.
Le centre hospitalier d’Avranches-Granville depuis 2003 a remplacé ses logiciels propriétaires par la suite OpenOffice.
La mairie du XIIIe arrondissement de Paris a également choisi OpenOffice.
Tout récemment, la ville de Marseille vient en début d’année de lancer un appel d’offre pour une migration vers la solution libre OpenOffice.
Il est proposé au conseil municipal,
De décider la mise en place d’un groupe de travail chargé de proposer d’ici la fin de l’année 2009, la migration totale ou partielle du réseau informatique de la ville de Troyes et des services qui en dépendent vers des logiciels libres.
| François Baroin : "Moi, votre truc, j’y comprends rien !"
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