Quelle belle publicité pour Troyes, pour son maire UMP, pour un conseil régional socialiste ! Le premier train hybride a fait son entrée, tout doucement, dans la vieillissante gare troyenne, sous les caméras de la presse nationale. Le bibi, qu’il s’appelle...
N’y voyez aucune relation avec une éphémère chanteuse, un peu ringarde, des années 80. Vous seriez mauvaise langue... Rien, absolument rien de ringard dans cette nouveauté ; pas même Pierre Mathieu, illustre rescapé du communisme aubois, à qui l’on doit cette belle nouveauté.
Tout simplement, pour reprendre les profondes paroles de ce tube inoubliable, il fallait : « Arrêter les minutes supplémentaires ; qui font de ma vie un enfer... » autrement dit, améliorer la régularité de la ligne Paris-Troyes.
Bibi, c’est en réalité le clin d’oeil aux spécificités inédites de ce train : bi-modale (électrique et diesel) et bi-courant (pouvant recevoir une tension de 1 500 et 25 000 volts). Notez que dans la version anglaise, il aurait fallu nommer ce train : « Dudu » (pour dual) ou dudule, c’est plus joli. De quoi satisfaire l’égo d’un de nos fidèles lecteurs... « Allez, j’monte dans Dudule ! » aurions-nous pu entendre sur les quais bondés. Pas très sérieux. En bon français (test ADN à l’appui), on optera donc pour le bibi. Ce ne sera, certes, pas beaucoup plus élégant de pénétrer dans le bibi que dans le dudule, mais bon... il faudra s’y faire !
L’important n’est pas là. Un matériel neuf sur une ligne dont on connaît tous les nombreux désagréments, c’est déjà une bonne nouvelle. Lorsqu’en plus ce matériel permet de réduire la pollution (on nous parle de 20% de CO2 en moins), cela devient, pour mes petites oreilles d’écolo, une très bonne nouvelle.
Tout cela, me direz-vous, vaut donc bien une belle photo où nous verront nos élus UMP, PS, PC se serrer dans une folle étreinte. Sans doute. Mais sur l’essentiel, c’est à dire, sur l’électrification, rien n’est encore acquis. Loin de là. D’ailleurs, le commentaire d’une journaliste :« de quoi patienter avant l’électrification de la ligne », soulève, indirectement, l’un des effets pervers de cette bibi.
Derrière la réelle avancée technologique et écologique, ce nouveau train peut en effet donner quelques arguments pour ralentir encore plus un projet d’électrification déjà bien mal en point. C’est là un vrai danger. Pourquoi électrifier rapidement cette ligne puisque de nouveaux trains « bibi » permettent d’assurer le « service minimum », de colmater les brèches d’une ligne bien mal en point ? Pourquoi diable se presser, s’emballer, s’énerver ou s’exciter, puisque notre bibi est là pour plusieurs dizaines d’années ? Bibi nous fera patienter, patienter, patienter... et nous permettra d’attendre, un peu plus longtemps, une électrification bien incertaine. Car, faut-il encore le rappeler, le dossier du Paris-Mulhouse est, depuis l’ouverture du TGV Est, et malgré toutes les déclarations d’intentions, plus mal en point qu’il ne l’a jamais été.
Voilà, derrière les beaux sourires de cette journée d’inauguration, la conséquence néfaste et peut-être inattendue de ce qui reste tout de même une belle avancée.











