L'article

7
mars
2008

Réponses au collectif « L’Aube, Troyes et la culture » : la synthèse

« La culture coûte cher ? Essayez l’ignorance... » pensée anonyme. Pour introduire cette synthèse, il me semblait bon de rappeler cette citation, si souvent prononcée, et mise dans un commentaire récent sur le blog. Il y a quatre semaines, les associations culturelles, dont le domaine de compétence est celui de la sauvegarde et la promotion du patrimoine, ont adressé une lettre aux candidats aux élections municipales de Troyes et de la CAT et aux élections cantonales dans laquelle elles faisaient part de leurs préoccupations quant aux politiques culturelles locales.

Voici la syntyhèse des réponses rédigée par J.L. Peudon, coordonnateur du collectif :

Les associations ont reçu des réponses du parti communiste, de Florent Ballanfat et Gérard Leberre candidats de ce parti ; de Olivier Girardin, Jaïm Myara, Jean-Marie Piet et Dimitri Sydor (PS) ; Jean-Marc Massin (Verts) ; Philippe Beury, Christian Lambart et Pascal Landreat (Modem) ; Jean Pouillot et Pascal Thomas (UMP) ; Marc Bret, Joëlle Pesme, Dominique Voix. On peut constater que les réponses émanent de toutes les tendances politiques, du milieu rural, urbain et péri-urbain. Précisons que Marc Sébeyran et Lise Patelli (Nouveau Centre) ont proposé dans la dernière semaine de rencontrer les associations à la permanence du candidat François Baroin (UMP), mais celles-ci ont fait remarquer qu’elles avaient demandé une contribution écrite des candidats (les paroles s’envolent, les écrits restent) et qu’elles n’avaient pas l’intention de traiter de manière particulière les candidats sortants. Une remarque d’ordre général peut être faite : toutes ces réponses attestent d’un attachement à la valorisation du patrimoine et des élus sortants comme Pascal Landréat et Jean Pouillot qui ont analysé la politique menée localement en la matière ou Joelle Pesme faisant état des interrogations d’une mair(esse) lorsqu’une petite commune s’engage dans la restauration de son église.

Trois principes pour une action future

Le risque d’une telle consultation était de se voir répondre que le patrimoine en particulier et la culture en général sont un luxe à côté des besoins de la vie quotidienne, qu’ils peuvent susciter l’intérêt d’une petite « élite » mais sont bien éloignés des préoccupations populaires. C’est ce que disent bien Dimitri Sydor et Samira Sebbari candidats dans le canton Troyes IV : « Trop souvent, face aux grands maux de ce début de siècle, la culture est considérée comme étant une chose annexe. Le chômage, la précarité des situations et des emplois, plus généralement, les inquiétudes que nous ressentons tous face à un avenir incertain tendent à amoindrir le rôle de la culture et de sa diffusion dans nos sociétés ». Or, continuent-ils ce n’est pas une bonne manière de prendre le problème. Au contraire, eux comme la plupart des candidats s’accordent sur la nécessité d’être actifs dans ce domaine et les réponses s’articulent autour des trois idées de base de notre lettre ouverte.

- 1. Le patrimoine est un important facteur de dynamisation locale
- pour des raisons générales car il constitue un critère fort d’identité, et contribue par là-même au lien social, et est un facteur de développement économique. Les associations ont apprécié la formulation de ce problème dans le programme de Philippe Beury sous l’expression : il faut transformer «  l’histoire en avenir »
- pour des raisons propres à notre département et à son chef-lieu qui concernent notamment son caractère exceptionnel.

- 2. Pour mener une politique solide, visible dans ce domaine, il faut coordonner les actions, celles des institutions entre elles (ville de Troyes, CAT, département, Région), celles des institutions avec les associations culturelles engagées dans ce secteur. Cette exigence revient dans tous les textes. Ainsi Florent Ballanfat, candidat du PC remarque que « Tout le monde se félicite de la richesse du tissu associatif, encore faudrait-il un échange entre les associations et les collectivités ». Philippe Beury envisage une maison du patrimoine regroupant services municipaux, associations et locaux. Pour Olivier Girardin, il faut mettre en place des structures permanentes et pérennes de concertation. Christian Lambart plaide pour une politique culturelle de la CAT à laquelle il est prêt à collaborer comme maire de Saint-Parres-aux-Tertres, s’il est élu. C’est aussi l’engagement de Jean-Marie Piet, de Jaïm Miara. Pour Pascal Landréat, nous devons tous être des fédérateurs afin de déterminer des grands axes de travail. Pascal Thomas songe à un lieu et des outils pour coordonner tous les acteurs de ces secteurs.

- 3. Pour mener une politique coordonnée, il faut des structures et un suivi au sein des institutions politiques. Avec Philippe Beury, Pascal Landréat, Jaïm Myara et Dimitir Sydor, les idées tournent autour de la mise en place de services du patrimoine ou de la culture clairement identifiés. Dimitri Sydor verrait bien la mise en place d’une commission dédiée exclusivement à la culture, au patrimoine et au tourisme pour faire fonctionner en cohérence les différents acteurs.

Les situations plus particulièrement traitées.

- 1. Le Centre d’Etudes médiévales. Plusieurs ont regretté sa disparition et le vide qui en a été la conséquence. Il avait été un bel exemple, pour ne pas dire un modèle, de coordination d’énergies et de coopération entre les différents acteurs.

- 2. L’avenir de la Vie en Champagne. Les candidats aussi bien qu’élus se sont souvent déclarés surpris que l’avenir de la revue soit mis en cause. Jean-Marie Piet, déclarant vouloir demander des moyens humains et financiers pour le maintien et le développement de la revue qu’il connaît depuis de longues années, résume assez bien les différentes positions tandis que Pascal Landréat suggère qu’elle soit le support scientifique nécessaire à la divulgation des travaux de recherche et pense que le Conseil général et la CAT doivent soutenir clairement son action dans la durée. Jean Puillot rappelle quelques uns des numéros réputés de la revue. Philippe Beury y voit un outil indispensable pour diffuser la recherche historique concernant notre région auprès du grand public, intégré dans une politique plus vaste d’aide à la publication des travaux de recherche.

- 3. Un centre de mémoire de l’histoire de la bonneterie. L’incapacité de la CAT et du département à se doter d’un véritable musée de la bonneterie a été elle aussi soulignée par les candidats de tous bords. Olivier Girardin et Philippe Beury ont fait des propositions précises et très intéressantes que l’on ne peut donner ici sans alourdir cette présentation mais elles pourront être étudiées dans le cadre d’une reprise thématique des problèmes abordés

- 4. Le réaménagement des musées : St-Loup, Vauluisant. Jaïm Myara insiste sur ce fait qu’ils ne sont pas dignes des œuvres qui sont entreposées. Nous avons été saisis par ailleurs de la situation préoccupante du musée de l’outil et de la pensée ouvrière où l’association des amis du musée, en conflit avec la direction de l’établissement, s’est volontairement mise en sommeil. Philippe Beury insiste sur le rôle des musées à une indispensable « éducation à la culture et sur son utilité pour favoriser la mobilité sociale ». Jaïm Myara va dans le même sens en proposant le renforcement des passerelles entre culture et éducation.

- 5. Le sort de la Bourse du Travail. Toutes les interventions qui en parlent regrettent l’opération de transformation de ce lieu en local commercial. Il y avait mieux à faire et il n’est pas du tout sûr que l’implantation commerciale jouera le rôle d’une locomotive. Quant au remplacement envisagé du nom Bourse du travail par le passage Saint-Nicolas, il apparaît aussi ridicule que révoltant eu égard au rôle joué par ce lieu dans l’histoire de la ville et du département.

- 6. Évolution de la maison du patrimoine de Saint-Julien. C’est une nécessité qui revient à plusieurs reprises. Pascal Thomas propose une table ronde permettant rapidement de redéfinir la vocation et les missions de la Maison du Patrimoine de Saint-Julien. "Cette structure, qui travaille en solitaire, ajoute-t-il, pourrait devenir une Maison des Associations du patrimoine, un lieu d’échange et de concertation ; une structure apportant un soutien et des services aux associations, un lieu de promotion et de valorisation des actions des uns et des autres." Philippe Beury propose que la Maison du Patrimoine retrouve sa vocation initiale, quelle devienne un centre qui reprendrait le concept du Mois médiéval, « mais en ne se limitant pas seulement au Moyen-Age ». Comme Olivier Girardin il pense à « une redéfinition des objectifs de la Maison du Patrimoine, dans un sens plus pluridisciplinaire et transversal ».

- 7. Un centre de mémoire orale. C’est une demande que nous avions évoquée. Elle a été reprise et nous aurons l’occasion de préciser ses buts dans une publication ultérieure.

- 8. D’autres thèmes sont encore évoqués : l’environnement, la place de l’eau dans la cité, l’architecture de la ville de demain...

Relation active entre les réalisations patrimoniales et les forces vives du pays

Plusieurs contributions insistent sur la nécessité de stimuler la recherche par des bourses d’études, des mises en résidence sur des sujets, une relation active avec l’Université. Jaïm Myara souhaite qu’on donne vie à ce patrimoine et ne distingue pas la politique patrimoniale de la mise en place d’une scène de musiques actuelles et proposant des évènements culturels dans les quartiers.

En conclusion, ira-t-on vers le lancement d’une grande réflexion sur l’identité de la ville comme le propose Philippe Beury, des Etats généraux du Patrimoine associant acteurs du terrain, institutionnels et population suggérés par Olivier Girardin ?

Affaire à suivre.

Deux contributions ont été mises en lignes par les candidats :
- Dimitri Sydor : Agir pour la culture !
- Philippe Beury : La politique culturelle de Troyes 2008

Jean-Louis Peudon et le collectif « L’Aube, Troyes et la culture » :
- Amis des archives de l’Aube, Jean-Louis HUMBERT
- Amis du Musée aubois de l’Education, Jean-Louis HUMBERT
- Amis des Musées d’art et d’histoire, Françoise CAUMONT
- Association pour le Respect du Patrimoine Historique et de l’Environnement du Département, Gérard NAYRAC
- Association Jean Scapula pour la sauvegarde d’Aumont, Marie-Claire GUICHARD
- Bourse du Travail, Mémoire vivante, Anna ZAJAC, Michel CHOQUART
- Centre Pithou, Jacky PROVENCE
- Champagne Historique, éditrice de la Vie en Champagne, Marie-Dominique LECLERC
- Club dix-neuvième, Jean-Louis HUMBERT
- Croqueurs de Pommes, Jean LEFEVRE
- Le Son des Choses, Julien ROCIPON
- Passeurs de fresques, Dominique SABROUX
- Sauvegarde et Avenir de Troyes, Elisabeth JONQUET



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