L'article

3
juin
2008

Quand la Justice « oublie » les droits des femmes…

L’affaire s’est passée …. en France. De tous bords, des politiques jusqu’aux associatifs, les réactions sont nombreuses, les mots sont forts : ahurissant, consternant, inquiétant, etc...

Consternante en effet est la décision du tribunal de grande instance de Lille qui « a vu un mariage annulé à la demande du conjoint "pour erreur sur les qualités essentielles " au motif que la mariée avait menti sur sa virginité. »

Ainsi donc, une juge a considéré que la virginité d’une femme au moment du mariage était une « qualité essentielle » justifiant l’annulation de l’acte !! En réponse aux nombreuses réactions suite à cette décision inique, le Procureur, se fondant sur l’article 180 du Code civil, argue du fait que la justice a tranché au motif d’un mensonge de l’épouse et non sur son absence de virginité !

Cette argumentation relève de la casuistique et l’argument de tartuffe est loin de nous convaincre !

Quand les attaques sont réelles, ici ou ailleurs en Europe, pour imposer dans notre culture un retour à une discrimination entre les sexes au détriment des femmes, il est insupportable de constater que c’est par le Droit que de telles valeurs rentrent en force, ceci avec la complicité d’hommes de Justice !

La décision du TGI de Lille repose sur une interprétation de la loi ; elle est inacceptable à divers titres.

Elle nie le principe du droit des femmes à disposer de leur corps comme tout individu. Faut-il rappeler au passage avec Elisabeth Badinter que « la sexualité des femmes est une affaire privée et libre en France, absolument libre. » !!

Elle porte atteinte à l’égalité entre les femmes et les hommes, ceux-ci ne pouvant être mis en cause pour les mêmes motifs. Une telle décision ne peut donc que conforter l’idée inacceptable d’une infériorisation de la femme.

En reconnaissant comme « qualité essentielle » une valeur véhiculée par une religion quelle qu’elle soit, elle porte également atteinte à la laïcité, l’une des valeurs qui fondent notre république.

La référence scandaleuse à une valeur d’un autre âge fragilise enfin les populations féminines de France à qui l’on impose des pratiques archaïques. Si les femmes de France peuvent aujourd’hui se sentir légitimement trahies, les nombreuses réactions d’associations de femmes africaines montrent aussi à quel point cette décision de justice les a révoltées, elles qui souvent espèrent en nos lois pour faire cesser des coutumes et des pratiques moyenâgeuses qui les brisent pour la vie !

Les femmes se sont battues pour réclamer les mêmes droits que les hommes.

Avec les hommes aussi, elles se sont battues pour faire reconnaître l’égalité entre les sexes, pour faire inscrire la parité dans la loi, pour que leur soit donné un égal accès aux responsabilités sociales et professionnelles… etc.

Cette décision du TGI de Lille est une régression inacceptable.

Isolée dans un concert de protestations venues de toutes parts, Madame DATI, notre Garde des Sceaux, défend pourtant la décision du TGI de Lille sous prétexte que « le fait d’annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire de ce mariage.. » Faut-il souligner que le divorce est fait pour cela et que les récentes dispositions qu’elle a prises avaient vocation à « rendre la procédure simplifiée et plus rapide » ? (sic)

Quant au Procureur de la République de Lille, Philippe Lemaire, qui « rappelle que les époux étaient « d’accord », l’épouse ayant acquiescé à la demande de nullité », est-il vraiment nécessaire de lui préciser que, dans un tel contexte culturel, l’épouse n’avait sans doute pas le choix ? Humiliée, couverte de honte, blessée par cette histoire sordide portée sur la place publique, pouvait-elle refuser en toute liberté la nullité de l’acte ?

Il est probable en effet qu’avec cette annulation la jeune femme concernée échappe à un avenir qui risquait d’être difficile. Mais pour toutes les femmes d’ici et d’ailleurs, il n’est tout simplement pas acceptable en 2008 de considérer que la virginité peut être une « qualité essentielle » !

Les femmes attendent qu’un recours soit déposé afin d’empêcher une régression insupportable de leurs droits !

NDLR : A lire sur le même sujet : La virginité du Code civil met la corde au cou de nos députés



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Les commentaires (17)

Quand la Justice « oublie » les droits des femmes…
  • Commentaire 24553 christine
    le 3 juin 2008  à 07:43

    "l’épouse a acquiescé"... ! mais si ça se trouve elle est super contente que son mariage soit annulé ! enfin ! je ne comprends pas que personne n’envisage ce cas de figure ! ce mariage lui était peut-être imposé et dans ce cas elle en est libérée. elle a peut-être consenti à ce mariage, mais quand on tombe sur un macho primitif comme ça, ça donne envie de se sauver en courant, alors vive l’annulation ! personne n’a jamais prononcé le mot amour dans cette affaire... alors un mariage sans amour, est-ce que ça vaud la peine ? tout le monde s’en mêle, tout le monde ramène sa fraise mais personne n’a consulté cette femme, à part le tribunal.... tout le monde réduit ce problème à une question de religion, mais c’est surtout une question de sexisme et ça existe aussi chez les catho franco-français : je connais encore des épouses qui n’ont pas accès au chéquier ou à la carte bleue du couple, et encore de nos jours on considère un homme qui accumule les liaisons hors mariage comme un séducteur, alors que si c’est une femme c’est une salope.... alors arrêtons de nous focaliser sur ce genre de détails, c’est trop facile, et ça nous permet surtout de ne pas nous remettre en question nous-même !
    quand on veut faire piquer son chien, on dit qu’il a la rage.

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  • Commentaire 24559 Philou
    le 3 juin 2008  à 10:11

    Prudence, prudence.

    Dans cette affaire, il manque des sons de cloches ce qui est normal puisque théoriquement cela relève de l’ordre du privé. Certes, maintenant que la vox populi s’en est saisie, il serait souhaitable que toutes les parties s’expriment équitablement, ce qui, même ce matin, n’est toujours pas fait. Il y a plus de tierces personnalités qui se sont exprimées à ce sujet que d’intéressés.

    De plus, si j’étais à la place des ex-époux je commencerais par déposer une plainte pour violation de la vie privée à l’encontre des notables et autres figures de proue de la Nation qui se permettent d’y aller de leur petit commentaire par-ci et par-là...

    Sur le fond, cette affaire est avant tout d’ordre culturel. Et vous me direz, de quoi s’est mélée notre justice laïcque ? Le problème est qu’un mariage ne peut-être annulé autrement.

    Mme DATI souhaite désormais que le Parquet fasse appel. Est-ce réellement le souhait de la jeune femme ? Nous n’en savons rien...

    Ce qui est sans doute fallacieux dans cette affaire, c’est l’argument de virginité qui est avancé, mais là encore, le tribunal nie la prise en compte de ce critère. Alors, qui dit vrai ?

    En attendant,et je me répète... Prudence...

  • Commentaire 24569 VICKING
    le 3 juin 2008  à 14:25

    Il y a eu tromperie " sur la marchandise" le législateur a prévu d’annuler l’acte de mariage !

    Se reveiller maintenant , c’est fort de café !

    Sur l’aspect religieux , ou se coté prude , il y aux Etats-Unis des pratiques compensatrices ! Quant aux Arabes il y a bien longtemps qu’ils ont réglé ce problème !

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  • Commentaire 24560 CT
    le 3 juin 2008  à 10:13

    Le pire dans cette histoire atterrante c’est que pour cette jeune femme l’affaire est un véritable noeud gordien.

    Peut-être n’aspire-t-elle qu’à ce que ce noeud - le mariage avec un tel homme - soit tranché. Lui le demande, elle aussi peut-être, sans avoir voie au chapitre. Pour celà elle doit être désignée comme la traitre, la fautive, lui comme la victime.

    En faisant appel de cette décision, le parquet finalement la menace d’une autre sentence, celle de devoir, si le noeud était renoué, vivre encore un peu avec ce mari sectaire et archaique, le temps je suppose qu’il ou elle obtienne le divorce par la procédure courante. A moins que le tribunal n’ait l’intelligence de la démarier en la déclarant non-coupable. Mais le peut-il ?

    repondre Répondre



  • Commentaire 24564 LEDOC
    le 3 juin 2008  à 11:26

    C’a va sans dire mais c’est mieux en le disant ....

    Si ce n’était si important au niveau de la symbolique laique et républicaine, ce serait risible ..

    En tant que médecin, je trouve consternant que la virginité d’une femme puisse être déterminé par un juge dans un tribunal (ou sont les preuves ?).... et la virginité de son mari alors !! ..

    Mais vous avez raison, soyons vigilants "le ventre est encore fécond d’ou peut sortir la bête humaine"

    Vive la république laïque !

  • Commentaire 24567 J.Provence
    le 3 juin 2008  à 12:59

    Sous l’Ancien Régime, ces questions d’annulations de mariages pour cause de non-virginité ou d’impuissance étaient réglées par un tribunal ecclésiastique spécialisé que l’on a appelé "Tribunal de l’Impuissance". Fort heureusement, "victimes" et "accusé(e)s" n’ont plus, aujourd’hui, à faire publiquement devant la Cour preuve ou démonstration de leur état, état qui à l’époque donnait des raisons suffisantes pour annuler de façon canonique le mariage (impuissance, perte de virginité avant mariage, non-consommation de mariage…). Des "spécialistes" allaient vérifier de la réalité de la virginité tandis que les hommes accusés d’impuissance devaient faire démonstration du contraire devant une assistance dont la présence était peu propice à stimuler l’érection...

    Par ailleurs, pour se "refaire" une virginité, il existait des pratiques "sordides", ou recettes, dont quelques vieilles "maquerelles" avaient le secret : entrailles de poissons, pelures d’oignon savamment ajustées pour reconstituer un hymen défloré. Le jeune marié sans expérience était parfaitement trompé.
    Aujourd’hui ce sont des chirurgiens qui effacent toutes les traces du comportement jugé "honteux" et inacceptable des filles.

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  • Commentaire 24566 Liliane
    le 3 juin 2008  à 12:09

    Dans cette affaire, on met en avant l’argument qui veut que le droit serait venu au secours de faits, par conséquent prétendument non résolubles hors la cuisine juridique. C’est parce que cette jeune fille était en fait dans ce mariage en haut risque sur sa sécurité que le juge aurait usé de l’argument ’erreur sur la substance du mariage’, en l’espèce la virginité, objet de mensonge..etc, seul moyen dès lors pour protéger la femme.

    Il y a deux remarques à produire ici :

    - si cette jeune fille était en grande potentialité de danger selon le juge, c’est qu’il avait entre les mains des éléments consistants voire probants pour l’apprécier. Hors, la loi française comporte des solutions juridiques et même matérielles protectrices sur cet état de fait aujourd’hui. Pourquoi donc utiliser un argumentaire qui plombe la victime dans le texte (même si dans les faits elle aurait ainsi été délivrée des mains de son bourreau) ? Dans le cas de la législation sur les femmes battues, aujourd’hui ce n’est plus à la victime de déguerpir du foyer, mais au bourreau.

    - d’autre part, si réellement le juge a pensé que là était le seul moyen, cela revient à dire que la législation française, non suffisante, est obligée de plier devant une conception dépassée pour faire aboutir la justice de notre temps... Notre législation française est-elle à ce point incomplète et insuffisante sur pourtant un droit devenu depuis longtemps fondamental ’le respect de la personne humaine’ ?

    Et enfin, est-ce qu’un jour une femme en France aura le droit de faire annuler son mariage au motif que son mari lui a menti sur son pucelage ... ?

    En effet, on marche un peu sur la tête dans cette affaire.

    repondre Répondre



  • Commentaire 24570 CT
    le 3 juin 2008  à 15:01

    Comme dirait quelqu’un que je connais, celui qui dirige c’est celui qui a des couilles, et ce sont toutes des salopes.

    Trève de plaisanterie dans cette histoire que je n’avais pas pris la peine de vérifier avant de répondre ce matin, la femme était d’accord pour l’annulation du mariage qui a eu lieu et a été consommé... début juillet 2006. On n’est donc pas du tout dans le cas de figure où il s’agit d’une pauvre femme sans défense à la merci d’un mari musulman (donc arabe forcément) violent.
    Le monsieur est français, musulman certes, et depuis juillet 2006 il n’a pas lapidé son épouse.

    Le jugement complet dit "Attendu qu’en l’occurrence, [l’épouse] acquiesçant à la demande de nullité fondée sur un mensonge relatif à sa virginité, il s’en déduit que cette qualité avait bien été perçue par elle comme une qualité essentielle déterminante du consentement de [l’époux] au mariage projeté ; que dans ces conditions, il convient de faire droit à la demande de nullité du mariage pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint."
    SUr son blog Maitre Eolas a reposé toutes les bases de cette affaire, taclé les médias au passage et mis le jugement - datant du 1er avril ! (si si)- en ligne.

    Ce que dit Marie n’est cependant pas faux, même si la situation en cause diffère de ce que nous croyons savoir. L’impact d’un jugement capable de générer de tels réactions et commentaires n’est pas nul. Sans doute pourrait-il dans d’autres cas, être interprété comme posant la reconnaissance d’une pratique de répudiation qui n’est ni laique, ni respectueuse des droits des femmes.

    Et il demeure surtout que la loi ne prévoit pas que madame puisse faire de même si son promis s’est servi de son baton de pluie avant de le lui offrir, en lui affirmant le contraire. Mais les femmes n’ont-elles pas autre chose à revendiquer que des droits absurdes , comme celui de répudier Mr ou de pouvoir comme lui faire la guerre ?

  • Commentaire 24571 Criquette
    le 3 juin 2008  à 16:04

    je livre à vos réflexions et commentaires les propos de Jules, élu qui tient un blog que je vous mets en URL jointe. Je ne partage pas tout tout ce qu’il dit mais il amène à se poser beaucoup de questions sur notre société contemporaine....

    La virginité de la femme est-elle une condition du mariage ?
    Par jules, vendredi 30 mai 2008 à 11:06 - Commentaire juridique de l’actualité - #879 - rss

    C’est ce qui semble s’évincer d’un jugement du TGI de Lille à en croire les professionnels de l’indignation.

    Mais, comme il n’est pas rare, l’indignation fleurit souvent sur une ignorance vertueusement revendiquée.

    La juridiction lilloise a en effet annulé un mariage à la demande de l’époux car celui-ci avait découvert lors des noces que son épouse n’était pas vierge.

    La virginité est-elle une condition du mariage ?

    Certainement pas.

    Les juges ont en effet appliqué le second alinéa de l’article 180 du Code civil :

    S’il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l’autre époux peut demander la nullité du mariage.

    Autrement dit, lorsque l’un des époux commet une erreur sur l’identité — c’est rare — de la personne ou sur ses "qualités essentielles", il peut solliciter l’annulation du mariage. Tout se passera comme si le mariage n’avait pas eu lieu, faute d’avoir été consenti valablement.

    La première question, bien sûr, est de savoir quelles sont les "qualités essentielles" d’une personne.

    Et cette réponse n’admet pas de réponse tranchée.

    En effet, le droit ne dit pas quelles sont les qualités que doit réunir une personne pour faire un(e) bon(ne) époux(-se). Il se contente d’apprécier, concrètement quelles qualités ont déterminé le choix concret d’une personne.

    Pour Tartempion, ce sera l’aptitude du futur conjoint à entretenir des relations sexuelles ; pour Tartenpionne, ce sera l’honorabilité du futur époux et son absence de condamnation antérieure.

    Chacun prête à autrui des qualités qui lui semblent nécessaire à la perpétuation de la vie de couple. Et ces qualités, fort heureusement, sont aussi diverses que l’est la nature humaine ; en sorte que, selon l’aphorisme de "Zezette épouse X" dans le père Noël est une ordure, "chaque pot a son couvercle".

    L’appréciation des "qualités essentielles", donc, est subjective. Elle ne relève pas de la norme sociale telle que l’établit le juge, mais de ce qui, dans le for de la conscience de chacun des époux, à pu le conduire en mairie.

    A cet égard, il ne fait guère de doute que la virginité peut constituer une "qualité essentielle" pour une personne ; en particulier lorsque cette qualité s’appuie sur une prescription religieuse.

    Aussi bien peut-on imaginer sans peine que les juges auraient pareillement annulé un mariage sur la requête de l’épouse, si celle-ci avait pu démontrer que le couple suivait les commandement de l’Église. Et de fait, le comportement pré-matrimonial du futur conjoint peut justifier une annulation, comme a pu en juger le Tribunal de Grande Instance du Mans en 1981[1]. En l’occurrence, l’épouse animée de sentiments religieux, avait découvert que son époux entretenait une relation avec une maîtresse dès avant le mariage.

    Mais on ne peut qu’observer avec une certaine curiosité comment l’affaire du jour a été réduite à la question de l’Islam.

    L’appréciation des qualités essentielles, donc, est subjective. Elle dépend de la conception que chacun se fait des qualités que doit réunir — ou ne pas réunir — un conjoint.

    Une telle analyse, contrairement aux apparences, est tout à fait contemporaine.

    Avant 1975, les juges hésitaient à accorder aux attentes personnelles des époux le poids qu’elles ont aujourd’hui. Le mariage, leur semblait-il, échappait pour beaucoup à l’individu et appartenait pour l’essentiel à la société.

    Dans une célèbre affaire[2] qui épuise encore les étudiants de faculté, ils avaient ainsi refusé l’annulation du mariage conclu avec un ancien forçat en faisant valoir que l’erreur sur la personne[3] n’admettait pas une erreur sur les flétrissures subies par le futur conjoint. Mais le vingtième siècle a connu des dissidences. Et l’individualisme a peu à peu innervé la nullité pour erreur sur la personne ; jusqu’à la réforme de 1975 qui consacra la notion d’erreur sur les "qualités essentielles".

    C’est dire que la position du TGI de Lille, loin de marquer une régression dans le contrôle social, témoigne au contraire d’un grand libéralisme.

    Mais un tel libéralisme est-il supportable ?

    Car laisser l’individu maître de ses critères maritaux peut conduire à tenir compte d’éléments de la personne que le droit sanctionne par ailleurs. Ainsi, pour aller au plus brutal, de "l’appartenance vraie ou supposée à une race, une ethnie ou une religion".

    A vrai dire, le choix est cruel et il est net.

    Que les personnes discriminent dans le choix de leur relations amicales et sentimentales, cela ne fait guère de doute. Y compris sur des critères plus ou moins avouables. Mais c’est une chose que de sanctionner les discriminations dans le domaine économique, et autre chose que de l’imposer dans l’ordre de l’intime.

    Le TGI du Mans, dans la décision précitée, avait établi une liste de qualités qui ne devaient pas apparaître comme essentielles. Parmi elles, la race... Et la virginité.

    On voit bien là que le droit hésite entre une conception classique du mariage soumis aux impératifs de la société et la tendance (post-) moderne, qui est de le livrer à l’empire des aspirations individuelles. Une question d’apparence anodine, mais qui en dit beaucoup sur les craquements des sociétés contemporaines.

    A cet égard, le jugement du TGI de Lille se place dans le courant de l’histoire.

    Un mot, pour conclure, sur la tromperie.

    Il est rapporté, dans la presse, que l’épouse connaissait les attentes de son futur époux et les avait trompées par son mensonge.

    Il ne faudrait pas conclure que les juges ont sanctionné la tromperie plus que le défaut de virginité.

    "En mariage, trompe qui peut", dit l’adage[4]

    Cela signifie que les manœuvres destinées à tromper autrui pour le faire consentir au mariage — le dol — ne sont pas une cause de nullité. Seule compte l’erreur qui a déterminé le consentement, quelle qu’en soit la cause.

    Ce n’est pas une mauvaise chose, ne serait-ce que pour le ressort comique qui baigne une bonne partie des comédies de mœurs.

    Mais la tromperie sera un moyen pour les juges d’apprécier si la dissimulation avait bien porté sur une qualité jugée essentielle par l’un des époux.

    La tromperie, donc, n’a pas été sanctionnée en tant que telle[5], mais elle a servi aux juges de preuve du caractère essentiel de l’erreur commise par l’époux.

    Il n’aura pas échappé aux lecteurs de la presse que la plupart des juristes jugent la position du TGI de Lille fort classique.

    De sorte que, faute de s’indigner des juges, l’on est conduit à s’indigner du droit.

    Avant de se précipiter à bras raccourcis sur la législation cependant, on aura égard à la question suivante.

    Si les aspirations intimes d’une personne peuvent apparaître douteuses à une majorité de libéraux progressistes, ceux-ci accepteraient-ils de souffrir la contrainte du législateur dans le choix de leur conjoint ?

    NB : On peut lire les commentaires convergents d’Eolas, et de Dimitri Houtcieff.

    Notes
    [1] TGI, Le Mans, 7 décembre 1981, au JCP 1986.II.20573, pour les curieux.

    [2] Il s’agit de l’affaire Berthon qui trouva son épilogue dans un arrêt des chambres réunies de la Cour de cassation le 24 avril 1862.

    [3] Dans l’ancienne rédaction de l’article 180.

    [4] En fait, Loysel.

    [5] Contrairement à ce que l’article de rue89 fait dire à son juriste expert François Doutriaux

    Voir en ligne : http://dinersroom.free.fr

  • Commentaire 24576 CT
    le 3 juin 2008  à 18:59

    Euh... à lire le copier collé de Criquette, j’ai soudain un doute. Je connais un peu Me Eolas, comme avocat, pas comme homme. j’ai lu en diagonale ce matin, sur son blog ce qu’il analyse de l’affaire. Mais pas dans le détail. Alors j’espère que ce "jules" ne dérape pas comme le votre dans ses digressions personnelles.

  • Commentaire 24599 Criquette
    le 4 juin 2008  à 13:45

    analyse et commentaire d’un juge pour enfant sur le jugement de Lille :

    http://jprosen.blog.lemonde.fr/

    plutôt intéressant, non ?

  • repondre Répondre



  • Commentaire 24600
    le 4 juin 2008  à 16:15

    Il y a les commentaires des juristes qui, face au Droit pur, ont raison.

    Il y a l’indignation des femmes qui, face aux Droits de l’individu, ont raison.

    Il y a les commentaires des démocrates qui, face aux Droits de l’Homme, ont raison.

    Il y a une justice qui peut, au travers de cette affaire, démontrer qu’on peut contredire légalement des droits fondamentaux inscrits dans notre constitution .

    Le débat était donc nécessaire et salutaire. Il reste à imaginer les réponses légales permettant la protection des droits de l’individu dans ce cas comme dans d’autres.

    Cette affaire de LILLE a le mérite de souligner que la vigilance doit toujours être la règle.

    repondre Répondre



  • Commentaire 24603 Marc
    le 4 juin 2008  à 18:39

    En parlera-t-on demain à la réunion d’auboisement ? Ou le débat sera-t-il uniquement consacré aux humeurs d’Adnot ou au mépris de Baroin ?

    Demain sera-t-il un haut débat ou un bas débit ????

    A voir, j’y serai mais ne pas me décevoir SVP...

  • Commentaire 27572 anniversaire
    le 22 octobre 2008  à 00:37

    ce n’est pas toute à fait exact

  • repondre Répondre



  • Commentaire 28716 Jour de l’an
    le 27 novembre 2008  à 17:37

    Bon article, très interressant, je vous félicite vivement pour votre blog.
    je vous souhaite une bonne continuation et longue vie à votre site
    à bientôt

    frank:-P

  • Commentaire 29947 restaurant a paris
    le 29 janvier 2009  à 02:48

    effectivement un tres bon article

  • repondre Répondre



  • Commentaire 33490 Histoirede
    le 5 août 2009  à 02:19

    Tout à fait.

    J’adère totalement au commentaire de mon ami Tribar.

    repondre Répondre



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