C’est un fait assez rare, peut-être inédit. Dans la dernière livraison du magazine Press’ troyes, le goupe MoDem revient sur le dossier des déchets nucléaires. A la suite de cette tribune libre, la municipalité a tenu à apporter un droit de réponse donnant à la notion "d’intérêt local" une lecture bien étriquée.
On se souvient que Philippe Beury avait déposé un voeu au conseil municipal de juillet dernier invitant ce conseil à se prononcer contre l’implantation d’une troisième poubelle nucléaire dans l’Aube.
François Baroin avait refusé purement et simplement de présenter ce voeu [1].
Dans la tribune libre de l’opposition, le conseiller municipal MoDem revient sur cet épisode. Il y explique que le maire de Troyes n’a pas respecté le règlement intérieur du conseil et a ainsi privé les élus d’un débat et d’une possibilité de se prononcer sur le sujet. Malin, il en profite pour rendre public ce texte.
Vexé, la rédaction de Press’Troyes [2] s’est fendu dans ce même numéro d’un droit de réponse. On aurait davantage pensé que cette réponse nous vienne du service juridique... mais bon...
La rédaction de Press’Troyes explique que selon le règlement intérieur « le conseil municipal émet un voeu sur tous les objets d’intérêt local ». De ce fait, les communes candidates n’étant pas « limitrophes » de Troyes ou de son agglomération, « le conseil municipal ne pouvait pas émettre un tel voeu ». Traduction : Beury dit des âneries !
Osons le dire, cette justification est pour le moins bancale.
Bancale car un « objet d’intérêt local » ne se définit absolument pas par sa proximité par rapport à notre ville ou notre agglomération. La colonie de vacances de Servigny, le village de Lamoura sont loin de notre ville. Ils constituent pourtant, tout le monde en conviendra, des « objets d’intérêt local ». Ce n’est donc pas la géographie qui fait l’intérêt local mais bien l’interprétation qu’on se fait d’un sujet et de ses conséquences sur le développement de Troyes et la vie des troyens.
Bancale car tout le monde pourra convenir que l’implantation d’une poubelle nucléaire à quelques kilomètres de Troyes puisse avoir un impact sur l’image de notre ville. L’intérêt local est évident. Sauf à être véritablement aveugle.
Bancale car le voeu proprement dit ne mentionne pas les deux communes candidates. Il fait état du projet d’implanter un centre de stockage dans l’Aube. Le 9 juillet, jour de ce conseil, Par les Chavanges avait déjà renoncé. Le 9 juillet, on savait déjà que d’autres communes seraient désignées aux côtés d’Auxon. Or, si on observe la carte de communes présentant une géologie favorable on s’aperçoit que la poubelle pourrait s’installer aux portes de notre agglomération et même, en théorie, au coeur de la CAT ou de Troyes ! Absurde, me direz-vous... En tout cas, si l’enfouissement est sans danger, comme nous l’explique l’Andra, rien n’interdit d’installer cette poubelle, à Saint-Germain par exemple, qui possède la géologie et la superficie nécessaire pour accueillir les déchets FAVL.
Sans l’ombre d’un doute, la question d’une troisième poubelle nucléaire est bien une question d’intérêt local pour Troyes et l’agglomération. Le voeu présenté par le groupe MoDem était donc tout à fait recevable.
Mais pourquoi alors ce droit de réponse de la municipalité ?
En réalité, les précisions apportées par la municipalité porte sur la forme du voeu. Pas sur le fond. François Baroin, 2 mois après ce voeu, a, on le sait, demandé un moratoire sur l’implantation de cette poubelle nucléaire, reprenant une bonne partie des arguments avancées dans le voeu de Philippe Beury. Comment alors pouvait-il justifier, a postériori, le refus de présenter ce voeu puisque sur le fond du dossier, il rejoint la position de Beury ? Pirouette, double salto, François Baroin a trouvé un argument de pure forme pour expliquer cet inexplicable refus.
Personne ne sera dupe. On comprend bien que ce droit de réponse à la tribune du groupe MoDem a été fait dans l’urgence pour rattraper in-extrémis un petit couac dans la communication du maire.












