L'article

2
sept
2009

Pourquoi n’ai-je pas désobéi aux réformes de l’Education Nationale ?

Dans quelques jours ce sera ma cinquième rentrée, je m’occupe d’un CM1-CM2 dans une petite école rurale très sympathique. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Autrement dit, je n’ai pas de raisons de me lamenter sur quelque point que ce soit. Ceci étant, quand je regarde l’année scolaire qui s’est écoulée, je suis triste.

Triste, en priorité pour celles et ceux de mes élèves qui ont bénéficié de l’aide individualisée, qui ont suivi des stages de remise à niveau, et dont les journées par conséquent se sont allongées. De plus, ils ont été stigmatisés par d’autres qui avaient moins de difficultés. Ces élèves auraient pu bénéficier de la compétence des maîtres expérimentés et formés du R.A.S.E.D, seulement, ils n’ont pu profiter que de ma bonne volonté. Je n’ai pas la prétention de remplacer un collègue du R.A.S.E.D !

Triste, ensuite pour mes CM2 à qui j’ai dû faire passer en janvier 2009 une série d’évaluations pour laquelle il m’a été difficile de leur expliquer le but et surtout l’intérêt qu’ils pourront en tirer pour leur scolarité future.

Triste, de plus, en ce qui concerne la saisie d’informations, sur le logiciel Base Élèves. Informations qui jusqu’à présent restaient au sein de l’école.

Triste, aussi pour ce qui arrive à mes collègues Edouard Revin, Albert Renard [1] et quelques milliers d’autres encore.

Triste, enfin pour des programmes scolaires rédigés en 2002 dont on n’a pas évalué les effets, et des programmes scolaires de 2008 qui se sont alourdis alors que nous avons moins de temps pour les réaliser.

Finalement, je n’ai pas désobéi à ces réformes. Par devoir ?

Les programmes de 2008 seront-ils évalués en 2016 puisqu’il faut 8 ans pour effectuer la totalité des trois cycles du primaire ? Évaluons tous les 8 ans les fruits des réformes car nos enfants méritent que l’on soit davantage cohérents et constructifs. L’Education Nationale n’est ni de droite, ni de gauche !

Benjamin Barbier

notes :

[1] Ndlr : les noms ont été modifiés



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Les commentaires (10)

Pourquoi n’ai-je pas désobéi aux réformes de l’Education Nationale ?
  • Commentaire 34010 Gege
    le 2 septembre 2009  à 12:36

    Je ne comprends pas bien votre tristesse :

    - l’aide individualisée - si vous pouvez enseigner a un groupe d’eleves, j’imagine que vous etes capable aussi de dispenser une aide personnalisee ?
    - la série d’évaluation des CM2 - est-ce vraiment si grave ? Quelques heures d’efforts pour aider au pilotage de l’Education Nationale ?
    - la saisie d’informations, sur le logiciel Base Élèves - quel est le probleme apres l’avis favorable donne par la Commission nationale de l’informatique et des libertés ?
    - vos collègues - dans le prive, la desobeissance aux consignes de son employeur se solde souvent par un licenciement - ici on parle de blame, retenue sur salaire ou retrogradation, ce qui n’est pas si grave compte tenu de leur faute ! On peut etre en desaccord avec sa hierarchie, discuter, negocier et argumenter, sans pour autant desobeir !

    Pourquoi faut-il toujours que les tentatives de reformes de notre systeme educatif soient toujours rejetees avec force par le corps enseignant ? Ca se saurait si la France avait le meilleur systeme educatif du monde qu’il ne faudrait changer pour rien au monde !

  • Commentaire 34019 Benjamin Barbier
    le 2 septembre 2009  à 15:54

    A Gégé, tout d’abord, merci pour votre commentaire constructif.
    En ce qui concerne l’aide individualisée, vous avez raison sur un point, je peux apporter une aide personnalisée. C’est d’ailleurs une de mes missions premières. Pour autant, pour des élèves qui ont accumulé des lacunes sur le plan de la lecture depuis le cours préparatoire par exemple, ou qui ont des soucis d’ordre psychologique, je ne peux guère changer "la donne", je n’ai ni suivi la formation d’un maître spécialisé ,ni obtenu le matériel utilisé par mes collègues spécialistes et je n’ai encore moins acquis l’expérience. J’ai de la bonne volonté mais cela suffit-il ? Imaginez que l’on demande à un médecin généraliste d’effectuer un acte de chirurgie complexe. Je ne prétends pas qu’il ne puisse le faire mais est-il le plus compétent ? De plus, en ce qui concerne le rythme biologique de l’élève inscrit à l’aide individuelle, cela lui fait une journée de classe (voire deux) de 7 heures !
    Par rapport aux évaluations CM2, je ne suis absolument pas contre le pilotage de l’Education Nationale. Il est nécessaire. Toutefois, évaluer en cours d’année (janvier) des élèves sur des compétences attendues en fin d’année vous semble-t-il raisonnable ? Cela déstabilise les élèves et inquiète les familles. Il y a deux ans, nous faisions une évaluation dite « diagnostique » en début d’année de CM2, beaucoup plus utile !
    La C.N.I.L a donné son aval pour Base Elèves sous réserves que les données recueillies soient sécurisées. En revanche, le comité des droits de l’enfant à l’O.N.U, l’UNICEF ou encore la ligue des droits de l’homme émettent des réserves quant au procédé utilisé et tous rappellent à la France qu’elle est tenue de respecter la Convention Internationale des droits de l’enfant qu’elle a ratifiée en 1990.
    Pour les désobéisseurs, je vous cite : « On peut être en désaccord avec sa hiérarchie, discuter, négocier et argumenter, sans pour autant désobéir ! ». Je partage votre point de vue et je suis ravi que cela se passe ainsi dans votre entreprise. Seulement, ont-ils pu discuter avec leur hiérarchie ?
    « Pourquoi faut-il toujours que les tentatives de réformes de notre système éducatif soient toujours rejetées avec force par le corps enseignant ? ». Je vous répète ce que j’ai dit initialement, pourquoi n’a-t-on pas évalué les effets des programmes de 2002 avant de lancer une autre réforme ? La réforme de 2008 n’est plus une tentative, elle est bien réelle. Je ne la juge pas, je ne la rejette pas et je souhaite même qu’elle soit évaluée en 2016.
    « Ca se saurait si la France avait le meilleur système éducatif du monde qu’il ne faudrait changer pour rien au monde ! »Je suis contre l’immobilisme, notre système éducatif doit évoluer, il y a des pays qui ont un fonctionnement dont on pourrait s’inspirer, avec moins de grandes vacances et des journées beaucoup plus courtes pour les enfants !

    :-)

  • Commentaire 34023 winnie
    le 2 septembre 2009  à 17:24

    Pour apporter de l’eau à votre moulin, je vous confirme que la France s’est fait remonter les bretelles par l’europe car elle ne respectait pas les droits de l’enfant (dans le cadre de la base Elèves). Laissez dire... si les enfants français sont les plus bêtes d’Europe, que les parents se posent la question : Ne serait-ce pas congénital ?????? Courage pour cette nouvelle année scolaire, continuez à les aimer ces marmots, même bêtes !

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  • Commentaire 34016 Nico
    le 2 septembre 2009  à 14:54

    avec des profs comme ca, je comprend mieux pourquoi nos enfants sont les plus bêtes d’europe...

  • Commentaire 34021 Julie Benketira
    le 2 septembre 2009  à 16:44

    Bonjour, Je suis consternée par les réactions au message de M.Barbier. C’est souvent la même réaction stéréotypée que l’on entend : "les enseignants sont des privilégiés car ils sont fonctionnaires, ils ne font que se plaindre, ils n’acceptent pas les réformes." Alors que je pense que la position des "profs" est exactement l’inverse. D’abord, on nous demande d’apprendre à penser aux enfants. Pour cela, il nous faut penser nous même et bien sûr par déformation professionnelle, on exprime nos accords (car il y en a) et nos désaccords. Face aux réformes, les désaccords tiennent souvent au fait que l’on nous impose des réformes tous les ans ou tous les deux ans et qui souvent ne sont pas concluantes car (et oui c’est exaspérant pour ceux qui aiment ce beau métier) ces réformes ne se font pas toujours dans l’intérêt de l’élève mais elles sont dictées par des logiques comptables. Alors, je crois qu’au contraire le témoignage de M. Barbier traduit l’expression d’un enseignant qui souhaite le meilleur pour ses élèves et qui, en pratique, se rend compte que les "réformes" n’améliorent pas la situation. D’ailleurs, ces réformes susciteraient moins de réticence si on y associait les enseignants chargés de les mettre en place au lieu de les leur imposer. Comment ne pas se sentir agressé voire méprisé en tant que professionnel que l’on ne soit que l’instrument et non l’acteur de notre mission auprès des élèves. Et après, on nous demande d’apprendre aux élèves à être acteurs de leur apprentissage : exactement l’inverse de ce que l’on vit professionnellement. Voila un grand paradoxe de l’enseignement public ! A oui, je ne sais plus qui disait qu’il comprenait pourquoi les élèves français étaient bêtes : qu’il réfléchisse donc à cela avant de faire des commentaires réducteurs !
    Je suis moi aussi professeur et "triste" (c’est le bon mot je crois) du contexte dans lequel j’exerce ma profession. Heureusement, j’adore ce métier. Il est très gratifiant quand on aime ses élèves. Mais quand on voit combien le système public les méprise, on ne peut qu’avoir envie d’exprimer "sa tristesse". Je suis prof d’allemand et j’attendais une collègue pour effectuer 18 h dans mon établissement. Parce qu’il faut absolument réduire les postes de ces foutus fonctionnaires dont les salaires coûtent du pognon au contribuable, on ne recrute plus. Et demain jeudi 3 septembre, les élèves n’auront pas tous un enseignant en allemand. M.Barbier, je partage non seulement votre tristesse mais je suis très en colère !

  • Commentaire 34030 Gege
    le 3 septembre 2009  à 10:33

    Juste un rapide commentaire sur votre frustration de ne pas voir votre collegue d’allemand arriver. Dans le prive, c’est malheureusement souvent le cas : des decisions prises a la va-vite, avec le court terme en ligne de mire, et les financiers-rois qui decident de tout. Ce n’est pas tres glorieux, mais c’est la realite quotidienne de millions de salarie. On embauche des stagiaires ou des interimaires sur des postes qui devraient etre perennes, et la liste des autres inepties serait longue. Tout ca pour vous dire que nous sommes tous dans le meme bateau. Et qu’on apprend aussi a faire avec, sans opposition systematique. Il y a bien sur des accrochages, greves et autres revendications, mais pas une opposition de principe sur tout !
    Alors certes nous avons tous des ambitions pour l’Education, hors du secteur marchand. Mais la realite c’est qu’il faut bien financer l’Education et que l’argent n’est pas illimite. On aimerait ne pas avoir a faire de compromis sur l’Education de nos enfants, mais en realite c’est une douce utopie.

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  • Commentaire 34040 Philou
    le 3 septembre 2009  à 15:13

    Le collectif dont vous faites partie devrait apprendre à fermer sa g... qui l’ouvre soi-disant pour le bien-être des élèves, alors qu’il ne pense qu’à lui-même.

    J’ai eu la chance d’avoir fait une majeure partie de ma scolarité dans des pays anglophones, mais aussi néerlandophones et germanophones et accessoirement en France.

    Je suis à ce titre étonné qu’aucun ministre ne vous ait dit collectivement en face que vous n’êtes pas à la hauteur et que c’est bien la faute des personnels de l’E.N. que les jeunes français sont nuls.

    La réforme des programmes ? Vous appelez ça une réforme ?

    Lorsque j’étais scolarisé au Royaume-Uni, j’apprenais l’utilité des vecteurs au 3e trimestre de la 6e, l’usage des tables trigonométriques et logarithmiques au 1er trimestre de la 5e et je calculais l’aire de polygones à l’aide de la loi des sinus en 4e !

    En 4e, j’avais des cours d’anglais(rien de plus normal), de littérature anglaise (avec un autre prof’), d’allemand et de français. Ajouté à cela, je subissais du Grec et je prenais mon pied en Latin. Lorsque j’ai décidé d’apprendre à jouer d’un instrument, mon saxophone baryton m’a été prêté par l’école, et les heures de cours de saxophone encadrées par l’école en sus de l’emploi du temps de la classe... gratuitement... selon les principes de Jules Ferry.

    Bien entendu, je peux prouver ces propos, cahiers d’école à l’appui (cahiers fournis par l’école et pas grâce aux ARS qui servent essentiellement à acheter un grand écran plasma de temps en temps).

    Alors de deux choses l’une. Soit les élèves français sont particulièrement débiles, auquel cas il convient de tous les placer en RASED en SEGPA et tutti quanti, soit il convient effectivement de secouer les puces aux concepteurs de programmes d’éducation et aux enseignants, afin que l’on tire enfin nos élèves vers le haut, au lieu de faire du nivellement par le bas comme l’on fait depuis 30 ans !

    La "réformette" est le propre du politicien français. Et quand bien même que ce ne soit que cela, les français trouvent encore le moyen de descendre dans la rue et de barricader l’accès au minima de connaissances que l’on cherche à leur inculquer !

    Bande de blaireaux !

    Signé :
    Un anglais heureux, un français en colère (mais pour les bonnes raisons)

  • Commentaire 34052 Benjamin Barbier
    le 3 septembre 2009  à 21:31

    Don’t worry,be happy !;-)

  • Commentaire 34054 Philou
    le 3 septembre 2009  à 22:47

    Pourquoi ne pas m’en soucier ! J’ai 6 enfants à élever, moi !

    Vous devez faire sans doute partie de la branche totalement nihiliste de ces enseignants qui se disent qu’ils ne sont pas responsables de l’enseignement qu’ils délivrent...

    Un vrai professeur français quoi. Un j’en foutre. Et pourtant j’en suis un aussi, mais je n’ai visiblement pas la "cool attitude" que les syndicats aimeraient que je transmette...

    Je demande pardon aux lecteurs, j’ai volontairement refréné certaines paroles... notamment en anglais...

  • Commentaire 34065 Benjamin Barbier
    le 4 septembre 2009  à 12:37

    L’ouverture d’esprit et le sens du dialogue semblent être vos principales qualités, Philou.
    Je suis impressionné.

    Il est grand temps que vous ouvriez un centre de formation pour les professeurs.Vous allez redresser la situation à n’en pas douter.:’-))

    Merci pour votre intervention.:o)

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