L’intervention de Philippe Beury différait de celle de ses prédécesseurs de l’opposition. Refusant de se lancer dans une querelle des chiffres (car il pense que l’on peut tout faire dire aux chiffres… ) le conseiller municipal MoDem décida d’accepter les données fournies par la majorité sans les contester. Il s’interroge d’abord pour savoir si cette excellente santé de la ville de Troyes ne s’est pas fait au détriment de la CAT puis pose la question de savoir s’il n’aurait pas été plus efficace de garder des investissements au niveau des années précédentes pour soutenir les entreprises et préserver l’emploi dans l’Aube.
Intervention de Philippe BEURY, conseiller municipal, en préambule au « Débat d’orientations budgétaires » :
Monsieur le maire,
Ainsi nous discutons aujourd’hui des orientations budgétaires de Troyes, plusieurs mois avant la conclusion du PAM, d’où devrait d’écouler toute une partie de ces orientations budgétaires… Curieux, non ?
Le plan d’action municipal (qui n’est pas, nous le savons, obligatoire mais qui dirigera notre action pour six ans) devrait, plus ou moins, être une déclinaison de vos engagements électoraux dans les faits. Pour le réaliser il faut avoir une pleine connaissance de l’état de la commune ; ce qui demande, parfois, quand une nouvelle municipalité prend en main les destinées d’une ville, un certain délai et une étude approfondi…
Mais je vous rappelle que vous êtes élu à Troyes depuis plus de 13 ans, monsieur le Maire, et que vous devez quand même bien connaître la ville et l’efficacité de ses services… On peut dès lors s’étonner du retard porté à l’élaboration du PAM qui devrait naître (dans la douleur comme il se doit) un an après votre élection…
Cela démontre en tout cas que nous naviguons « à vu » ce qui est peu prudent, compte tenu de la complexité de la crise économique dont il vous plût de nous rappeler, naguère, l’importance.
Ceci est curieux, j’allais dire, peu sérieux.
Concernant le domaine budgétaire, il est vrai que j’eusse aimé une plus grande rigueur. Un plan d’action municipal terminé en septembre par exemple, d’où découleraient un budget et les orientations que nous discuterions ce soir…
Mais il est trop tard, alors abordons vos orientations budgétaires…
Si j’ai bien compris votre rapport la ville de Troyes est dans une situation admirable : pas d’augmentation des impôts, une dette maîtrisée qui n’expose « pas démesurément la ville aux augmentations des taux variables » (ce qui veut dire que nous sommes quand même exposé, pour au moins 30 % si j’en crois vos chiffres), des frais de fonctionnements maîtrisés et un endettement qui diminue d’année en année. Vous en faites d’ailleurs un titre de gloire, le rappelant quasiment dans toutes vos interventions municipales ou médiatiques…
Réflexion liminaire : à quoi doit-on ces frais de fonctionnement maîtrisés et ce désendettement ?
Depuis plusieurs années la ville de Troyes transfère de plus en plus de compétences à la CAT, en compensant très imparfaitement cette charge transférée à l’Agglomération. Le coût pour la CAT se révélant au final (mystère de l’alchimie de la commission de transfert) plus élevé que la diminution que cette dernière pratique sur la dotation de compensation de la taxe professionnelle de la ville de Troyes.
Pour faire simple dans un débat compliqué, la ville de Troyes dit à la CAT : « Vous me reprenez cette compétence ; elle me coûte 10 millions d’euros. » La CAT accepte le transfert et diminue en contrepartie le reversement de TP à la ville de Troyes de 10 millions mais se retrouve, après investissement, avec un coût de fonctionnement qui lui revient à 20 millions… Ce système est intervenu pour la BMVR (ancienne bibliothèque), pour le parc d’exposition, pour le stade de l’Aube, etc… C’est intéressant pour Troyes, monsieur le maire… Est-ce intéressant pour la collectivité ? Les finances de la CAT, dont nous n’avons pas à discuter ce soir, se sont-elles autant améliorées que celles de Troyes ? J’en doute, certains disent même que sa situation est déplorable, ce qu’il faudra bien corriger un jour et les contribuables troyens sont aussi contribuables de la CAT. Vous le dites d’ailleurs vous-même, monsieur le maire puisque votre rapport souligne « un recours à l’emprunt limité a été rendu possible, compte tenu d’un soutien de nos partenaires » (dont la Communauté de l’Agglomération Troyenne).
Notre excellente santé financière cache donc des artifices budgétaires mais ce n’est pas l’essentiel de mon propos. Admettons avec vous que les finances de Troyes soient saines, exceptionnellement saines et grâce à vous - Je ne sais pas si c’est le gestionnaire de la ville que je dois féliciter ou le président de la CAT pour ses largesses – Bref pas d’augmentation d’impôt, baisse de la dette, sûreté de la dette, stabilité des dépenses de fonctionnement… J’allais dire « Et alors ? »
Et alors ? A quoi sert cette excellente santé si on n’en fait rien ? Pour prendre une métaphore dans le domaine médical : je dirais que notre ville est un malade de réanimation qui va bien, il va très même très bien puisque sous perfusion de la CAT. Il va bien, mais il reste dans le coma et son pronostic vital est mis en jeu…
Je ne comprends pas bien, Monsieur le Maire : Notre encours de dette par habitant est inférieur à la moyenne de notre strate… Bravo ! Mais vous voulez profiter notre petite marge de manœuvre pour vous lancer dans une politique malthusienne qui consiste à diminuer les dépenses d’investissements, une politique de « décroissance » pour faire plaisir à qui ? A nos amis écologistes ?…
Votre « excellente » politique aboutit à diminuer nos capacités d’investissements ; vous prévoyez en effet de réduire notre endettement – on n’en voit pas l’urgence à partir du moment où nos ratios sont inférieurs à la strate nationale – et cela au détriment de notre capacité totale de financement, donc de notre capacité à agir demain. Vous baissez le montant des investissements de 16,3 millions d’€ à 13,5 millions d’€, soit une diminution de 16,9 %. Est-ce bien le moment ?
Alors même, par exemple, que les rues de Troyes, en dehors de certaines zones privilégiées, se dégradent. Alors même, par exemple que les sommes dépensées par les Troyens augmentent (les spectacles sont chers, les transports difficiles, les entrées aux piscines trop élevées…) Alors même que le pouvoir d’achat baisse…
Cette marge de manœuvre aurait dû être bien meilleure, si le fonctionnement de la ville avait été mieux maîtrisé, ce qui aurait permis de générer un autofinancement plus important que les ridicules, pour ne pas dire rien, 600K€ affichés. En tout état de cause, plutôt que de l’engloutir dans une diminution de l’endettement, il eut été préférable de ne pas amputer les investissements pour deux raisons :
Les besoins et les urgences à satisfaire, comme l’état de la voirie par exemple,
la contribution à l’économie locale, donc à l’emploi par l’investissement…..
Votre rapport débute en évoquant la crise internationale. Et vous avez raison de souligner la façon dont cette crise intervient dans nos vies, dans notre ville. Mais vous oubliez que la ville de Troyes va jouer un rôle dans cette crise. Un petit rôle, certes, au niveau national et international, mais un grand au plan local… Vous savez pertinemment qu’une bonne part de cette crise est accentuée par le recul des investissements. Ceux qui ont de l’argent, banques ou particuliers, ne l’investissent plus, les entreprises n’ont plus de travail, elles licencient… Au moment où le contexte est à la morosité, ne serait-il pas préférable, plutôt que de baisser notre endettement – ce qui encore une fois ne se justifie pas au vu des strates – d’aider les entreprises locales en leur donnant du travail ? Ces trois millions d’Euros d’investissements supprimés ne seraient-ils pas plus utiles en débutant un grand plan de rénovation des voiries à Troyes, plan qui, non seulement, améliorerait la ville mais sauverait aussi des entreprises de travaux publics, éviterait des faillites et lutterait contre l’augmentation du chômage ici et maintenant ?
Le malthusianisme, à tous les niveaux est une mauvaise politique. La réponse à la crise, à tous les niveaux, n’est pas dans le repli morbide mais dans l’investissement. Comme aux échecs, la bonne défense, c’est l’attaque… Votre gouvernement semble l’avoir enfin compris, lui qui pousse les banques à autoriser les crédits, qui en fait même une condition à l’aide aux banques. Notre solidarité à l’effort national et la situation de la ville de Troyes n’ont rien à gagner de la politique que vous préconisez.
Il n’est jamais populaire de parler d’augmentation des impôts, mais la politique ce n’est pas être populaire, c’est mettre un point d’honneur à gérer correctement. S’il n’est pas nécessaires d’augmenter les impôts, pour le moins, cessons de diminuer l’endettement de la ville quand ce n’est pas essentiel, et consacrons les sommes ainsi disponibles à l’investissement utile. N’importe quelle famille comprend qu’il faut emprunter pour refaire le toit, installer le chauffage ou isoler les murs, n’importe quelle entreprise comprend qu’il faut s’endetter pour agrandir ses locaux et pouvoir assurer les commandes (et vous avez le témoignage, jour après jour, d’entreprises au carnet de commande plein qui licencient parce qu’elles n’ont pas trouvé de prêteurs.) Votre politique engage la ville dans une spirale de récession, la ville deviendra moins belle, moins attirante, moins vivante… Tout cela pour tirer gloire d’une perpétuelle stabilité budgétaire… La belle affaire !
J’aimerais que ce débat d’orientation budgétaire nous permette de discuter ces points ensemble :
Est-il bon de continuer dans la stabilité fiscale ?
Est-ce utile de réduire notre endettement ?
Je sais qu’il est difficile pour vous de changer de politique, mais vous avez sans doute remarqué que tous, dans le monde politique ou économique, évoluent actuellement (ou presque…) Posons-nous aujourd’hui ensemble les vraies questions, débattons en librement : Faut-il changer de politique – tout en restant prudent – et utiliser les ressources de la ville de Troyes pour favoriser son expansion et la lutte contre le chômage… Stabiliser la dette, oui ! La diminuer encore, non, ce serait délétère… !
Il y a plus de chômeurs à Troyes que d’imposés sur la fortune, monsieur le maire. Il y a plus de chômeurs à Troyes que de personnes payant une importante taxe d’habitation. Il y a plus d’entreprises en difficultés aujourd’hui qu’hier, il y a plus de menaces sur les Troyens, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, aujourd’hui qu’hier, la ville se doit de les aider… et vous êtes maire de Troyes, pas de Neuilly… !










