Peut-être certains d’entre vous ont surpris ce petit reportage il y a quelques jours sur canal plus... On y voyait le conseil national de l’UMP, et qui tentait on d’y interviewer ? Mais notre bon François bien sûr. Toujours aussi Sarko-compatible ?
Un reportage ? Où ça ?
Revoyons la scène tous ensemble : il est midi cette semaine, la télévision est allumée, et entre diverses émissions tout aussi navrantes, vous tombez sur celle de Canal Plus pour cet horaire : "L’édition spéciale". Certes, ce n’est pas folichon : encore une de ces émissions qui se veut être drôle sans l’être, qui veut être naturelle en scriptant tous les échanges, bref du classique.
Or, durant cette émission, il y avait un bref reportage sur le conseil national de l’UMP. Comme je n’ai pas réussi à mettre la main sur une vidéo, il me faut utiliser mes grands talents de conteur pour résumer la chose : le journaliste se met en tête de chercher quelqu’un qui puisse dire du bien de Nicolas Sarkozy en cette période un peu polémique à l’UMP. Il interviewe à droite à gauche sans grand succès (enfin bon, avec les reportages montés, on ne montre que ce que l’on veut bien montrer), et d’un coup apparait François Baroin. Dès lors le journaliste s’exclame "Ha François Baroin, voilà quelqu’un qui va pouvoir nous dire du bien de Nicolas Sarkozy !" et bondit sur ce dernier micro à la main. François a l’air plutôt content de voir une caméra et se tourne pour lui parler en faisant son plus beau sourire, et quand on lui demande de dire du bien de Nicolas, il se met à bredouiller quelques vagues explications comme quoi il doit prendre un dossier à l’accueil juste derrière et qu’il viendra répondre juste après. Le journaliste, tout content, lui répond qu’il va l’attendre. Mais on sent quand même que François est un peu nerveux, limite qu’il a envie de disparaître dans un nuage de souffre.
Mais François s’exécute, se tourne vers l’accueil, puis soudain, part à folle allure devant le journaliste qui l’attend en réclamant sa réponse, et François galope le plus vite possible avant d’aller se coller à un groupe de personnes qui discutent loin de là, feignant de ne rien entendre.
En résumé : quand on demande aujourd’hui à François Baroin de dire du bien de Nicolas Sarkozy, il s’enfuit. Visuellement, c’est assez drôle, politiquement, c’est assez curieux.
Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. Souvenez vous au printemps dernier, lorsque les jeunes populaires lui demandaient son avis, entre divers propos, il en trouvait des qualités à Nicolas Sarkozy. Les aurait il oubliées ?
Du coup, la question se pose : celui qui se disait "chiraquien Sarko-compatible" aurait il changé d’avis ?
Vous reprendrez bien un peu d’histoire ?
Ici, nous allons tenter de résumer un peu le parcours de notre bon François sur ces derniers mois. Mais comme il y a des lecteurs pressés, je vous ai fait une belle métaphore un peu plus loin, histoire d’aller plus vite. Oui, j’aime faciliter la tâche de mes lecteurs
Finalement, c’est un peu la conséquence logique des derniers évènements. Au mois de Janvier, nous avions encore un chiraquien aux commandes de Troyes. Mais pas un chiraquien obstiné : un chiraquien qui sait sentir le vent tourner. Il faut le comprendre : Sarkozy mène la course des présidentielles en tête, et toute une cour gravite autour de lui. Alors, si on veut un portefeuille, il faut entrer dans cette cour... Au printemps, c’est donc François le sarko-compatible qui apparait devant nous, plus décidé que jamais. Son soucis à François, c’est qu’il calcule mal son ascension. Il remplace Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur lorsque ce dernier quitte ses fonctions pour se consacrer à sa campagne mais... Mais Nicolas ne voulait pas que François le remplace. Nicolas, lui, il avait déjà prévu un autre candidat. François lui joue donc un vilain tour, en utilisant son meilleur piston, Jacques Chirac (fallait en profiter tant qu’il commandait encore, on peut le comprendre).
Grossière erreur ! Puisque suite à cela, "Pour un mois à l’intérieur, ce sera cinq ans à l’extérieur", déclare celui qui devait devenir notre actuel président. Ca n’empêche pas François de faire des efforts. Qui sait, peut-être pourra t il regagner les grâces du candidat Nicolas et ainsi obtenir un portefeuille de ministre dans son futur gouvernement ?
C’est ici que les choses deviennent encore plus amusantes, et qu’on sent François un peu désemparé. Le Canard Enchaîné révèle que comme l’équipe ministérielle de Nicolas Sarkozy va être plus réduite que celle de Jacques Chirac, les ministres sortant tentent de se montrer convaincant pour garder une place dans le gouvernement à venir. On entend alors des ministres dire "Voilà, moi j’ai tel bilan ou j’ai travaillé tel dossier, donc il faut me garder pour la suite". Plusieurs le font... Sauf François qui décide de jouer du piston une fois encore. Plutôt que de vanter un bilan (le débat du bilan existant ou non est autre), c’est Jacques Chirac qui demande à Nicolas Sarkozy d’être généreux avec son protégé... C’est un peu comme ces enfants qui jouent au foot dans la cour de l’école : au moment de constituer leur équipe, ils se mettent tous en avant : "Prends moi, je suis ton copain", "Prends moi, je suis le plus rapide", "Prends moi je marque plein de buts". Et puis il y a le petit François, celui qui va voir le maître en disant "Nicolas veut pas jouer avec moi, maître, faut lui dire qu’il doit me prendre dans son équipe".
Mais voilà, c’est peine perdue, puisque le maître s’en va, et que c’est Nicolas qui choisit qui il veut dans son équipe. Et qu’en plus, Nicolas, il fait grincer des dents parmi les gens qui lui font la cour, puisqu’il décide d’ouvrir son gouvernement. Et que de fidèles suivant sont écartés pour de vilains gauchistes qui crachaient sur Nicolas encore un mois auparavant. On entend encore Patrick Devedjian qui aurait voulu que l’ouverture aille "très loin, jusqu’au sarkozystes" considérant que "la fidélité n’est pas nécessairement le contraire de la compétence".
Ha, quand les fidèles sont laissés de côtés, que reste t-il aux ralliés de dernière minute comme François, qui ne joue guère plus de piston, le sien étant parti... Pas grand chose, visiblement.
La métaphore du Père Noël
Cette histoire n’a rien à voir avec des personnages existant, ou ayant existé, comme de bien entendu.
C’est l’histoire de François, ce petit garçon qui ne croyait pas au Père Noël. A chaque Noël, pourtant, Jacques, son bienfaiteur, lui mettait un beau joujou dans ses pantoufles : un ministère, par exemple. François n’avait pas à faire des efforts pour le Père Noël, après tout, il n’existait pas.
Et pas de bol, à Noël dernier, on apprend à François que non seulement le Père Noël existe, mais qu’en plus il s’appelle Nicolas. Et que Jacques, à Noël prochain, il pourra pas lui faire de cadeaux, il n’en aura plus les moyens. Pauvre François, que faire ? Comme tous les enfants, il décide donc de se faire bien voir du Père Noël. Mais ce n’est pas facile, parce que, comme dit précédemment, tous les enfants veulent bien se faire voir du Père Noël. Et en plus il n’y aura pas de joujoux pour tout le monde cette année, ces feignasses de lutins refusant de travailler plus pour gagner plus.
C’est dur pour François. Que faire ? Avec l’aide de Jacques, il tente d’écrire une belle lettre au Père Noël pour avoir un beau cadeau, comme un ministère. Mais le Père Noël n’est pas dupe : il sait que François n’a pas été sage, et qu’il ne croit au Père Noël que depuis peu et uniquement pour avoir un cadeau.
Au matin de Noël donc, lorsque François encore vêtu de son beau pyjama sort de sous sa couette, il a déjà les yeux embués par l’espoir. Que va t-il trouver dans ses pantoufles qu’il a amoureusement laissé sous le sapin ? Quel beau cadeau fera sa joie ? François rit, oui, son rire cristallin résonne sur son passage, il gazouille de joie à l’idée de trouver un merveilleux présent.
Hélas, en arrivant devant le sapin, il réalise l’odieuse vérité :
Le Père Noël a chié dans ses pantoufles.
Quelle histoire affreuse, vous ne trouvez pas ?
Revenons aux choses sérieuses, et pensons à l’avenir
Revenons donc au présent : pourquoi François ne répond t-il pas quand on lui demande de dire du bien du président Sarkozy ? Pourquoi s’enfuit il ? Mais tout simplement parce que l’époque où il le complimentait ne lui a servi a rien, et qu’en tant qu’ancien chiraquien, il est tenu à l’écart.
Mais, détail qui a son importance, François a de l’ambition. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Chacun a son avis.
En tout cas, son parcours en rappelle un autre : il vient d’un courant qui a disparu, n’est pas dans celui de l’actuel président, est isolé et risque de faire une petite traversée du désert, mais a de l’ambition...
Il a réussi dernièrement à préserver son poste de député sans gros efforts... Réussira t-il à s’en servir de tremplin pour la suite ? Ou va t-il se faire étouffer ?
Une chose est sûre, il ne semble plus être sarko-compatible. La question est : Va t-il se débrouiller pour refaire surface sans passer par le courant sarkozyste ? Va t-il malgré tout revenir dans le giron majoritaire d’une manière ou d’une autre ? Ou bien a t-il d’autres plans ?
Une affaire à suivre !









