L'article

16
févr
2009

Périmètre de captage : la ville de Troyes joue petit bras.

Jeudi soir, le conseil municipal a voté l’acquisition de quelques arpents de terre (avec l’aide de l’agence Seine-Normandie). Ces petits bouts de terrain permettront de mieux protéger la ressource en eau potable de notre ville. On s’en réjouit. Car pour le pastis qui accompagnera les barbecues de notre été, rien ne peut remplacer une eau de bonne qualité !

Au delà de ces joyeusetés anisées, il faut pourtant considérer que notre ville joue petit bras. L’effort qu’elle entreprend est, certes, intéressant, mais bien loin d’apporter la réponse qui convient. D’abord parce que cette solution est coûteuse. Oh, bien sur, notre ville ne dépensera pas toute sa fortune ! Bien sur, notre ville bénéficiera de l’aide financière de l’Agence Seine-Normandie. Mais tout de même. Les terrains acquis qui seront laissés en taillis auront été payés par les contribuables sans rapporter la moindre richesse. Bien sur, ces terrains, permettront de protéger notre ressource mais sur un périmètre si restreint que les retombés qualitatifs seront presque insignifiantes. Autrement dit, cette opération foncière coûtera un peu, pour des bénéfices écologiques, économiques et sociaux très minces.

Est-il possible de faire autrement ?

Sans doute. Deux expériences permettent en tout cas de penser que d’autres logiques sont à la fois possibles et bien plus efficaces que celle proposée par notre ville.

- [*Munich d’abord.*] Depuis 1991, la ville allemande encourage les agriculteurs à se convertir au bio. Les résultats obtenus sont spectaculaires : Sur les 2 250 hectares de terres agricoles situées à proximité des captages d’eau potable, [*83% sont passés en bio.*] Et, plus important encore, [*les teneurs en nitrates ont diminué de 43 % et celles en phytosanitaires de 54 %.*] (signalons que dans l’Aube, ces éléments polluants continuent de croître...). Accessoirement, les agriculteurs convertis au bio sont désormais présents sur un marché très prometteur. [*Ce programme n’aura finalement coûté que 1 centime d’euro par mètre cube d’eau distribuée*]. Une minuscule goutte d’eau comparée au coût du traitement des eaux en France (0,5 à 1 euros/m3)

- Plus proche de nous, [*Vittel*] a développé une stratégie similaire. Sous l’impulsion du groupe Nestlé propriétaire des sources Vittel et de l’INRA, les agriculteurs ont été incités et accompagnés vers la conversion bio. Aujourd’hui, la plupart des agriculteurs concernés ont conclu un accord avec Nestlé et se convertissent effectivement dans le bio. Résultats : [*En quelques années, la teneur en nitrate des eaux en bouteille est tombée de 8 à 4,6 mg/l.*] Là encore, les agriculteurs sont désormais bien armés pour se lancer dans le marché croissant du bio et l’entreprise Vittel dispose de nouveau d’une ressource de qualité.

Evidemment, nos problématiques locales sont sans doute différentes de celle de Munich et de Vittel. Néanmoins, ces deux exemples invitent à penser qu’une réflexion différente est possible, si ce n’est nécessaire, pour bâtir une ville véritablement durable.



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Les commentaires (3)

Périmètre de captage : la ville de Troyes joue petit bras.
  • Commentaire 30252 paul
    le 16 février 2009  à 12:51

    Le problème est grave.
    Grave pour la santé des populations, grave pour leur porte-monnaie, grave parce que le microcosme politique local n’est absolument pas mobilisé pour cette cause...on les comprend une grande majorité de leurs électeurs sont des agriculteurs...
    Il serait temps néanmoins que nos petits politiques et leurs (nos) syndicats des eaux et autres formes administratives, se mobilisent pour améliorer la qualité que nous consommateurs payons au prix fort !
    C’est toujours bien à les écouter, et je parie que l’objectif 2015 d’une amélioration globale de l’eau, soit dans leurs esprits que le vague reflet de rien du tout... Au secours ils seront réélus... Consommateur, toi qui ne boit déjà plus ton eau, continue de trier tes bouteilles plastiques et de te donner bonne conscience en donnant tes bouchons pour la bonne cause, ils valent de l’or eux-aussi !

  • Commentaire 30255 PH
    le 16 février 2009  à 18:38

    Il y a la directive européenne de 2015 qui fixe comme objectif un bon état écologiques des eaux souterraines mais aussi des rivières d’ici 2015.

    Mais rassurez-vous, lors d’une réunion sur ce thème, un éminent ancien maire de Troyes, a déclaré d’emblée qu’il y aurait des dérogations à cette objectif !!! En gros, on annonce que la directive, on s’en balance et qu’on ne respectera pas la loi !!

    Autre question à se poser : Veut-on anticiper ?
    - Veut-on anticiper cette directive 2015 ?
    - Veut-on anticiper les objectifs du Grenelle liés à l’accroissement des surfaces bio ?
    - Veut-on anticiper les mutations de notre modèle agricole ?

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  • Commentaire 30259 claudeh
    le 17 février 2009  à 07:30

    A l’eau maman bobo.

    Oui, ces expériences sont dignes d’intérêt, mais elles ne solutionnent pas tout.

    Il existe aussi une pollution par le plomb et cette nuisance qui devrait juridiquement être solutionnée avant 2013 ne concerne pas le milieu agricole, mais les collectivités locales et les particuliers en ce qui concerne leur propre habitation.

    Il existe aussi une nuisance par le rondup par exemple et qui provient souvent des jardiniers amateurs.

    Le rendement des réseaux de certaines villes ne sont pas bons, ce qui impliquerait de gros investissements et donc éventuellement des augmentations d’impôts !

    On peut également poser la question du gestionnaire
    de la distribution, régie, syndicat ou privé ?.

    Mais la qualité de l’eau distribuée n’est pas de si mauvaise qualité que l’on peut penser, il faudrait peut être ajouter quelques mesures complémentaires, mais cela augmenterait encore son coût.

    C’est donc un choix politique que les utilisateurs doivent s’approprier.

    L’eau n’est pas une marchandise mais un bien de l’humanité.

    Claudeh

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