N’allez pas croire qu’il s’agisse d’un acharnement, de je « ne sais quelle haine personnelle ». Je n’ai pas le plaisir de connaître Lise Patelli (adjointe au tourisme à Troyes). Et je ne doute pas qu’avec ses immenses compétences, Madame Patelli me convaincrait facilement que « la pensée occidentale du XIIé » est aussi vivante que les chants polyphoniques grégoriens, le théâtre de marionnettes sicilien Opera dei Pupi ou les carnavals populaires de Belgique ou du Nord de la France !
Et avant de tailler un nouveau tailleur à Lise Patelli, je veux prendre un engagement : Si Dame Lise décroche la totalité de son bouquet de label, ou seulement la plus belle fleur, je m’engage à lui adresser un bouquet de rose et faire sur ce site mes excuses immatérielles, mais mes excuses quand même ! Promis, juré !
Après une belle interview dans le canard bleu local, j’ai donc retrouvé Dame Lise dans l’excellent magazine Géo. Une fois encore, il s’agit de défendre l’indéfendable candidature au patrimoine immatériel.
A lui seul, le titre vaut son pesant de cacahuètes : « Troyes invoque les esprits du Moyen-âge pour séduire l’Unesco ». Rien que ça ! C’est qu’il faut une sacrée dose de mysticisme pour croire que notre ville puisse décrocher un label avec un dossier hors-sujet. Moi qui écrit depuis plusieurs années qu’ils veulent nous ressusciter Clairvaux, Rachi et consort, et bien, nous y voilà ! J’imagine déjà nos élus, scandant dans la pénombre des chants mystérieux. Je les vois, dans une ambiance brumeuse, partir en procession. Je les rêve dansant autour de l’Hôtel de Ville, pour faire renaître nos dieux de la pensée occidentale. Et à vrai dire, c’est sans doute la seule chance de décrocher le miraculeux label...
En tête du cortège ou de la chorale (c’est à la mode, les chorales), Dame Lise, évidemment. Tout au fond, Marc Sebeyran, l’adjoint à la culture et au patrimoine historique qui depuis l’extraordinaire annonce de la création d’une rue Perceval (sûr qu’avec ça, on va décrocher la timbale !), ne dit plus rien sur le sujet. Avouez qu’il est quand même étonnant que l’adjoint à la culture ne dise plus un mot sur la candidature de Troyes au patrimoine mondiale culturel...
Dans cet article, Dame Lise remet le couvert sur le pourquoi du comment de la candidature troyenne : « « Nous avons d’immenses richesses à valoriser : les vitraux, les églises, la statuaire, l’héritage industriel, le savoir-faire artisan... », Pour sûr, Dame Lise. Fort de ce patrimoine matériel exceptionnel, notre ville choisi ne pas en faire la ligne conductrice de sa candidature ! Troyes, précise la journaliste de Géo, a choisi de mettre en avant son héritage immatériel auprès de l’UNESCO plutôt que le bâti, parce que les places sont chères... ». Vous trouvez ça cohérent ? Moi, toujours pas.
Mais enfin... si Dame Lise peut faire gober cette scabreuse explication aux membres de l’UNESCO.. je signe volontiers, mais je n’y crois guère...
Des petits lutins dans les rues troyennes ? Non, c’était des rats !
La suite de l’article nous rappelle l’age d’or de notre ville et l’importance de notre trio immatériel. Et c’est là que le meilleur moment arrive. La journaliste de Géo, évoque l’influence de Chrétien de Troyes, notamment sur l’oeuvre de Wagner et ajoute, je cite : « Les personnages de la mythologie celte peuplent toujours les ruelles de la cité ». La preuve : le spectacle de la « fée bleue » organisée l’été dernier... Là, je conseille à notre journaliste d’arrêter tout de suite les produits illicites, les herbes exotiques et les champignons roses ! Et comme le disait un commentaire sur ce site : Chrétien de Troyes n’est sans doute plus, aux yeux de beaucoup de troyens, que le nom d’un lycée. Quand un Clairvaux, sauf dans les milieux intellectuels, il évoque d’abord une prison lointaine.
Des milliers des pèlerins sur les traces de Rachi ?
A la lecture de Géo, j’avoue redécouvrir ma ville. Quelques lignes plus tard, j’apprends ainsi à propos de Rachi que : « Ses disciples viennent du monde entier pour marcher dans ses pas à Troyes... ». Nom de dieu ! ou, devrais-je dire, nom de Yavhé ! Combien sont-ils ? Des dizaines de milliers ? Troyes est-elle devenue la nouvelle Jérusalem ?
Je reste toujours marron
Finalement, depuis l’annonce de cette candidature, je reste toujours marron avec mes questions à la con ! Qu’y a-t-il de cohérent entre le dossier troyen et les exigences de l’Unesco ? Comment diable peut-on croire que les oeuvres de nos trois larrons ont quelque chose en commun avec les traditions orales, les danses, les pratiques théâtrales que labelise l’Unesco ? Pourquoi aucun journaliste n’a osé poser un regard critique sur ce dossier ?








