Comment gagner un tel pari et même le dépasser ? Comment réussir à faire de Troyes un modèle de « développement durable » à l’image d’autres cités européennes ? Quels choix et mesures adopter ? Afin de cibler les bons objectifs, il faut partir d’un premier constat. Le bâtiment est le premier poste de consommation d’énergie en France, devant les transports. Il a représenté en 2005 68,2 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) [soit 42,5 % du total national], contre 50,2 Metp pour les transports [31,3 %].
Le constat : une consommation importante, le bâtiment
Si effort il y a à faire dans le cadre d’une ville, et dans le cas qui nous intéresse, Troyes, c’est bien dans ces deux postes de consommation, bâtiment et transport, représentant à eux seuls presque les trois quarts de la consommation d’énergie. Le bâtiment, par ailleurs, et contrairement à celui des transports, est le secteur qui voit régulièrement sa consommation progresser. Un ménage Français consomme en moyenne 230 kwh/m2/an par an en énergie pour sa maison (72 % pour le chauffage, 11 % pour l’eau chaude sanitaire, 6 % pour la cuisson, et 11 % pour le reste de la consommation électrique), beaucoup plus que les néerlandais et nordiques. Le gaz est l’énergie privilégiée ; 44 % des résidences principales sont équipées de chauffage au gaz, loin devant l’électricité suivie du fioul domestique. Or, la hausse des prix du gaz, indexé sur le prix du pétrole, pèse de plus en plus lourd sur les ménages Français.
A ces consommations d’énergie directement implicable au bâtiment, il ne faut ignorer celles induites par la fabrication des matériaux qui constituent ces bâtiments.
En effet, les matériaux de construction les plus couramment utilisés ont été à leur fabrication de gros consommateurs d’énergie et émetteurs de GES. Ainsi, une tonne de ciment génère 1 tonne de CO2 . 66 % des maisons françaises sont encore réalisées selon le même modèle : dalle de béton, « parpaings ». Ce sont des matériaux à faibles qualités thermiques et nécessitent la mise en œuvre de matériaux d’isolation (le plus souvent polystyrène, laine de verre, laine de roche) qui offrent également bien des inconvénients : isolation difficilement homogène, ayant du mal à éviter les « ponts thermiques ». Par ailleurs, le béton et le parpaing, à cause du ciment qu’ils contiennent, ont tendance à absorber la vapeur d’eau et à la stocker. Ces maisons sont donc gourmandes en énergie. Les isolants les plus couramment employés présentent bien des désavantages. Le polystyrène, d’origine synthétique, est facilement inflammable et laisse échapper du pentane pendant toute sa durée de vie ; la mousse polyuréthane, aussi synthétique, est toute aussi inflammable ; son inflammation génère des émanations hautement toxiques. La fabrication de la laine de verre et de la laine de roche demande une quantité importante d’énergie. Leur recyclage est problématique, comme celui du PVC des fenêtres isolantes.
Quelles solutions pour les matériaux ?
Le choix de matériaux traditionnels peut résoudre ce premier problème posé par l’utilisation du ciment.
La brique creuse en terre cuite reste une solution alternative au parpaing : même résistance, meilleure perméabilité à la vapeur d’eau, meilleure isolation thermique, assurant 20 % minimum de l’isolation du mur. Cependant, elle nécessite beaucoup d’énergie pour sa cuisson.
Le bois est sans doute la meilleure des solutions. Il n’émet pas de CO2 mais au contraire le stocke. Il a des qualités d’isolante et hygroscopiques.
Les isolants « naturels » sont nombreux. La meilleure isolation étant l’air, les matériaux les plus efficaces sont ceux qui « piègent » au mieux cet air. Quoiqu’il en soit, nos campagnes peuvent nous offrir de nombreux produits efficaces, sous condition d’une mise en oeuvre adéquate : paille, chanvre, bois,… ; certaines entreprises proposent la plume ou… le flocon de papier recyclé, soit, une grande variété de matériaux qui ne nécessitent pas de grande dépenses d’énergie pour leur fabrication et leur mise en œuvre, et même piégeant le CO2 plutôt que le libérant ; toitures végétalisées…
A ce bâtiment édifié avec un minimum de rejet de C02 et autres GES, il faut ensuite prévoir les « dépenses » de fonctionnement au quotidien.
Maison durable, vous avez dit "maison durable ?
« Maison durable » ne veut rien dire en soi. Il faut considérer trois types d’habitat :
Maison à « basse consommation » correspondant à des labels Français tels que « Haute Performance énergétique » (ou HPE) ; cet habitat a une consommation d’énergie inférieure à 100 KWh/m2/an, dont 60 pour le chauffage.
Maison « passive », correspondant aux labels allemands PassivHaus ; la consommation est inférieure à 50 KWh/m2/an dont 15 maximum au chauffage. L’isolation et la ventilation sont optimisées, le chauffage devient quasiment inutile et on recours à des équipements à basse consommation ou capables d’extraire l’énergie du milieu environnant.
Maison à « énergie positive » : sa production d’énergie excède à l’énergie consommée.
Ce dernier cas est tout à fait possible dans nos latitudes. Nos voisins donnent l’exemple, ainsi le quartier de BedZED dans le sud de Londres expérimente un nouveau type d’habitat avec pour objectif zéro émission de CO2. La consommation pour le chauffage y est estimée à 16 KWh/m2/an contre une moyenne britannique de 140. On pourrait citer encore Hammarby à Stockholm, Vauban à Fribourg…
Les maisons à énergie positive pourraient être dotée de divers équipements de production d’énergie : panneaux solaires, pompes à chaleur, éoliennes à axe vertical - plus adapté au milieu urbain ; et pourquoi pas les voir apparaître sur le toit de chaque immeuble ? -, géothermie… Et surtout, ce sont des maisons biens orientées, de manière à profiter au mieux de l’ensoleillement.
De nombreux professionnels à former
Le grand défis est aussi celui de former les professionnels : artisans, techniciens, ouvriers, car c’est sans aucun doute des compétences qui manquent encore aujourd’hui, tout comme la fabrication de ces matériaux à une échelle qui permettrait la baisse des coûts de production et par conséquent un accès au plus grand nombre… Sans aucun doute, il s’agit d’un marché porteur et créateur d’emplois.
Reste à savoir pour atteindre les objectifs du « pari 320 » : quels choix pour Troyes ?
isolation massive des immeubles et maisons par l’extérieur (méthode la plus efficace pour éviter les ponts thermiques) et installation d’appareils producteurs d’énergie (éoliennes à axe vertical, panneaux solaires) ?
raser les immeubles de bétons pour concevoir des quartiers aux maisons collectives à « énergie positive » ?
interdire ou décourrager la construction traditionnelle béton-parpaing-laine de verre, de roche ou polystyrène ? Et favoriser les maison en bois proposées à partir de 100.000 euros ?
Quoiqu’il en soit, même si la facture d’une telle politique risque d’être élevée aujourd’hui, une telle politique volontariste sera un projet d’avenir et sans doute l’espoir d’économies à long terme. Mais un maire a-t-il les moyens et les compétences pour mettre en oeuvre une telle politique ?
1ere publication le 15 janvier 2008
NDLR : A la demande d’un de nos lecteurs, nous remettons cet article en "Une".










