Je suis d’accord avec l’analyse que fait Saint-Sainclair de l’affaire du Parc d’Orient, mais je souhaiterais que l’image d’une guéguerre ne soit pas celle qui ressorte à la suite de l’introduction et du titre. C’est pourquoi je me suis efforcé dans ce qui suit de reprendre les éléments du débat et de distinguer ce que je considère comme accessoire et principal.
Enjeux d’un Parc régional : Les Parcs naturels régionaux sont créés pour protéger et mettre en valeur des espaces à dominante rurale dont les paysages, les milieux naturels et le patrimoine culturel sont de grande qualité, mais dont l’équilibre est fragile.
Dans ce cadre, ses missions sont donc
la protection et la gestion du patrimoine naturel et culturel
la contribution à l’aménagement du territoire
le soutien à toute action respectueuse de l’environnement qui valorise ses ressources naturelles et humaines
l’accueil, l’éducation et l’information du public, ce qui inclut bien évidemment le public scolaire.
l’expérimentation et la recherche en rapport avec ces différents objectifs Il entre donc parfaitement dans la problématique du développement durable
L’exercice du pouvoir : représentation des collectivités
Dispositions actuelles
Depuis 2005, la maîtrise d’œuvre des parcs est donnée à la Région dans le cadre de la loi de décentralisation. Cela pose obligatoirement le problème de l’organisation du pouvoir gestionnaire du Parc. Un maître d’œuvre doit avoir les moyens de ses responsabilités.
Situation avant la dernière proposition
Composition des instances de délibération et de décision
délibérative (le comité syndical) : 36 membres : 8 conseil régional, 16 conseil général, 4 villes-portes, 2 par commune-chef-lieu de canton : Brienne, Lusigny, Piney, Vendeuvre
exécutif (le bureau) 2 conseil régional, 2 conseil général, 4 communes, 2 villes-portes
président du comité syndical : conseiller général de l’Aube
Ces deux dernières dispositions résultaient d’un accord région-département de décembre 2006.
Propositions pour l’avenir
A l’occasion du renouvellement actuel de la charte se repose nécessairement le problème du détenteur du pouvoir. Les nouvelles propositions votées le 16 décembre dernier et soumises au comité national des Parcs, sont les suivantes
comité syndical : 11 conseil régional, 14 conseil général, 1 par commune ayant signé la charte, 1 par ville-porte (agglomération troyenne, Bar-sur-Aube)
bureau exécutif : 4 conseil régional, 4 conseil général, 4 des bourgs-centres, 2 villes-portes.
président du comité syndical : conseiller général de l’Aube
Analyse des présidents des deux collectivités locales :
Bachy, président du conseil régional refuse l’inégalité instituée au sein du comité syndical. Argument : c’est contraire au règlement des Parcs Régionaux.
Adnot refuse la parité. Arguments : c’est celui qui paie qui décide. Or le département a investi 15 millions dans le Parc contre 3 à la Région. Il est normal qu’il ait la majorité au conseil. D’ailleurs le Conseil Général n’est pas opposé à la concertation puisqu’il est d’accord avec une représentativité accrue de la Région.
Ce que j’en pense
Argument de Bachy
L’argument est faux sur la forme. La concertation entre les collectivités est recommandée mais n’est pas inscrite institutionnellement dans la charte des Parcs. C’est ce que rappelle SaintSainclair.
L’argument est justifié par l’usage : l’égalité entre région et département existe dans 42 parcs sur les 44 autres, un où la région a un siège de plus, un où elle a un siège de moins.
L’argument est juste sur le fond : La Région doit avoir les moyens d’exercer le pouvoir en rapport avec ses attributions.
Arguments d’Adnot
L’argument selon lequel c’est le payeur qui décide est faux sur le principe. Pour moi le droit de décider revient à celui qui a les compétences pour le faire et celui qui a le souci du service public. La dictature du fric ne fait pas bon ménage avec ces exigences ainsi que le montre trop la crise actuelle.
L’engagement du payeur n’est pas clairement connu. Les comptes du conseil général manquent de clarté et on distingue mal ce qui, sur un poste budgétaire donné, revient effectivement au Parc et hors du Parc. Les 15 millions annoncés demanderaient à être clairement mis sur la table et décortiqués à la fois pour mesurer ce qui relève spécifiquement du Parc et ce qui relève de l’engagement général du département et pour juger de la validité des dépenses par rapport aux missions fondamentales d’un Parc.
Plusieurs initiatives ou insuffisances ne sont pas conformes aux missions du Parc
Patrimoine culturel et architectural : le paquebot en béton armé de Dienville était une aberration telle que le conseil d’Etat, appelé à intervenir au terme d’une procédure engagée par les Amis du Parc, l’a condamné mais sa construction a été poursuivie parce que l’Association s’est trouvée impuissante à faire appliquer les textes. L’écomusée de Brienne-la-Vieille qui aurait pu être la base d’une action dynamique aux retombées historiques et touristiques indéniables végète en l’absence des moyens nécessaires à son fonctionnement. Le moulin hydraulique de Brienne, véritable petit joyau architectural, aurait pu devenir une maison de l’eau avec tout ce que cela impliquait de rayonnement. Il a été vendu sans précaution, abandonné par son acheteur et, non gardé, a été vandalisé jusqu’à l’incendie. L’administration des l’architecture et du patrimoine en demande en vain la reconstruction. Enfin, il existait un poste d’urbaniste du Parc qui a été supprimé.
La mission éducative : c’est une des missions également fondamentales du Parc. Un certain nombre d’emplois-jeunes avaient été créés dans ce but. Le Président du Conseil, au terme de cinq ans d’emploi, n’en a conservé que deux au service du Parc, réduisant la potentialité éducative du Parc et abandonnant des gens qui s’étaient formés et parfois très investis dans ce travail. Eviter des drames humains fait aussi partie du rôle d’un élu responsable.
la mission touristique : c’est sans doute le secteur le plus investi mais les résultats se mesurent plus en capacité d’accueil qu’en dispositions articulées autour d’un projet patrimonial, culturel et sociétal qui donnerait une âme à l’ensemble.
Je souhaite que ce débat se poursuive non par l’injure ou la polémique sommaire mais pour contribuer à élever un débat politique, certes pas extraordinaire actuellement au plan national, mais encore plus médiocre localement.










