La récente annonce concernant l’électrification du Paris Bâle amène à se poser quelques questions. Il parait que cette fois ci c’est sur, on va l’avoir. On nous promet même un TGV à l’horizon 2025. Bref, on avait même pas le train électrique, maintenant on nous promet une double desserte. Que du bonheur !
Très franchement, ne jouons pas les rabats joies, pour une fois la nouvelle ne semble pas être un simple effet d’annonce. L’entrée de RFF (réseau Ferré de France) dans le tour de table pour le financement de l’électrification du Paris Bâle, est importante, primordiale, même. L’union sacrée des politiques de la région semble enfin avoir fait fléchir le ministère. Mais bon restons modestes. Il ne s’agit pas d’électrifier la voie jusqu’à Chalindrey, mais bien de l’électrification d’un cul de sac entre Paris et Troyes, ce qui, nous l’avons déjà écrit, ne sert pas à grand-chose. Car ce bras de fer que la région a joué en faveur du Paris Troyes, ne sera pas gratuit. Nos collègues régionaux sauront nous rappeler bien vite à la raison. Les premiers seront les hauts marnais, lorsque ressurgira le projet de liaison nord sur Troyes Vatry Reims. Les hauts marnais militent pour un projet concurrent et souhaitent voir électrifier la partie Saint Dizier Culmont. On saura vite nous dire, « vous avez eu votre vielle marotte du Paris Troyes, soutenez nous pour notre axe nord sud ». Car c’est bien là que nos politiques se sont fait avoir. Ce n’est pas Paris Troyes qu’il fallait dealer, mais bien Paris Chalindrey. Paris Troyes ne présente qu’un maigre intérêt du point de vue voyageur, mais aucun ou presque du point de vue fret. Les convois ne changeront pas de motrice, arrivés à Troyes. Bref on aura toujours nos bonnes vielles diesel. La ligne entre Troyes et Culmont n’étant déjà plus rentable (au contraire de Paris Troyes) on va accélérer sa chute et le basculement total du fret sur l’ancienne voie Paris Strasbourg sera total d’ici quelques temps. Plus aucun fret ne passera plus sur cette ligne. A quoi bon la SNCF continuerait-elle à entretenir à coûts exorbitants de vielles motrices diesel juste pour tirer des trains qu’elle peut facilement faire circuler sur la voie électrifiée Paris Strasbourg, complètement dé - saturée depuis l’arrivée du TGV Est. C’est bien au niveau du fret que l’électrification pouvait se justifier, pour alléger en partie l’axe Paris Lyon sur un certain nombre de destinations. En bref le cul de sac d’électrification donnera peut être un joli RER à destination de Troyes, mais n’apportera pas grand-chose à part quelques minutes de gagnées.
On peut donc être encore plus circonspect avec l’annonce d’un raccordement TGV à la hauteur de Sens ! Quel en sera l’intérêt ? Un tel raccordement retirerait près de 60 % des voyageurs sur la ligne classique. Pourquoi déstabiliser financièrement une partie de ligne rentable et récemment modernisée (Paris Troyes) au profit d’un raccordent TGV qui ne sera lui jamais totalement rentable au regard du potentiel voyageur au départ de Troyes ? Voilà qui parait bien étonnant. En gros on risque de parler de ce raccordement encore une bonne trentaine d’années. A moins que le projet sous jacent soit de relier rapidement Orly Vatry et Roissy en créant une ligne nord sud en forme de banane permettant une interconnexion rapide entre les 3 aéroports parisiens. Encore que je ne vois pas bien comment raccorder Orly au TGV sud, le Orlyval partant d’un ligne RER au sud de Paris. Si vraiment notre gouvernement a l’intention de relier Troyes au TGV, je pense qu’il faut dès maintenant militer pour une ligne non pas avec Paris mais connecter Reims au TGV sud en passant par Vatry, Troyes et en se raccordant à hauteur de Saint Florentin. Nous n’aurions pas de TGV à destination de Paris et alors ? Que gagnerions nous franchement 15 minutes, 20 minutes par rapport au train électrifié par la voie classique ? Si vraiment il y a l’intention de relier Troyes au réseau TGV, il faut que ce soit par un axe nord sud qui permette de rejoindre soit Lille ou Strasbourg soit Lyon où Marseille. Le coût Troyes Saint Florentin, ne doit pas être très supérieur au coût Troyes Sens. Restera à financer la partie Troyes ligne TGV Est et là il faudrait franchement une unité de voix au niveau de nos politiques aubois. Mais il y a un vrai intérêt. Le contournement par l’est de la région parisienne ferait gagner sans nul doute beaucoup de temps aux TGV nord sud (ex Lille Marseille) qui transitent actuellement par l’interconnexion TGV de Marne la Vallée. Ce chaînon nord sud n’est donc pas une ineptie.
En conclusion, ne nous trompons pas d’objectif. Puisque Troyes Paris semble acquis, il faut dès à présent défendre l’idée d’un axe nord sud TGV. Oser croire à un simple TGV Paris Troyes serait un leurre, qui de plus n’apporterait pas grand-chose à la ville.










