Rejeté, à la surprise générale par les députés, le projet de loi sur les OGM a fait couler beaucoup d’encre. Ce coup de Trafalgar, ce nouveau couac est d’abord le résultat de l’absence massive des élus UMP à l’assemblée. Qu’en est-il de nos députés ? Ont-ils, comme d’autres, « voté avec leurs pieds » ?
Il faut rappeler qu’en première lecture, deux députés aubois sur trois avaient approuvé le projet de loi. Seul François Baroin, absent ce jour, n’avait pas pris part au vote.
Mardi, à l’occasion du nouvel examen du texte, nos trois élus étaient absents. Enterrement d’une vieille tante, gastro du petit dernier, anniversaire du Grand-Oncle... chacun de nos trois élus avait une bonne raison d’être absent. Mais le prix spécial de la mauvaise excuse revient à François Baroin qui avoue avoir préféré le champagne et les petits fours d’une réception donnée par Jacques Chirac à l’infâme piquette de l’Assemblée Nationale ! Bien lui en a pris, aurais-je envie de dire...
En vérité, peu importe les raison de ces absences. Le plus important reste l’appréciation de nos députés sur le fond du sujet. Et dans ce domaine, on ne sera pas déçu !
Sauvons la recherche !
Les trois sont d’accord ; les deux sénateurs aussi : le projet de loi était bon. Car, nous disent ils, il faut protéger la recherche française : « Il est aussi suicidaire, voire criminel de saccager notre recherche » nous dit le Sénateur Adnot. Mais a-t-il été question d’interdire la recherche sur les OGM ? Absolument pas. Les écologistes n’ont jamais remis en cause la nécessité de la recherche scientifique. Ce dont il est question et ce qui fait débat, ce sont les expérimentations en plein champ. Aurait-on aujourd’hui l’idée saugrenue d’autoriser les essais nucléaires dans l’atmosphère ? Même si la comparaison peut sembler excessive, elle illustre le principe de précaution élémentaire qui consiste, tout simplement (c’est la position défendu par les écologistes), à poursuivre les expérimentations dans des milieux confinés sans aucun risque de contamination. Manifestement, nos élus préfèrent caricaturer la position des écologistes plutôt que d’engager un vrai débat sur les OGM.
Le syndrome de Tchernobyl
Heureusement, nous disent encore nos élus, « c’est un texte qui encadre, qui protège, qui prévient » et qui « prévoit de protéger les zones sensibles ». On retrouve ici le syndrome du nuage de Tchernobyl, la croyance qu’un simple texte de loi, qu’un voeux pieux permet de stopper les vents, les oiseaux, les insectes pollénisateurs... En réalité, il n’existe, pour le moment, aucune garantie nous assurant que les cultures OGM ne pourront pas contaminer les cultures environnantes. La coexistence entre les différents types de cultures n’est encore qu’un concept théorique. C’est d’ailleurs ce que, sur la même page, affirme Bertrand Gautherot [1] en rappelant simplement : « que les capteurs à pollens d’Epernay piègent des pollens d’oliviers en provenance du Sud »
Mais tout cela ne vaut pas l’ultime argument de Nicolas Dhuicq, du haut de son aura de médecin, le député-maire de Brienne nous explique, rassurant, qu’une personne qui ingère des OGM ne va pas muter !!!!! ouf... moi qui sentais un troisième bras me pousser dans le dos, me voilà rassuré ! Est-ce vraiment sérieux ? Faut-il prendre les gens pour des crétins capable de croire qu’un grain de maïs risquerait de les faire changer de sexe ? Est-il besoin d’agiter de telles bêtises pour ne pas répondre aux vraies questions sanitaires et environnementales que peuvent poser les OGM et qui expliquent le moratoire dans plusieurs pays sur le MON810 ?
Les OGM peuvent-ils nous sauver ?
De son côté, Jean-Claude Mathis, nous refait le coup des OGM comme moyen de lutter contre la faim. Là encore, nous restons dans l’hypothèse, la pure spéculation voire la supercherie. Car d’une part, aucun OGM sur le marché ne possède pour le moment cette vertu ; et d’autre part, les solutions face à la crise alimentaire passent d’abord par la re-découverte d’une l’agriculture vivrière, bien loin des préoccupations actuelles des grands semenciers mondiaux.
Actuellement, les seuls OGM sur le marché sont des plantes résistantes aux herbicides ou capable de sécréter certaines toxines. C’est le cas du Maîs MON810 interdit dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, en raison selon la Haute autorité« d’un certain nombre de faits scientifiques nouveaux négatifs impactant notamment la flore et la faune. ». On est donc encore loin, très loin du miracle promis et des OGM sauveurs de notre planète.
Une approche avant tout économique
Peu importe en vérité. L’essentiel reste de ne pas pénaliser la recherche, nos industries et surtout ce bon vieux progrès, au bon goût du productivisme triomphant. Notre ami Adnot le sait bien : « En mission pour le Sénat au Brésil [...] Philippe Adnot a pu mesurer l’avance d’un tel pays, à la fois en matière d’agro-carburants et de culture OGM ». Voilà qui rappellera à quelque uns la formidable avance de l’URSS dans la culture du coton autour de la mer d’Aral. On sait ce qui est advenu de la mer d’Aral... On observe ce que devient aujourd’hui la forêt amazonienne éventrée, mutilée pour faire rouler nos bagnoles. Une bien étrange définition du progrès.
Pour finir, je n’ose dire un mot sur la ridicule (et le mot est faible) analyse M. Adnot, adepte de la psychologie du café du commerce, lorsqu’il évoque, pour expliquer le combat de José Bové, le passé de son père "responsable du développement des OGM au Brésil". Faut-il avoir si peu de choses intéressantes à dire pour vouloir discréditer le combat d’un homme à travers le passé supposé de son père ?
A lire également, le communiqué de l’Alliance pour la planète : Rejet de la loi OGM : une immense opportunité
[1] Président de l’association interprofessionnelle de vins de l’agriculture biologique de Champagne












