L'article

16
mai
2008

OGM, les députés aubois refusent le débat.

Rejeté, à la surprise générale par les députés, le projet de loi sur les OGM a fait couler beaucoup d’encre. Ce coup de Trafalgar, ce nouveau couac est d’abord le résultat de l’absence massive des élus UMP à l’assemblée. Qu’en est-il de nos députés ? Ont-ils, comme d’autres, « voté avec leurs pieds » ?

Il faut rappeler qu’en première lecture, deux députés aubois sur trois avaient approuvé le projet de loi. Seul François Baroin, absent ce jour, n’avait pas pris part au vote.

Mardi, à l’occasion du nouvel examen du texte, nos trois élus étaient absents. Enterrement d’une vieille tante, gastro du petit dernier, anniversaire du Grand-Oncle... chacun de nos trois élus avait une bonne raison d’être absent. Mais le prix spécial de la mauvaise excuse revient à François Baroin qui avoue avoir préféré le champagne et les petits fours d’une réception donnée par Jacques Chirac à l’infâme piquette de l’Assemblée Nationale ! Bien lui en a pris, aurais-je envie de dire...

En vérité, peu importe les raison de ces absences. Le plus important reste l’appréciation de nos députés sur le fond du sujet. Et dans ce domaine, on ne sera pas déçu !

Sauvons la recherche !

Les trois sont d’accord ; les deux sénateurs aussi : le projet de loi était bon. Car, nous disent ils, il faut protéger la recherche française : « Il est aussi suicidaire, voire criminel de saccager notre recherche » nous dit le Sénateur Adnot. Mais a-t-il été question d’interdire la recherche sur les OGM ? Absolument pas. Les écologistes n’ont jamais remis en cause la nécessité de la recherche scientifique. Ce dont il est question et ce qui fait débat, ce sont les expérimentations en plein champ. Aurait-on aujourd’hui l’idée saugrenue d’autoriser les essais nucléaires dans l’atmosphère ? Même si la comparaison peut sembler excessive, elle illustre le principe de précaution élémentaire qui consiste, tout simplement (c’est la position défendu par les écologistes), à poursuivre les expérimentations dans des milieux confinés sans aucun risque de contamination. Manifestement, nos élus préfèrent caricaturer la position des écologistes plutôt que d’engager un vrai débat sur les OGM.

Le syndrome de Tchernobyl

Heureusement, nous disent encore nos élus, «  c’est un texte qui encadre, qui protège, qui prévient » et qui «  prévoit de protéger les zones sensibles ». On retrouve ici le syndrome du nuage de Tchernobyl, la croyance qu’un simple texte de loi, qu’un voeux pieux permet de stopper les vents, les oiseaux, les insectes pollénisateurs... En réalité, il n’existe, pour le moment, aucune garantie nous assurant que les cultures OGM ne pourront pas contaminer les cultures environnantes. La coexistence entre les différents types de cultures n’est encore qu’un concept théorique. C’est d’ailleurs ce que, sur la même page, affirme Bertrand Gautherot [1] en rappelant simplement : « que les capteurs à pollens d’Epernay piègent des pollens d’oliviers en provenance du Sud »

Mais tout cela ne vaut pas l’ultime argument de Nicolas Dhuicq, du haut de son aura de médecin, le député-maire de Brienne nous explique, rassurant, qu’une personne qui ingère des OGM ne va pas muter !!!!! ouf... moi qui sentais un troisième bras me pousser dans le dos, me voilà rassuré ! Est-ce vraiment sérieux ? Faut-il prendre les gens pour des crétins capable de croire qu’un grain de maïs risquerait de les faire changer de sexe ? Est-il besoin d’agiter de telles bêtises pour ne pas répondre aux vraies questions sanitaires et environnementales que peuvent poser les OGM et qui expliquent le moratoire dans plusieurs pays sur le MON810 ?

Les OGM peuvent-ils nous sauver ?

De son côté, Jean-Claude Mathis, nous refait le coup des OGM comme moyen de lutter contre la faim. Là encore, nous restons dans l’hypothèse, la pure spéculation voire la supercherie. Car d’une part, aucun OGM sur le marché ne possède pour le moment cette vertu ; et d’autre part, les solutions face à la crise alimentaire passent d’abord par la re-découverte d’une l’agriculture vivrière, bien loin des préoccupations actuelles des grands semenciers mondiaux.

Actuellement, les seuls OGM sur le marché sont des plantes résistantes aux herbicides ou capable de sécréter certaines toxines. C’est le cas du Maîs MON810 interdit dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, en raison selon la Haute autorité«  d’un certain nombre de faits scientifiques nouveaux négatifs impactant notamment la flore et la faune. ». On est donc encore loin, très loin du miracle promis et des OGM sauveurs de notre planète.

Une approche avant tout économique

Peu importe en vérité. L’essentiel reste de ne pas pénaliser la recherche, nos industries et surtout ce bon vieux progrès, au bon goût du productivisme triomphant. Notre ami Adnot le sait bien : « En mission pour le Sénat au Brésil [...] Philippe Adnot a pu mesurer l’avance d’un tel pays, à la fois en matière d’agro-carburants et de culture OGM ». Voilà qui rappellera à quelque uns la formidable avance de l’URSS dans la culture du coton autour de la mer d’Aral. On sait ce qui est advenu de la mer d’Aral... On observe ce que devient aujourd’hui la forêt amazonienne éventrée, mutilée pour faire rouler nos bagnoles. Une bien étrange définition du progrès.

Pour finir, je n’ose dire un mot sur la ridicule (et le mot est faible) analyse M. Adnot, adepte de la psychologie du café du commerce, lorsqu’il évoque, pour expliquer le combat de José Bové, le passé de son père "responsable du développement des OGM au Brésil". Faut-il avoir si peu de choses intéressantes à dire pour vouloir discréditer le combat d’un homme à travers le passé supposé de son père ?

post scriptum :

A lire également, le communiqué de l’Alliance pour la planète : Rejet de la loi OGM : une immense opportunité

notes :

[1] Président de l’association interprofessionnelle de vins de l’agriculture biologique de Champagne



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Les commentaires (9)

OGM, les députés aubois refusent le débat.
  • Commentaire 24151 carré
    le 16 mai 2008  à 15:07

    C’est lamentable de publier des propos aussi dogmatiques et sectaires.
    C’est toujours la même chose avec les ecolos francais, ils ont le même discours depuis 30 ans.
    Faire progresser la cause ecologique, c’est la crédibiliser en étant au plus prés de la réalité, et là Mr HOUPLON, vous etes tellement éloigné de la vérité que l’on est soulagé que vous n’ayez aucune responsabilité politique....

  • Commentaire 24153 Pascal Houplon
    le 16 mai 2008  à 16:55

    C’est à dire ? Qui y-a-t-il de sectaire à vouloir poursuivre la recherche et empêcher toute contamination par des essais en plein champ ?

    Je suis tout à fait, encore une fois, favorable à la recherche et prêt à reconnaître l’utilité des OGM quand celle-ce sera démontrée et que leur innocuité sera prouvée.

    Pour le moment, je le redis, le seul OGM introduit en France, le MON810 à été interdit (et dans plusieurs pays).

    Le dogmatisme consiste à être favorable aux OGM, sans limite, sans discussion préalable, sans débat ou au contraire à les refuser en bloc.

    Je pense qu’on peut avoir une approche plus prudente qui consiste à poursuivre la recherche en milieux confinés et à protéger, devant les doutes de la communauté scientifique, l’homme et les milieux naturels.

    Je vous rappelle ce que disait Borloo en septembre dernier dans Le Monde

    « Sur les OGM, tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination.Donc on ne va pas prendre le risque. »

    Cela me paraît plutôt mesuré.

  • Commentaire 24186 Max de B.
    le 17 mai 2008  à 15:46

    On ne connait pas les conséquences sur la santé humaine de l’introduction des OGM dans la nature.
    Conséquence : on se doit d’appliquer le principe de précaution.

    Qu’y a-t-il de sectaire là-dedans ?

    Le sectarisme, et le dogmatisme, accompagné de leur cousin scientisme, c’est de faire croire que toute innovation est un progrès, comme on l’a fait avec l’amiante.

    L’homme moderne manque-t-il à ce point de sagesse qu’il ne sait pas tirer les leçons de ses erreurs passées ?

    Continuons les études en milieu protégé, communiquons les conclusions des expériences sur le foie des rats. Et arrêtons de faire prendre des risques non mesurés aux générations futures !

  • Commentaire 24230 LEDOC
    le 19 mai 2008  à 09:42

    La virulence de ce commentaire (au demeurant non signé) n’a de pendant que la qualité du texte de P Houplon. Merci de ton analyse et de tes textes toujours pertinents. Le niveau de nos parlementaires aubois est à pleurer.....

  • repondre Répondre



  • Commentaire 24170 mimiragondin
    le 17 mai 2008  à 10:18

    Décidément, au fil des articles publiés, je me dis que ce Pascal HOUPLON me plait beaucoup, par la qualité de ses contenus, bien renseignés, la forme toujours pondérée, les réponses toujours dignes même face à la mauvaise foi et à la médiocrité de commentaires tels ceux de "Carré" et autres "Points barres", ne supportant manifestement pas le débat et l’intelligence.... faut dire que dans l’Aube c’est tellement rare les authentiques espaces de débats ouverts et publics... Continuez Monsieur HOUPLON, j’en serai ravi, moi simple citoyen , qui ne milite pas dans l’écologie ni dans un parti politique, continuez à élever le débat afin qu’on se pose les vraies questions.

  • Commentaire 24172
    le 17 mai 2008  à 10:53

    oui, monsieur houplon, vous voyez que vous n’êtes pas tout seul à raisonner juste !"on" vous suit !il en faut toujours un, le premier qui pense la vérité et qui se fait tirer dessus, mais toujours après la raison l’emporte devant les évidences !je vous soutiens , locatelli

  • Commentaire 24175
    le 17 mai 2008  à 12:47

    Un homme raisonnable, donc doué de raison, ne peut qu’être parfaitement d’accord avec l’analyse de Pascal. Et finalement nos députés ont bien fait d’être absents le jour du vote. Personnellement j’aurais préféré qu’ils votent non, et qu’ils s’en expliquent dans les colonnes de nos journaux locaux...

    Voir en ligne : http://villesurterre.com

  • Commentaire 24232 Criquette
    le 19 mai 2008  à 10:58

    information fournies par la rédaction du Post :
    Vote sur les ogm

    A l’UMP, ceux qui ont voté CONTRE : MM. Jean-François Chossy, Dino Cinieri, René Couanau, François Grosdidier, Christophe Guilloteau, Jacques Le Nay, Damien Meslot, Yves Nicolin, Daniel Spagnou et François Vannson.

    A l’UMP, ceux qui se sont ABSTENUS : MM. Pierre-Christophe Baguet, François Calvet, Georges Colombier, Bernard Depierre, Vincent Descoeur, Eric Diard, Dominique Dord, Yannick Favennec, Jacques Grosperrin, Mme Arlette Grosskost, MM. Sébastien Huyghe, Paul Jeanneteau, Jacques Kossowski, Dominique Le Mèner, Lionnel Luca, Daniel Mach, Alain Marc, Jean-Pierre Marcon, Franck Marlin, Jean Marsaudon, Philippe-Armand Martin, Jean-Marie Morisset, Bernard Perrut, Etienne Pinte, Christophe Priou, Jacques Remiller, Martial Saddier, Francis Saint-Léger, Eric Straumann, Lionel Tardy et Mme Marie-Jo Zimmermann.

    A l’UMP, ceux qui ont voté POUR Ce sont tous les 245 députés UMP restant

    à votre avis nos trois députés sont où ???

  • Commentaire 24233 Criquette
    le 19 mai 2008  à 11:01

    les solutions face à la crise alimentaire passent d’abord par la re-découverte d’une l’agriculture vivrière, bien loin des préoccupations actuelles des grands semenciers mondiaux.

    la redécouverte de la culture du manioc aussi pascal :)

  • repondre Répondre



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