L'article

29
août
2008

Nitrates dans l’Aube, Nicolas Juillet est un coordonnier bien mal chaussé

Au fin fond de la campagne auboise, il y a un petit village qui s’appelle Saint-Lupien. Charmant village, paisible et tranquille, dirigé par Nicolas Juillet, conseiller Général et accessoirement Président du Syndicat des Eaux. L’Homme est donc bien placé pour offrir à ses administrés une eau de qualité, pure, celle qui, comme dans la pub, fait de votre mari un Apollon ou de votre femme une Naïade. C’est hélas loin d’être le cas...

Car notre homme ne peut pas tout faire. A tel point que depuis quelques années la teneur en nitrate des eaux de sa commune dépasse régulièrement les normes autorisées (supérieur à 50mg/l). La situation semblerait plus ou moins stabilisée, mais elle a de quoi inquiéter les habitants. D’autant plus que cette stabilisation ne permet toujours pas d’assurer une eau saine.

Saint-Lupien, dirigée par le président du syndicats des eaux Nicolas Juillet dépasse la norme autorisée pour les nitrates

Il faut savoir qu’un arrêté du Ministre chargé de la santé publique précise depuis février 2007 les limites des valeurs de références applicables, qui doivent donc obligatoirement être respectées par les distributeurs d’eau non conditionnée. C’est cette norme de 50mg/l qui n’est pas respecté à Saint-Lupien, mais également dans plusieurs communes du département (une dizaine). Voilà sérieusement de quoi s’interroger sur le travail de ce syndicat et de son président.

La qualité de l’eau auboise se dégrade année, après année.

D’autant que l’affaire ne date pas d’hier. En 2001 déjà, les analyses effectuées montraient à Saint-Lupien, un taux de nitrate à 40mg/l, tout juste inférieur à la norme autorisée. Depuis, la situation a continué à se dégrader. Pas seulement à Saint-Lupien, mais également dans tout le département. A tel point, qu’il y a un an, le portail professionnel, enviro2b, consacrait un article surle bilan de l’eau dans notre département. Les propos sont éloquents : « Le dernier bilan de la qualité de l’eau dans l’Aube est inquiétant. L’état des nappes phréatiques continue de se dégrader [...] Dans le département, 14 communes dépassent régulièrement la norme de 50 mg de nitrates par litre d’eau, rendant l’eau du robinet impropre à la consommation pour les femmes enceintes et pour les nourrissons [...] Pour Christophe Pron, de la Commission environnement à la Chambre départementale d’agriculture "La pollution est toujours en phase de progression, mais moins vite". ». La belle affaire ! Car l’enjeu n’est pas que la pollution progresse moins vite, mais qu’elle se réduise ! Et manifestement, on en est encore loin...

Depuis 10 ans, les quelques mesures mises en place ont été des échecs.

Que font les pouvoirs publics et particulièrement Nicolas Juillet à la tête du syndicat des eaux, dont l’une des missions, faut-il le rappeler, et d’assurer la protection de la ressource ? Pas grand chose... en tout cas rien de véritablement efficace pour faire refluer cette pollution. En 10 ans, nous dit encore le magazine enviro2b, 3 programmes ont été lancés pour tenter de réduire ces taux de nitrates. Le résultat de ces trois programmes a de quoi laisser perplexe puisque depuis 10 ans, la pollution aux nitrates continu de croître !

L’agriculture, principal accusé

L’origine de ces nitrates est pourtant bien connue : ce sont les engrais, largement utilisés dans les grandes plaines céréalières auboises. C’est cette même pollution qui en Bretagne provoque les spectaculaires marées vertes sur les plages des côtes d’armor. Ne croyez pas que là-bas, au pays des bagads, ces taux soient infiniment plus haut. Pas du tout, si beaucoup de zones sont polluées, le taux moyen des nitrates en Bretagne avoisine les 30mg/L. C’est beaucoup mais nettement moins que celui mesuré localement à Saint-Lupien ou ailleurs dans d’autres communes notre département. Mais même si, sur les plages bretonnes, la pollution est plus spectaculaire que dans la campagne auboise, elle n’en reste pas moins réelle et inquiétante. Si la situation bretonne demeure extrêmement préoccupante, notamment dans les zones céréalières intensives, les dernières études témoignent tout de même d’une baisse du taux de nitrate. Preuve qu’une politique efficace peut être menée.

Il ne s’agit évidemment pas de créer un vent de panique. Seule la consommation pour les femmes enceintes et les nourrissons est interdite. En effet, l’ingestion à trop fortes doses des nitrates peut provoquer chez les bébés la maladie bleue, la méthémoglobinémie qui peut conduire à l’asphyxie et, au pire, la mort. Heureusement, au cours des 30 dernières années, les cas de décès par méthémoglobinémie ont été très rares. C’est justement cette norme de 50 mg/l, admise à l’échelle européenne, qui permet a priori de protéger les nourrissons contre ce risque.

La France sous la menace d’une forte amende de l’UE pour ses manquements dans la lutte contre la pollution aux nitrates.

Accessoirement le non respect de la norme des 50mg/l, en Bretagne, à Saint-Lupien et ailleurs, met la France au ban des pays de l’UE. En 2007, Bruxelles a été ainsi à deux doigts de saisir la justice européenne et de faire peser la menace d’une amende de 28 millions d’euros assortie d’une astreinte journalière de 117 882 euros. En cause selon Bruxelles : le manque d’initiative de la France pour mettre un terme ou au moins réduire cette pollution. Heureusement, Michel Barnier, alors ministre de l’agriculture a pu éviter cette sanction.

L’urgence à Saint-Lupien et ailleurs de prendre les mesures nécessaires.

L’urgence demeure. A Saint-Lupien, au sein du SDDEA ou de la chambre de l’agriculture ou du Conseil Général, on ne peut pas se contenter de voir la pollution aux nitrates augmenter inexorablement. Car derrière, il s’agit bel et bien de préserver notre santé et la qualité de notre environnement. La loi existe et exige des taux inférieurs à 50mg/l. Elle préconise même une valeur guide de 25mg/l. A nos élus, pas seulement Nicolas Juillet, d’assurer le respect de la loi.



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Les commentaires (8)

Nitrates dans l’Aube, Nicolas Juillet est un coordonnier bien mal chaussé
  • Commentaire 26420
    le 29 août 2008  à 12:08

    bon, si ce n’est grave que pour les femmes enceinte..doit pas y en avoir des masses dans ces campagnes désertifiées !
    c’est comme le polonium dans les cigarettes, depuis le temps qu’on dit aux gens de s’arrêter de fumer ! faut pas pousser quand même !

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  • Commentaire 26464 JMM
    le 30 août 2008  à 13:12

    Il faut savoir que ce même "fer de lance de l’environnement" à la chambre d’agriculture déclarait lors d’une séance au Conseil général que ce sont les jardiniers qui sont responsables à 70 % de la pollution des nappes.

    Evidemment, comme aucun de ses collègues n’a quelques notions en ce domaine, personne n’a remarqué qu’il inversait les données ( agriculture 3/4 et particuliers 1/4 ). mais peut-être Nicolas ne lit-il pas les rapports de l’agence de l’eau, où il siège en tant que représentant du département...

    repondre Répondre



  • Commentaire 26465
    le 30 août 2008  à 13:48

    Merci M houplon pour cette information qu’on ne lit pas ailleurs. vous oubliez cependant la question des pesticides qui aussi très préoccupante.

  • Commentaire 26468 Pascal Houplon
    le 30 août 2008  à 16:41

    Exact. Cette question des pesticides mérite un article dédié qui, grosso-modo, posera les mêmes questions : c’est à dire celles de l’inaction (ou soyons honnêtes, de l’inefficacité des actions menées) des responsables politiques pour protéger la ressource. Il ne s’agit pas simplement de mettre en cause le conseil général, c’est bien chaque échelon (villes, communauté de communes, département, région) qui préfère gérer plus ou moins bien la pollution plutôt qu’envisager des mesures pour réduire les facteurs de pollution. A ce titre les propos du magazine enviro2b, d’un responsable local résument l’état d’esprit où l’on se satisfait que la pollution augmente moins vite.

    Mais pour revenir sur les pesticides, oui, la situation est tout aussi inquiétante, peut être plus quand on mesure les effets potentiels de certaines molécules.

  • Commentaire 26530 LEDOC
    le 3 septembre 2008  à 15:19

    Eh OUI, je rappelle ici la responsabilité fortement suspecté des pesticides dans les maladies neurodégénératives telles la maladie de parkinson et la maladie d’alzheimer.
    Je rappelle aussi la responsabilité fortement suspecté de L’UMP-FNSEA dont Mr N Juillet est un digne représentant.

    Si les associations de malades portaient plaintes contre les fabricants (MONSANTO et AUTRES), le déclic necessaire se ferait peut-être .....
    En attendant suivons avec gourmandise le prochain congrès des verts .......et ce qu’en a dit N.Hulot

  • repondre Répondre



  • Commentaire 26489 un marnois dubitatif
    le 1er septembre 2008  à 09:53

    quand on sait par ailleurs que ledit Nicolas JUILLET est responsable du comité du tourisme du Pays en Seine champenoise et organisateur d’un récent évènement sur le développement durable dans sa commune...on est mort de rire !
    Ancelin et ses affidés, qui défigurent allègrement le nogentais n’ont même plus la pudeur de se cacher pour commettre leurs attaques répétées contre l’environnement sous couvert de "développement durable" (cf le concept ancelinesque de "vallée du développement durable"...)

    repondre Répondre



  • Commentaire 26510 ND
    le 2 septembre 2008  à 14:56

    Merci de cet article très bien informé de ce qui se passe en réalité sur le terrain au niveau local surtout quand les politiques du coin ont le culot de se présenter comme les apôtres du développement durable. (J’ai déjà dans un précédent courrier dénoncé l’abus du mot "durable" qui est une traduction erronée, ouvrant la voie à toutes les manipulations sémantiques, du mot anglais "sustainable")

    Mais je ne voudrais pas qu’on oublie que ce problème de l’eau, localement à Saint Lupien, rejoint le problème de la catastrophe qui s’annonce au niveau mondial.

    Il s’est tenu récemment la Semaine Mondiale de l’Eau à Stockholm et le lauréat 2008 est le Pr. John Anthony Allan du King’s College de Londres pour ses travaux et son concept d’ "eau virtuelle". Il y dénonce l’usage qui se développe des agro-carburants et du gâchis de l’eau par l’agro-industrie alimentaire.
    Cette accélération des agro-carburants "is too frightening to even begin to realize" autrement dit "est trop effrayante pour qu’on puisse même commencer à réaliser ce que ça représentera comme effets dévastateurs."
    Cette conférence sur l’eau qui s’est tenue à Stockholm a rassemblé quelque 2500 scientifiques, des responsables politiques et des officiels de 140 pays.

    Ce qui est pathétique, dans l’Aube, c’est de voir tous ces politiques et industriels locaux motivés uniquement par l’argent qui continuent de foncer tête baissée dans le mur, en appuyant de surcroît sur l’accélérateur.

    ND de Marnay sur Seine.

    repondre Répondre



  • Commentaire 26575
    le 6 septembre 2008  à 15:12

    il s’rait pas candidat suppléant aux élections sénatoriales nicolas juillet ?

    repondre Répondre



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