Pendant la campagne, les affaires continuent disais-je dans un précédent article. Celles des machines à voter commence à faire couler beaucoup d’encre. Et comme le respect de la démocratie préoccupe, ici comme ailleurs, je me permet de vous en dire deux mots.
Vous le savez sans doute, quelques 82 villes se sont équipées d’ordinateurs de vote. Sans réel débat, un peu en douce, alors qu’aux Etats Unis, mais aussi en Belgique, en Irlande, en Hollande ou en Allemagne, elles suscitent de fortes inquiétudes. Que leur reproche-t-on ? Pour faire court ce sont des boites noires, équipées de logiciels dont le code est "secret", propriété industrielle oblige. Comme tous les ordinateurs elles sont susceptibles de pannes, bugs, de dysfonctionnements plus ou moins détectables et d’attaques en vue de manipuler les votes. Preuves en ont été données en images et en public par des informaticiens chevronnés. Autre problème, et aps des moindres, elles ne restituent au votant aucune preuve que le vote enregistré est bien celui qu’il a demandé. Ni ne conservent le déroulé du vote, en cas de litiges post dépouillement. Pour plus d’informations voir sur le site de l’association Ordinateurs-de-vote.org ; sur le blog de Benoit Sibaud, sur celui de la chercheuse Chantal Enguehard
Une des dernières municipalités équipées est [Issy les Moulineaux->], fief de l’ex UDF-rallié UMP Santini et grand prosélyte de la démocratie participative. 60 machines ES & S ont été acquises fin mars contre l’avis de plusieurs conseillers municipaux d’opposition. Citoyens comme élus ont informé la population et fait connaitre leur désaccord dans les médias. Sans succès, si ce n’est que les machines ont quand même été changées car, dans la précipitation à vouloir les installer, la ville et le fabricant avaient passé contrat pour des machines non conformes au modèle agrémenté par le Minsitère de l’Intérieur ! Les isséens ont donc voté le 22 avril sur des machines, et le compte rendu de Benoit Sibaud, assesseur et vice-président du bureau de vote N° 37 ce jour là, en dit long sur le fonctionnement improbable de ces machines.
Laurent Pieuchot, conseiller municipal PS à Issy, avait lui opté pour une réunion publique d’information à 2 jours du scrutin. Le lendemain, référé express de Santini et demande de dommages exorbitantes pour "informations mensongères" sur l’affiche invitant à cette réunion. En guise d’informations mensongères, l’affiche de Pieuchot, qui a été condamné, ne faisait que reprendre ce qui est dit et publié partout, à savoir que les machines à voter ne garantissent pas que le vote enregistré est bien celui effectué, et qu’il vaut mieux leur préférer le papier. Bizarre, bizarre...
Autre bizarrerie à Vaucresson. Une électrice s’étant enquise de savoir si les machines NEDAP installées dans les bureaux de vote étaient bien conformes au règlement technique du Ministère de l’Intérieur, elle a découvert que ce n’était pas le cas. Quatre au moins des exigences n’étaient pas respectées. La machine, par exemple, n’imprime pas l’heure et la date du scrutin sur les tickets d’ouverture et de fermeture de session qui sont transmis au Conseil Constitutionnel. Qui ne peut donc que supposer que les résultats transmis sont bien ceux des votes effectués ce jour-là, et que le bureau a bien ouvert et fermé aux heures légales.
L’électrice a donc porté l’affaire enréféré. Et le juge a pu constater, sur la foi de 4 pages du rapport d’agrément rendu public par la préfecture, que le modèle agrémenté... ne l’était pas non plus ! Il a donc conclu que les machines de Vaucresson étaient bien conformes... à une machine qui ne l’était pas. Cette "anomalié" s’explique par le fait que les experts es’certification agrémentés eux aussi par le Ministère de l’Intérieur (Bureau Veritas en l’occurence) disposent d’une marge d’appréciation. CQFD ! Les vaucressonnais ont donc voté sur des machines, et le Conseil qui pourtant exige que ’ les machines soient en tout point conforme aux 114 exigences du règlement technique" s’en est accomodé.
Tout celà ne concerne heureusement pas les aubois, puisqu’aucune municipalité ne s’est équipée.. pour le moment. Ceci dit, pas si loin de chez nous, à Reims par exemple, on a expérimenté le e-vote. Avec quelques surprises : le total des suffrages enregistrés présentait un écart de 47 voix avec la liste des émargements. Bizarre, bizarre....
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