L'article

23
juin
2009

Les nomades du nucléaire gardent l’appétit !

Des employés sympas qui, malgré la crise, gardent l’appétit et gambadent dans les campings du nogentais ; des gîtes qui fleurissent ; des chambres d’hôtel qui ne désemplissent plus... c’est le portrait surréaliste des "nomades du nucléaire" que nous trace notre coin-coin bleu local.

Le 17 juin dernier, mon sang ne fait qu’un tour. L’Est-Eclair publie un article intitulé Les travailleurs du nucléaire à petite vapeur. Un titre bien étrange pour parler (enfin !) des "nomades du nucléaire" : ces travailleurs itinérants qui, de centrales en centrales, assurent la maintenance des installations pour des salaires inversement proportionnels aux risques encourus.

Les nomades du nucléaire sont des gens sympas !

Bien évidemment, il ne s’agit pas pour nos coin-coin locaux d’enquêter ou de dénoncer ces scandaleuses conditions de travail. Non, non, non... Mon sang n’a fait qu’un tour. Pas deux. Ici, le journalisme est affaire de bonnes manières (et de subtils copiés-collés, on le verra plus loin). Pas un mot sur les risques sanitaires. Pas un mot sur l’exposition de ces hommes à la radioactivité. Pas un. L’article se contente de constater quelques niaiseries sans intérêt. Ainsi, on peut apprendre que : « en ville, tout le monde les connait ». Si, si... Parce que, nous dit-on, « Les voitures ne sont pas immatriculées dans le coin, ». L’auteur évoque rapidement les salaires : « Ces employés [...] payés au Smic, auquel s’ajoutent les primes journalières... » pour finalement laisser entendre que tout cela n’est qu’affaire de crise et que ces gens là sont tout de même des gens sympas (radioactifs, mais sympas) : « "Ils sont sympas, mais ils font gaffe. Visiblement, c’est moins rutilant qu’autrefois. C’est un peu comme nous, ils ont moins d’argent à dépenser, c’est tout.", témoigne un commerçant. ». Et hop, fermez le ban !

"Les nomades du nucléaire, malgré les vicissitudes, n’ont pas perdu l’appétit…" (sic)

C’est là qu’arrive le morceau de gloire. N’écoutant que son courage, inspiré par un sens critique peu commun, notre ami journaliste évoque les bienfaits de ces travailleurs sur l’économie locale. [1]. Et là, je ne résiste pas à l’envie de vous reproduire un court passage où notre futur prix Pulitzer taquine les limites du ridicule.

« Si les chambres d’hôtel et les gîtes ont été pris d’assaut, de nombreux nomades du nucléaire ont choisi de camper.[* Une vraie embellie pour le camping municipal*] qui a pris ses quartiers d’été, avant même les vacances ![* À Nogent, une petite économie locale s’est formée. Dans les campagnes ont fleuri les gîtes,*] et les restaurants bon marché tentent d’attirer ces salariés. « Les habitudes ont changé et la crise est passée par là, convient le directeur d’un établissement. Toutes nos chambres sont occupées mais pour le restaurant, c’est plutôt calme. » À quelques centaines de mètres de là, des hommes partagent leurs sandwiches sur un banc. [*Les nomades du nucléaire, malgré les vicissitudes, n’ont pas perdu l’appétit…*] » [2]

Ah... c’est wonderland ! c’est le miracle du nucléaire qui sous nos yeux prend naissance : un monde merveilleux où l’atome apporte bonheur et prospérité ! Où fleurissent les gîtes et les restaurants ; où ces « nomades » participent à l’embellie touristique, où malgré la crise nos amis gardent l’appétit... Faut dire que la radioactivité, ça ouvre l’appétit ! Il s’en fallait de peu pour qu’on nous décrive ces travailleurs, la fleur aux lèvres, sifflottant un air gaie sous le chaud soleil du nogentais...

Sauf que...

Nomades ou esclaves du nucléaire ?

Sauf qu’il y a un an, la journaliste Alexandra COLINEAU, lauréate du prix de l’information sociale décerné par l’AJIS (Association des Journalistes de l’Information Sociale"), publie un article intitulé « les nomades du nucléaire ». Celle-ci après une longue enquête nous offre une autre image de ces travailleurs. Il y est question des conditions de plus en plus difficiles de ces « esclaves du nucléaire », de la politique du « moins disant » qu’applique EDF pour choisir ses sous-traitants. Il y est question des états dépressifs qui toucheraient ces travailleurs, de l’exposition aux radiations : «  Les prestataires du nucléaire reçoivent 80 % de la dose collective d’irradiation subie dans l’industrie française du secteur. Cette dose est contrôlée sur chaque prestataire grâce à un film et à un badge dosimétriques qu’ils portent sur eux. Quand la limite est atteinte, c’est « la mise au vert », c’est-à-dire le chômage, en attendant que la dose redescende. « Alors pour garder leur boulot, il arrive que des gars dissimulent leur film et leur badge quand ils sont dans des zones où ça crache » confie Philippe Caens  ». Bref, le point de vue de cette jeune journaliste, primée par ses pairs, est à des années lumières de celui de son confrère du coin-coin bleu.

Et lorsqu’il s’agit d’évoquer les conditions d’hébergement, le ton d’Alexandra Colineau est nettement moins bucolique que celui de notre journaliste local. Voici ce qu’elle écrit : «  Pour le logement, les plus vieux ont pu investir dans une caravane ou un camping-car. D’autres choisissent les hôtels bon marché, à plusieurs dans une chambre. Il y a aussi la solution du gîte, « c’est le moins désagréable, mais en période de vacances les prix explosent ». Il y aussi ceux qui dorment dans leur voiture, sur le parking de la centrale. « Ceux-là n’aiment pas trop en parler parce qu’ils ont honte, confie Philippe. Je me souviens d’un arrêt de tranche où le responsable des prestataires passait à 6H30 le matin sur le parking pour réveiller les gars ». Autour des centrales, une petite économie locale s’est formée. Dans les campagnes ont fleuri les gîtes, et le long des routes, les marchands de kebab. »

Des faits similaires, mais un traitement journalistique radicalement différent. On est loin de l’embellie touristique évoquée précédemment...

oups, un copier-coller ?

Pourtant, entre ces deux textes existent une étrange similitude, un vieux goût de copier-coller, une habile façon de ré-arranger, avec les bonnes manières, l’article un peu trop critique d’Alexandra Colineau. Cherchez bien...

Vous ne voyez pas ? Voici la réponse :

En 2008, la journaliste primée par l’AJIS écrit :

- « Autour des centrales, une petite économie locale s’est formée. Dans les campagnes ont fleuri les gîtes, et le long des routes, les marchands de kebab »

Un an plus tard, notre journaliste local (toujours pas primé, on se demande pourquoi...) recopie écrit

- « À Nogent, une petite économie locale s’est formée. Dans les campagnes ont fleuri les gîtes, et les restaurants bon marché tentent d’attirer ces salariés »

Hasard ? Coïncidence ? Personne ne peut imaginer que notre journaliste du coin-coin bleu ait pu, de cette manière, pomper sa confrère et utiliser ses mots pour décrire l’univers féérique du nucléaire nogentais.

notes :

[1] Il complète ici, avec la même fulgurance d’esprit, un précédent article dont j’évoquais les meilleurs morceaux il y a quelques semaines

[2] j’ai tout de même pris la liberté de mettre en relief les passages les plus brillants



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Les commentaires (8)

Les nomades du nucléaire gardent l’appétit !
  • Commentaire 32663 locatelli
    le 23 juin 2009  à 12:53

    j’ai déjà détaillé , vers toi comment se passaient les cli, commissions locales d’insertion, d’abord à la rue jean zay à la chapelle puis à la diddams !
    une vraie honte burlesque ! on chargeait, je ne sais pas qui est ON, des barbus trés connus pour activisme religieux , de la maintenance à nogent !
    tout est écrit, conservé signé dans tous les conte-rendus de cli !
    que ces gens là, fonctionnaires et politiques qui ont fait ça, s’expliquent et nous rendent des comptes !
    ceux qui disent, on ne savaient pas , sont dans une situation encore plus grave et affichent officiellement leur incompétence criminelle !
    ceux qui les manipulent sont encore plus gravement pervers et meurtriers ! vous avez là, dans les dossiers des cli officiellement fourni par la diddams, une bombe à retardement que leur imbécilité , je les connais, n’avait pas prévue !
    demandez donc à la beoglin des détails, la vache boeglante, c’est elle qui présidait !locatelli

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  • Commentaire 32664 locatelli
    le 23 juin 2009  à 13:10

    quand je te disais pascal, qu’il ne fallait pas aller chercher ailleurs les armes de déstructions massives que dans les valises de ventes de centrales nucléaires de sarkozy ! je sais ce que je dis et je ne prétends rien que je ne puisse prouvez ! merci au prix nobel de mon cul : j’ai nominé charpak, on n’en fera qu’un paquet à évacuer d’urgence avec ses déchets nucléaires ! les vraies poubelles de cette malheureuse france et de l’aube en particulier se sont des hommes et des femmes !locatelli ! que le nicolas de l’aube et le adnot de l’aube s’expliquent devant le tribunal international pour crimes odieux contre la population auboise !génocidaire par incompétence lucrative, amour du pouvoir et de leur propre mise en réprésentation honteuse du mépris qu’ils ont du citoyen lamda ! mais cela n’a qu’un temps !aussi sordides que dangeureux !

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  • Commentaire 32666 nucleaire non merci
    le 23 juin 2009  à 14:31

    Et ça s’appelle journaliste ? Quelle crédibilité peut on accorder à une presse écrite qui ne sait faire que l’éloge de l’industrie nucléaire ? merci m houplon de rectifier un peu les choses

  • Commentaire 32681 Toto
    le 24 juin 2009  à 01:17

    Bravo PH !!! L’oeil critique à l’affut... Je n’ai pas lu l’article du coin coin à col bleu et ne sais qui l’a écrit, mais j’ai une petite idée...

    Que les Nogentais se rassurent et votent pour les écologistes, comme tous les habitants des régions où sont installées des usines nucléaires : s’ils arrivent au pouvoir, ce n’est pas demain que cette activité florissante cessera car, même après la cessation d’activité et le démantellement, il y aura de grosses quantités de déchets inutilisables à surveiller et à gérer, et pour longtemps... Bref, reconnaissons que le stockage ainsi réparti sur le territoire Français, sur plus de 1000 sites, participe à une harmonisation du développement du territoire en matière de poubelles nucléaire. Pardon amis écologistes, je n’avais pas saisi cet aspect du développement durable de l’activité liée au stockage des déchets nucléaires...

  • Commentaire 32692 PH
    le 24 juin 2009  à 17:46

    Merci. le nom du journaliste n’a pas beaucoup d’importance. Plus gênant, c’est de reprendre une phrase écrite dans un article très critique sur les conditions de travail de l’industrie nucléaire et de la réutiliser, de la détourner pour décrire de douteux aspects positifs.

    S’agissant du nucléaire, effectivement, la situation est telle que le démantèlement des centrales (qu’on stoppe le nucléaire ou pas) ainsi que la gestion des déchets va nous poser des problèmes pendant un long, très long, très très long moment...

    Je ne suis pas devenu écolo à travers le combat anti-nucléaire. J’ai donc naturellement tendance à prendre le problème par un biais différent. Pour moi, c’est l’impasse énergétique et le coût de cette énergie qui me semblent les deux problèmes majeurs.

    - impasse énergétique car le nucléaire n’est pas une ressource renouvelable. Loin s’en faut. Les perspectives de développement de cette énergie (si on développe les voitures électriques, si la Chine, le Brésil ou d’autres se lancent dans un programme nucléaire) sont chimériques. La matière première viendrait rapidement à manquer. Car il faut rappeler :
    - que les réserves sont estimés à 60 ans dans les conditions actuelles.
    - que ces "conditions actuelles" se résument à l’utilisation par une toute petite poignée de pays du nucléaire. Seul la France à une utilisation massive du nucléaire. A titre d’exemple, le nucléaire ne représente que 19% de l’électricité aux USA, 16% en russie et 30% au Japon.
    - 60 ans de réserves dans ces conditions, ça veut dire que la moindre perspective de développement est tout simplement in-envisageable. Les réserves fondraient comme neige au soleil.
    - Les prix, c’est l’autre gros problème. Quel sera le coût de cette énergie si demain, quelques pays veulent imiter la France. Quel sera le coût si demain on y intègre le démantèlement des centrales (dont personne ne sait ce qu’il va vraiment coûter), et la gestion des déchets pendant plusieurs millions d’années ????

    Il faut être honnête : pour le moment, nous faisons payer le vrai prix de notre électricité par les générations futures ! Je ne suis pas certain que cette solution soit digne.

    Pour les déchets, Michel Guéritte sera sans doute d’accord avec moi, enfouissement définitif, stockage provisoire sur les lieux de productions, stockage en sub-surface... il n’existe aucune bonne solution. Chacune porte des problèmes, des défauts que tu soulignes justement. Il faut donc choisir la moins mauvaise, celle la moins impactante d’un point de vue sanitaire, celle qui permette une gestion à long et très long terme la plus raisonnable, celle qui puisse permettre à nos enfants et petits enfants de gérer le mieux possible ces déchets que nous allons leur léguer.

    Et là, il faut reconnaître que nous n’avons pas le recul nécessaire pour savoir les conséquences d’un enfouissement pendant des centaines ou des milliers d’années. Notamment en matière de réversibilité de ce type de stockage. Face à cette incertitude majeure, il me semble préférable d’attendre, de laisser la recherche se poursuivre, de ne pas concentrer le danger potentiel, de permettre de réagir face au moindre problème, donc d’éviter les enfouissements définitifs qu’on nous propose

  • Commentaire 32699 Toto
    le 25 juin 2009  à 12:47

    Qu’on ne s’y trompe pas : je ne suis pas pour l’enfouissement... Et pour moi, ce n’est pas la solution miracle... Aussi, un stockage en "sub-surface" doit être préféré à l’enfouissement. Mais laisser dispersés tous ces déchets sur autant de sites de production me paraît plus dangereux que de les concentrer dans des endroits bien précis où ils pourront être mieux surveillés et gérés. La dispersion, c’est autant de personnels qui devront gérer sur des centaines, des milliers, des millions d’années (à moins qu’on ne trouve rapidement LA solution) les déchets... Qu’il y ait un organisme indépendant qui les gère, avec des contrôles indépendants. Que le stockage puisse être évolutif (à la différence de nos centrales ...). Soit, si les FAVL deviennent inertes au bout de quelques dizaines d’années, elles peuvent rester sur place, mais pour les autres ? Il n’y a pas que FAVL !!!

    Le combat anti-nucléaire, je connais. Je me souviens de CHOOZ, avec les "anti" qui passaient au début pour des babas-cool, avec le vieux cliché du combi wolkwager et de l’autocollant "nucléaire non merci", un militantisme tout droit hérité de l’Allemagne. Ils n’étaient pas pris au sérieux, quelques empêcheurs de tourner en rond... En Allemagne, on s’est engagé dans la "sortie du nucléaire" et on a pris de l’avance sur les énergies renouvelables... En France, on va toujours dans le mauvais sens !!!

  • repondre Répondre



  • Commentaire 32975 un troyen
    le 9 juillet 2009  à 10:18

    la presse locale n’a aucune objectivité sur le nucléaire, la preuve que vous apportez est cinglante : ils détournent d’autres articles pour faire l’apologie de cette industrie : c’est une honte !!!!

    repondre Répondre



  • Commentaire 37492
    le 28 janvier 2010  à 13:52

    Le livre : "je suis décontamineur dans le nucléaire" vous raconte ces nomades, ces travailleurs invisibles. Un témoignage authentique et poignant sur ce monde décrié mais méconnu de tous. Pour plus d’oinfos visiter le site dédié : ledecontamineur.com

    repondre Répondre



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