Des millénaires d’illusions, tant de croyances fabriquées et tant d’affreux conflits inutiles, enfin effacés de notre mental profond. Les grandes surfaces sont notre paradis à portée de regard et de porte-monnaie ! Entrée gratuite pour tous, chômeurs, exténués ou milliardaires. Quand on pense qu’un P.L. ( Poids Lourd ) de notre vie politique locale a osé critiquer ouvertement la miraculeuse probable extension du nombre des grandes surfaces dans notre département ! Les grandes surfaces et TF 1 sont les deux mamelles de la démocratie consommatrice.
Con-sommons à fond les caisses. Fermons la cathédrale, parkingeons son immaculé parvis, fermons la Médiathèque, le Centre Culturel, le bassin de la Préfecture, les églises, l’Estac, le Dix de Cœur, les mosquées, la Fontaine Argence, les Musées ( di Marco compris ), les lyssées et les librèries ( ortografe bac 2008 ), les caisses d‘épargnés, et tous ces lieux coûteux, frustrants et frustrés de culture dépassée.
Le bonheur est en grandissante surface. Ceinturons la ville d’une seule immense grande surface, quartiers Leclerk, Kasino, Killer Price, bref tous les beaux quartiers de la Cité Radieuse. Et quelle joie de déambuler enfin dans ces allées illuminées, d’observer les innombrables richesses de la modernité, les trésors d’objets éducatifs venus du monde entier. Se rincer l’œil de produits sublimes, des kilomètres durant, quelle merveille humanitaire, quelle gratuité contemplative, quelle générosité consommatrice. Boycottons tous les laborieux petits commerçants, honteux résidus d’un passé intra-colonial. Chassons de nos cités ces paysans hirsutes qui tentent de nous fourguer directement des produits non emballés, affreusement naturels, très mal traités, et qui sentent encore le terroir et la basse cour !
Dans les grandes surfaces, que de la bonne hygiène, de la belle musique à emplir l’âme, et de la vraie chimie. Du superbonmarché à primes, de l’obésité heureuse, de l’indispensable « en veux-tu, en voilà plein le cabas ». Et en solde des cartes de réduction de retraite, d’immenses rangées à fantasmes : petites culottes à n’en plus finir, ou boites de haricots verts, ça dépend des perversions.
A ce soir, mon cœur, à 19h32, devant le rayon des AAAA. Allée ? Bloc ? Quartier ? Quartier des grands déserts...









