En allant boire mon petit noir au comptoir d’un café, ce dimanche matin, pestant contre les terrasses qui offrent des parasols chauffants à gaz, et ouvrant mon journal préféré, je suis resté en arrêt sur un article : « La liste des Verts sur la bonne voie ».
J’ai connu les débuts des partis écologiques et en particulier celui des verts. Je me souviens, ceux qui menaient la danse avaient été les responsables de mouvements étudiants d’inspiration Trotskiste. Leur engagement paraissait sans doute honnête mais aussi opportuniste. Une fenêtre nouvelle s’ouvrait à eux, une fenêtre plus respectable car moins attachée au soviétisme qui ternissait leur image. Ils avaient à l’époque emporté quelques sièges aux régionales et n’avaient ensuite guère fait de bruit. Tout en étant Vert, ils se déclaraient franchement de gauche, ce qui fit émerger quelques groupuscules d’écologistes de droite.
J’ai l’impression que les schémas de pensée n’ont guère évolué dans l’esprit d’un grand nombre de Verts et en particuliers des Verts qui vont mener leur liste indépendante. Qu’il la mène ne me gène pas, c’est la démocratie. Qu’ils la mène à la suite d’un désaccord avec le P.S. et surtout à cause d’un refus de suivre deux des leurs qui se sont de fait « exclus du mouvement » parce qu’il ont rejoint « un homme de droite » me paraît ahurissant. Les deux écologistes « auto-exclus » se seraient-ils donc laissé tromper par un quelconque envoûtement lancé par le nouveau gourou du MoDem troyen ? Leur engagement dans l’élaboration du programme « Troyes 2008 », n’est-il que l’effet d’une « mode » et d’une « récupération d’idées » ? C’est encore plus ahurissant.
Faudrait-il être « Vert » pour être véritablement écologiste ? Qu’est-ce qu’être un véritable écologiste ? Je pense avoir une âme d’écologiste mais je ne suis jamais entré dans un quelconque parti ; je n’ai pas attendu la vague verte qui fut à la mode à ses débuts pour l’être ; sans doute une tradition familiale, le poids du père doit sans doute beaucoup compter dans ma philosophie. Les deux écologistes de "Troyes 2008" en ont-ils perdu leur âme ? Bien sûr que non, il existe des points de désaccord entre Philippe Beury et Pascal Houplon, et en particulier sur le problème de la route et de l’autoroute. Mais il me semble que le P.S. soit aussi pour l’autoroute, non ? Ou alors ils ont changé d’avis récemment… Pourtant, les « Verts » envisagent un rassemblement de leur liste avec celle du P.S. ! Alors ne retenons comme raison la seule qui semble heurter les « Verts » : Philippe Beury est de droite. Les deux âmes perdues ont su faire le pas, et aux idéologies bornées, ils ont préféré le réalisme et la participation. Faire progresser leurs idées par la participation au pouvoir, par un réformisme bien réel, n’est-ce pas préférable que rester positionné dans une situation d’opposition et dans une dynamique de l’échec, surtout qu’une chance leur est donnée de réaliser un grand pari ?
Oui, les Verts sont bien dans une dynamique de l’échec. Ils préfèrent s’arrêter à quelques aspects de désaccord, à quelques points négatifs plutôt que de regarder ce qui pourrait être positif. Pratiquer « l’exclusion », « l’exclusion de fait », quel bel arrangement pour ne pas à avoir à la prononcer. Non, ce n’est pas ainsi que je vois l’écologie ; elle ne devrait pas être pour moi à ce point sectaire et politicienne ! Et alors on pense stratégie, négociation. Comment, si à la base on espère faire un peu plus de 10 %, peut-on se montrer aussi exigeant ? Un tel pourcentage est-il d’ailleurs réaliste ? Et la stratégie est de faire alliance avec la gauche, voire associer à celle-ci la liste « Troyes 2008 », mais à condition que ce ne soit pas Philippe Beury qui mène le rassemblement. Nous sommes encore dans une vision de politique politicienne, d’une pensée manichéenne du monde politique ; d’un côté les bons, de l’autre les mauvais ; d’un côté la gauche, de l’autre la droite. Les Verts sont encore dans l’ornière.
L’argument phare mis en exergue ce dimanche : « Le bus gratuit ». Il est réitéré dans l’édition de lundi, avec, en première page l’annonce d’une véritable "Révolution écologique" : le redécoupage des quartiers !
Le bus gratuit : une telle mesure est chiffrée à 1,2 millions. Comment la financer ? Pour moitié avec l’arrêt de certaines aides à l’Estac, mais lesquelles ? Pour l’autre moitié, par des économies de fonctionnement de la mairie ; là encore lesquelles ? La suppression des seules dépenses « somptuaires » y suffirait-elle ? Est-ce à dire que l’on va rogner de façon intense dans les services, des services publics, il faut le rappeler ? N’est-ce pas cependant contradictoire avec le rédéploiement des services de la ville dans les quartiers où seraient créées des mairies annexes ? J’aimerai qu’on me démontre et que l’on me convainque que ce découpage serait une "Révolution écologiste". De plus, il faudrait au total 6 mairies annexes en plus de l’Hôtel de Ville. Oui, l’idée est intéressante, mais n’est-elle pas contradictoire avec la volonté de vouloir faire des économies dans le budget de fonctionnement ?
Le résultat attendu du projet "bus gratuit" est de faire assurer en 18 mois à la TCAT 20 % des trajets dans l’agglomération (contre 6 %) actuellement. Est-ce vraiment réaliste ? Aura-t-on pour autant supprimé les bouchons et la pollution ? La loi des chiffres et des pourcentages ! Que veulent-ils dire de fait ? Pourquoi 20 % ? Pourquoi pas 25 ou 30 % ? A-t-on mesuré le réel impact de ce chiffre sur la circulation ?
Pour une liste qui joue l’exclusion et pense atteindre les 10 % , une telle annonce, le bus gratuit, paraît bien démagogique, car il est certain que ce projet ne verra jamais le jour avec les résultats qu’ils auront obtenu, à moins que le P.S. ne « récupère » cette idée pour des raisons autrement idéologiques. Elle apparaît donc comme un effet d’annonce, un de ceux qui cherchent à attirer le maximum de voix pour peser plus lourd dans la balance lors des choix de fusion. Cette mesure est aussi fort éloignée de la responsabilisation des citoyens, qui est pourtant l’un des grands principes des écologistes historiques, une responsabilisation doit les ancrer dans une démarche volontaire et non encore et toujours assistée, une assistance qui mène à l’échec les meilleures idées et les meilleures volontés. Zut, on va bientôt m’accuser d’être de droite !!!
Par ailleurs, ce n’est pas avec cette "formidable idée" de redécoupage de la ville que les Verts vont mobiliser les électeurs... Quelle est leur politique de la ville de façon globale ? Car faire sa publicité sur ces deux "projets phares", ce n’est pas pour moi une vision globale...






