Cette semaine nos élus ont visité le centre de tri de Chazelle, à la Chapelle-Saint-Luc. A l’initiative de Marc Bret, ils ont regardé passé les papiers, les emballages, les plastiques et scruté avec attention nos poubelles. Drôle d’idée... mais bonne idée pour qu’enfin les conseillers municipaux prennent conscience des enjeux de ce sujet. Car Troyes dans le domaine du tri est une bien mauvaise élève. Il y a quelques semaines, Marc Bret reconnaissait que les apports volontaires (verre et papier) et la collecte en porte à porte (la poubelle jaune) avaient respectivement baissé de 7 et 20%.
Hélas, ils n’étaient qu’une petite poignée à se rendre sur la plate-forme de tri. Moins d’une dizaine de conseillers municipaux à s’intéresser et à vouloir mieux comprendre la question du tri. C’est peu. C’est même très peu face aux enjeux des déchets.
Il faut pourtant reconnaître les efforts du nouvel adjoint au développement durable qui, bien plus que ses prédécesseurs, prend sérieusement ces questions en compte et tente d’apporter quelques réponses. Seront-elles suffisantes ?
Le refus de ramasser les poubelles mal triés [1] va-t-il améliorer le tri ? Cette mesure ne risque-t-elle pas de dissuader un peu plus ceux qui font, maladroitement parfois, des efforts ?
Quid des conteneurs semi-enterrés ? La ville avait évoqué cette solution en Centre-Ville pour, nous disait-on, tenter d’améliorer le tri. Aujourd’hui, ce projet semble passé aux oubliettes. Mais était-il efficace ? L’installation dans le centre ville de quelques bornes semi-enterrés pouvait-elle suffire à sensibiliser les troyens au tri ?
Et les confettis alors ?
L’article de Libération-Champagne évoque également le tri des papiers. Les points d’apport volontaire, consacrés aux j.r.m (journaux, revues, magazines) peuvent, nous explique-t-on, parfaitement accueillir le papier. Seule condition : qu’il fasse au moins 10 centimètres. Et pourtant, là encore, la collecte est particulièrement mauvaise. L’explication, sidérante, est l’occasion d’une belle perle : « En fait, s’il y a peu de papier, c’est que la plupart des habitants déchirent ou broient leurs documents personnels. » Autrement dit, si les troyens sont de mauvais élève du tri, c’est parce que, pendant les longues soirées d’hiver, ils déchiquettent, découpent, déchirent, broient... bref, ils fabriquent des confettis avec leurs vieux papiers ! Et comme, les troyens s’ennuient fermement, ils poussent le plaisir à découper ces papiers en petits morceaux de moins de 10cm !
Est-ce bien sérieux ? Peut-on expliquer les faibles collectes de papier parce que les troyens jouent à faire des confettis ? Bien évidemment non. Ce n’est là qu’un argument pour les benêts. Pire encore, une façon de dire qu’on ne peut rien faire, que tout ça c’est la faute aux Troyens...
En réalité, pour répondre sérieusement à cette question du tri, il faut considérer l’ensemble de la problématique des déchets : depuis l’amont (nos modes de consommation), jusqu’à l’aval (dans le geste du tri). Il faut alors s’imposer un double objectif : celui réduire le volume des déchets collectés et celui d’augmenter la quantité de déchets valorisés. Le but n’est pas de faire plaisir à quelques écologistes comme moi. Il s’agit bien, par cette politique de dégager de nouvelles ressources et d’améliorer la vie quotidienne et matérielle de chacun. Car moins de déchets, c’est plus de temps, c’est plus d’argent à consacrer aux autres activités de notre vie. C’est accessoirement, mieux respecter notre planète et permettre d’améliorer notre cadre de vie. Bref, c’est bel et bien offrir un vrai modèle de développement durable.
Le refus de ramasser les poubelles mal triées est-il alors un moyen pour atteindre ce but ? La mise en place de bornes semi-enterrés permettra-t-il d’agir sur nos modes de consommation et de nous sensibiliser au tri ? Ce n’est pas certain.
Reprenons l’exemple du papier. Dire que les troyens aiment les confettis ne résoudra rien. C’est en amont et en aval qu’il faut agir.
Il s’agit d’abord de réduire notre consommation de papier. Par exemple en dématérialisant l’information dans les administrations, ou encore en diffusant des autocollants « stop-pub » aux particuliers.
Il s’agit ensuite d’améliorer la collecte et la valorisation du papier. En systématisant le ramassage du papier dans les administrations (la ville de Troyes l’a entrepris) ou en imaginant une collecte du papier en porte-à-porte, avec en contre-partie la suppression d’une collecte traditionnelle.
Forcé de constater que si la ville agit (et c’est déjà une bonne chose), elle n’agit que sur l’aval. Elle n’agit que par des mesures dont l’efficacité peut paraître discutable. Marc Bret a sans doute fait franchir à notre ville un premier pas. Mais le chemin est encore long pour bâtir une politique des déchets cohérente et efficace.
[1] les sacs et poubelles jaunes incorrectement triés ne seraient plus ramassés dans quelques semaines, les ripeurs (éboueurs) colleront dessus un autocollant invitant le foyer à appeler la ville afin qu’un responsable puisse venir retrier la poubelle en question avec la famille pour éviter de nouvelles erreurs









