Xavier Darcos va proposer une Nième réforme du système scolaire mais j’ai le sentiment qu’une fois de plus, on sera à côté du problème : Se recentrer sur les apprentissages fondamentaux ne sera possible que lorsque les élèves auront réellement leurs trente-cinq semaines de classe. L’an dernier, et tous motifs confondus ( absence d’un prof, journée de formation, sortie, cinéma, conseil de discipline...), il a manqué à mon fils de quatrième quatre-vingt onze heures de cours ! c’est à dire plus de trois semaines. Compte tenu que les cours se sont arrêtés dix jours plus tôt que prévu à cause du brevet des collèges (que les quatrièmes ne passent pas) ce sont au total cinq semaines qui ont disparu de l’emploi du temps des élèves ! cinq semaines sur trente cinq, c’est quinze pour cent de travail en moins ; à titre indicatif le livre d’anglais comportait huit chapîtres, seuls quatre chapîtres ont été étudiés.... et on s’étonne que le niveau baisse !
L’extra scolaire prend le pas sur l’enseignement
Trop d’activité "extra-scolaires" ont envahi l’éducation nationnale, la cible privilégiée étant le collège.
Dans notre établissement l’an passé quatre gros voyages ont été proposés aux élèves : pour les sixièmes une classe de neige qui n’avait de classe que le nom vu que c’était ski non-stop toute la journée, (il est révolu le temps où on faisait réellement classe le matin et neige l’après-midi), autour des trois cents euros par enfant. Pour tous les élèves latinistes, un voyage en Italie de cinq jours ( dont deux fois vingt-deux heures de car ) pour presque quatre cents euros, pour certains autres une semaine en Autriche car une collègue en avait envie depuis très longtemps mais n’avait jamais pu l’organiser, et pour les germanistes le jumelage avec l’Allemagne, seul voyage qui justifie l’appellation « voyage pédagogique », et qui existe depuis de nombreuses années. C’est aussi le seul qui ait un coût raisonnable car les élèves logent chez leur correspondant. Alors que l’on ne me dise plus que l’école est gratuite car les voyages en question représentent un trou considérable dans le budget des familles et les seuls qui bénéficient de la gratuité ce sont les profs !!! Vous croyez qu’ils partiraient s’ils devaient payer leur part ? De plus ils partent sur leur temps de travail, pendant lequel ils sont théoriquement payés pour assurer leurs cours ! Vous croyez qu’ils partiraient si c’était pendant les vacances scolaires ?
De l’utilité réelle des voyages de classe
Cette année il est question de la Hollande ; quel est le rapport avec le programme scolaire du collège ? Aucun, comme pour les autres voyages, mais on trouvera bien un prétexte ! Dans un autre collège du département les latinistes sont bien allés en Grèce ! Dans un autre l’association sportive propose le Canada tous les deux ans, dans un autre encore, c’est un jumelage avec le Portugal ! Et c’est quand même à propos de ce voyage que le comble a été atteint : quelque soit le voyage et quelque soit l’établissement, de nombreuses familles ont du mal à payer les factures. Mais les parents choisissent d’offrir ces cadeaux énormes à leurs enfants quand même, parce que c’est malgré tout moins cher que par une agence de voyage, ou parce que ce sera peut-être la seule occasion de leur vie, ou parce que les enfants font du forcing en disant que toute la classe y va …. Bref : ils choisissent de partir mais les finances ne suivent pas ! Donc les collèges se voient contraints d’organiser différentes actions destinées à récolter de l’argent : et on a pu voir, aux caisses de notre hypermarché, des élèves du collège voisin mendier tout simplement. Ils avaient tous un tee-shirt imprimé au nom du collège, certains nous proposaient de mettre nos courses dans les sacs moyennant une pièce, d’autres arpentaient la galerie marchande avec une boite à chaussures déguisée en urne pour récolter nos dons pour leur voyage !!! c’est donc çela que l’on apprend dans ce collège ! Aller tendre la main pour s’offrir des vacances !La conclusion tordue que j’en tire c’est que « l’école obligatoire et gratuite » ce n’est pas motivant mais « les voyages facultatifs et très chers » on est prêt à tout pour y aller !
Le secteur tourisme a envahi l’école.
C’est aussi un secteur où l’éducation nationale a complètement dérapé : à l’origine chaque classe faisait une sortie de fin d’année à orientation pédagogique, style : palais de la découverte ou bien musée plus pièce de théâtre, cela permettait de terminer l’année scolaire par un activité culturelle, dans une ambiance détendue, et surtout après dix mois de travail soutenu. Mais petit à petit le secteur du tourisme a envahi l’école ; les centres de vacances ont commencé à démarcher les écoles pour rentabiliser leurs entreprises en dehors des vacances scolaires car hors saison il n’y a que les retraités qui partent en vacances. Ils proposaient astucieusement des activités en relation avec les programmes scolaires, des visites d’artisans, la découverte de la faune et de la flore de leur montagne ou de leur littoral, de très nombreuses activités sportives (avec location de matériel et cours assurés par le moniteur )…. Puis les transporteurs ont suivi le mouvement ; sociétés d’autocars et SNCF ont à leur tour conçus des semaines clé-en-main-tu-t’occupes-de-rien, mais bien entendu de plus en plus loin car leur intérêt à eux c’est de facturer le plus de trajet possible ! Et je ne vous raconte pas le prix quand il faut garder le chauffeur sur place car il y a des visites loin chaque jour … Bref ; l’éducation nationale est devenue la cible favorite des professionnels du tourisme et depuis que les langues vivantes sont entrées à l’école primaire les instituteurs emmènent même des petits mouflets de huit-dix ans en Angleterre !
Du voyage scolaire au business d’entreprise
Nos casiers en salle des profs sont submergés de courriers publicitaires, il existe de surcroît des sociétés qui s’occupent gentiment de nous proposer du business pour récolter les fonds : on nous propose de faire vendre par les élèves des cartes de vœux, des calendriers, des petits gadgets, porte-clés, peluches ramasse-poussières, et autres billets de tombola à gratter où tu ne gagnes jamais ! On les fait vendre un certains prix par les enfants et on en reverse la moitié à la société ! Le bénéfice réalisé est soit versé dans la caisse commune soit reversé à chaque enfant en fonction de ses ventes personnelles. Et on appelle ça de L’EDUCATION !!!!Re-conclusion : Au collège on n’apprend pas à travailler pour avoir un métier qui nous permettra de gagner notre vie et éventuellement s’offrir des vacances, on apprend à mendier et à vendre des petites conneries au porte à porte pour pouvoir se payer des voyages pendant le temps de travail ! Complètement pervers ce système !
La dernière nouveauté que j’ai relevée vient d’un organisme qui propose, aux parents cette fois, la formule "cartable à la neige" dont le slogan est "pouvoir partir HORS vacances scolaires avec les enfants sans qu’ils perdent leur niveau scolaire. c’est idéal côté budget et tranquillité" ! alors que l’on ne se plaigne pas que le niveau baisse si au lieu de faire classe on part en ballade ! avant de faire des réformes, il faudrait commencer par faire cours, tout simplement.










