Le jardinier des pierres a le cœur trop loin. Il ne remue plus jamais ses pierres. Elles sont pour lui si précieuses, si douces. Elles pleurent parfois des larmes de silence, minces cailloux blancs qui peuplent la terre, et disent aux plaines et aux forêts, qu’un jour, il fut méchant pour elles. Il n’y a plus que les pierres, car les bêtes ont disparu depuis longtemps, l’air, la terre et l’eau étaient devenus trop sales. Elles ont laissé par pitié toute la place aux hommes. Ils ont fait au pire, et ignoré la menace.
Mais le jardinier des pierres n’abandonne pas ses pierres, il les protège d’un amour éternel, et les caresse par les grandes et lourdes chaleurs. Il leur parle un langage d’univers, où un mot seul dure plus longtemps qu’une vie d’homme, et son regard vagabonde, « on ne sait jamais » dit-il. Une seule pierre lui manque, celle qu’il ne voit plus, qui se cache dans ses rêves, et dont il a la nostalgie. « Il est trop loin de moi » dit sa pierre d’enfance, du fond de leur mémoire.
Le jardinier des pierres a jeté son argent dans les poubelles des banques, mais toutes, elles débordaient… Il a levé les yeux vers le haut, mais dans nos pays, il n’y a plus de ciel. On l’a fait disparaître pour que l’humain ne porte plus remède à sa vie.
Certains ont tenté de se révolter, ils ont fort crié, et, sous les sombres abris, se sont battus parfois dans la mort…
Mais les femmes ont tout supporté, même le très grand silence. Longtemps, elles se sont regardées, longtemps, et même davantage. Et il y a peu, une petite fille est née. Ses yeux sont étrangement clairs, sa peau fine comme le vent. Elle est la première femme bleue. On la regarde, et on l’écoute. Elle veut des choses vraies, des choses d’âme, de terre, de ciel et de vie. Elle a parlé au jardinier des pierres. Et tous les deux, ils ont commencé.









