Le lundi 2 novembre, à l’initiative du ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale , un débat sur l’identité nationale était lancé sur l’ensemble de notre territoire.
Ce lundi 21 décembre, près de deux mois plus tard, une enquête de l’institut CSA nous indique qu’un Français sur deux estime qu’il faut arrêter ou suspendre le débat sur l’identité nationale.
Quant aux Élus, et ils sont très nombreux, qu’ils soient de gauche, du centre ou de la droite républicaine, ces Élus expriment aujourd’hui leur gêne, leur prise de distance, voire leur opposition ferme à ce prétendu débat dont les relents nauséabonds rappellent une période de notre Histoire dont la France n’est pas particulièrement fière.
Ce débat était-il nécessaire ?
Qu’est-ce qui, en France, justifiait un débat à ce point « décalé » que tous nos voisins européens s’interrogent sur cette opération imaginée au sein d’un Ministère français créé il y a deux ans et dont l’intitulé inique, en associant les termes d’« immigration » et d’« identité nationale », voudrait souligner que le problème français serait là ?

- Liberté-Egalité-Fraternité
Est-ce de l’inconscience et a-t-on suffisamment mesuré les risques de tensions qu’un tel débat allait faire naître entre les différentes communautés de France ?
Proposer un débat public, c’est d’abord poser une problématique, échanger pour apporter des propositions de réponse à cette problématique, puis éventuellement proposer une loi. Mais sur quoi voudrait-on légiférer ?
La conclusion de ce débat est-elle, comme l’envisagent le Front national, le Mouvement pour la France et certains élus de la majorité, un projet de loi sur l’interdiction du port de la burqua sur notre territoire ? Ou bien quoi ?
Aujourd’hui, le malaise grandit d’autant plus que l’espace d’expression qui a été ouvert a permis l’émergence de propos racistes dans les médias, dans les Préfectures, et même sur le site du Ministère..
Mais comment ne pas comprendre que les dérapages verbaux de certains élus ou ministres cautionnent et contribuent à libérer une expression raciste jusque là contenue. Les hommes et femmes politiques concernés ont-ils conscience de leur responsabilité à venir dans une toujours possible remontée des idéologies de l’exclusion ?
Au sein de nombreuses associations, dans de nombreuses familles, dans notre Ecole de la république, ceux qui sont chargés d’éducation s’emploient au quotidien à créer la cohésion, à marteler auprès des jeunes les valeurs de la République que sont la liberté , l’égalité et la fraternité. Chaque jour, ils s’appliquent à faire vivre les règles du respect et du vivre ensemble. Et pourtant …
Dans notre pays, jusque là considéré comme une terre d’accueil et comme le pays des droits de l’homme, le principe de liberté, d’égalité, de fraternité et d’humanisme est en perte de vitesse. C’est cela qui fragilise notre nation ! Mais l’intégration des populations accueillies sur notre sol passe aussi et surtout, avant un débat sur l’identité nationale, par des politiques de logement, de travail et d’éducation qui visent à une mixité réussie.
La France revendique à juste titre son statut de nation laïque. Elle a fait le choix par le passé, pour protéger le mieux vivre ensemble, de légiférer pour renvoyer la pratique religieuse dans l’espace privé. Car c’est effectivement LA condition du Bien Vivre ensemble dans le respect de l’autre et de ses convictions profondes.
Alors il ne faudrait pas que, pour masquer les carences ou les insuffisances de nos politiques de cohésion sociale, des esprits trop enclins à faire émerger leurs idées d’exclusion se saisissent de l’occasion pour détourner un débat qui pourrait se terminer par la mise en accusation d’une religion ou d’une autre.
Les mots d’ « identité nationale » nous renvoient trop facilement à une histoire dont on aimerait s’affranchir. En accolant ces mots-là à un Ministère, on n’a fait que faire ressurgir de vieux démons ! La création de ce ministère était en soi déjà risquée. Lui confier l’organisation d’un tel débat, c’était valider le fait que la nation veut définir et encadrer une référence identitaire.
Les Français, pas dupes, y voient dans leur grande majorité (72%) une stratégie électorale avant les prochaines élections régionales. La fin justifie-t-elle les moyens, comme le suggérait Machiavel ?
Je dis aujourd’hui que ce débat est dangereux pour les relents de xénophobie, de racisme qui polluent les échanges
inacceptable parce que des échanges racistes se déroulent dans les arènes des Préfectures sous la houlette de représentants de l’Etat. Des échanges racistes cautionnés par la présence des Préfets alors que de tels propos sont normalement sanctionnés par la loi.
antidémocratique , car toutes les communautés ne sont pas représentées dans les débats, quand Islam et immigration sont les thèmes « préférés » dans les salles de débat. contraire au droit à la liberté de penser, car on ne peut pas construire notre identité nationale contre l’islam
inutile car notre identité se forge à travers les seules valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité dépourvu de sens car l’identité nationale est un concept évolutif. Il ne peut y avoir de notion figée de l’identité nationale qui doit s’enrichir au fur et à mesure des apports culturels divers et nombreux acquis au fil de l’Histoire. contraire à nos valeurs dans notre pays de France , terre d’accueil et pays des droits de l’homme.
manipulateur , car à deux mois des élections régionales, le débat pollue l’espace de parole qui devrait être consacré à une réflexion locale des citoyens sur le « comment je veux vivre dans ma région ».
honteux pour tous les Français qui sont montrés du doigt en Europe.
destructeur de lien social et du vivre ensemble entre les différentes communautés de notre pays.
La diversité des cultures en France, c’est aujourd’hui ce qui nous réunit parce que c’est ce qui nous rend, tous ensemble, riches de nos différences.
C’est en enseignant la richesse de la diversité à l’école, en conduisant des politiques plus justes et plus équitables et en proposant une vraie politique d’égalité des chances que nous conduirons tous nos concitoyens à la fierté d’être Français.
Ce n’est pas le débat sur l’identité nationale qui pourra y parvenir !
Et l’on nous dit qu’il continuera bien après les régionales, jusque fin 2010 !!!!
Qui peut aujourd’hui croire que la paix sociale sortira renforcée de ce débat là ?
Marie GRAFTEAUX PAILLARD










