Pour la troisième fois consécutive, la gauche vient de perdre l’élection présidentielle. Et mis à part la victoire de Jospin en 1997, la gauche a échoué à toutes les élections nationales depuis 1988. Les succès des élections régionales et européennes de 2004 ont fait illusion. En réalité, il s’agissait davantage d’un vote de rejet plutôt que d’un vote d’adhésion.
Une partie de la Gauche s’est bercée d’illusion de ces fausses victoires et du Non au référendum de 2005 ; croyant qu’elle avait enfin renoué avec les catégories populaires... En vérité, en agitant l’angoisse de la mondialisation, la peur des délocalisations, la crainte d’une Europe élargie, la Gauche a fait le lit du conservatisme et du protectionnisme. Sarkozy, n’avait plus qu’à endosser la figure protectrice et paternaliste, faite, presque pour lui...
Le bon score de Ségolène Royal le 22 avril n’aura été que le chant du cygne, le crépuscule d’une gauche idéologiquement éclatée, une victoire à la Pyrrhus, tant les alliés traditionnels du PS étaient affaiblis. Au fond, Ségolène n’a du sa présence au second tour qu’à l’immense crainte des électeurs, de voir encore une fois, le second tour confisqué par le Front National.
Il n’y a à gauche, plus d’envie, plus de désir de travailler ensemble. Il n’y plus de cohérence, plus de projet commun. A Sainte-Savine, lors du dernier meeting de soutien à Ségolène Royal, les spectateurs auront constaté à quel point sont nombreuses les lignes de fracture qui déchirent la gauche. 10 interventions et presque autant de déchirures entre les uns et les autres. Que reste-t-il de commun entre un communiste anti-libérale et un radical qui revendique la social-démocratie et sa proximité avec Bayrou ? Comment peuvent s’entendre un chevénentiste europhobe et un écologiste europhile ?
Mais ce chant du cygne marque peut-être, le renouveau de la Gauche française et le début de son aggiornamento. Le PS ne peut plus gagner seul. De nouvelles alliances sont pour lui nécessaires notamment avec les écologistes et les centristes. Mais pour opérer cette révolution, le parti socialiste devra accepter de tourner la page d’Epinay et devenir le grand parti de la social-démocratie. Le Mouvement Démocrate de Bayrou devra également rompre clairement avec la droite. L’inertie est cependant forte. Localement, la vieille garde socialiste fera tout pour freiner ses évolutions. Au centre, Sebeyran et Deroin ont, avant même les résultats du second tour, rallié la droite. A cet égard, l’UDF ressemble encore à une vieille bagnole qui tire à droite malgré les efforts du chauffeur pour braquer à gauche...
Bien plus que ces combinaisons, cette nouvelle alliance devra bâtir un nouveau projet politique : Un projet qui accepte enfin l’économie de marché, sans se résigner à inventer de nouvelles règles pour ce marché ; un projet qui mette en son coeur la construction d’une Europe politique ; un projet qui fasse de l’écologie une priorité absolue.
Royal, Bayrou, Kouchner ou Cohn Bendit ont déjà semé les graines de ce projet. A chacun maintenant d’assurer une belle récolte dans les semaines et les mois prochains.









