Sous le pseudo de Robert le Héros, un de nos lecteurs nous fait parvenir cet article de synthèse sur la situation du parc régional naturel de la forêt d’Orient.
Il permet aux néophytes (dont je suis) de mieux comprendre la situation, les enjeux et jeux de pouvoir qui se créent ici…
Il permet de mieux comprendre l’article de Léo du 16 mai 2006, Ca chauffe entre Adnot et Bachy et celui d’Ulysse du 10 janvier dernier Le conseil général de L’Aube est-il impliqué dans la gestion du parc de la foret d’orient ?
Ces deux articles avaient provoqué beaucoup de commentaires… Le débat continue sur auboisementcorrect !
Au commencement, étaient les Lacs...
1966, le début de l’aventure...
Tout a commencé en 1966. Un lac, 2500 ha d’eau, une Seine à dompter, pour ne plus que Paris se trouve les pieds dans l’eau... Je ne m’étends pas sur le bien fondé des Lacs.
Au même moment ou presque, colloque de Lurs-en-Provence, la DATAR (délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, actuelle DIACT) propose un nouveau modèle dans les concepts de l’aménagement du territoire. Des territoires ruraux habités en déprime, ou des zones périurbaines, doivent prendre leur développement en main, sur la base d’un patrimoine naturel et culturel exceptionnel. (Fédération des parcs naturels régionaux)
Les Parcs naturels régionaux sont nés, le Général de Gaulle donne leur premier souffle par un décret le 1er mars 1967.
1970 : l’État expérimente son nouveau concept autour du Lac d’Orient.
Une agglomération à proximité, un lac au potentiel touristique incomparable pour l’Aube d’alors, un patrimoine naturel qui n’a pas à pâlir face aux autres Parcs récemment créés... tout ceci fait que 36 communes signent la Charte fondatrice du Parc.
Bien sûr, même s’il est un Parc naturel régional, la région n’existe pas encore comme collectivité territoriale. Ainsi, c’est une régie départementale qui prend le territoire en gestion. Les financeurs sont donc naturellement : l’état, le département, les communes. Le département y joue un rôle financier majeur. Le SIVOMAT (la future CAT) rejoindra ce trio quelques années plus tard et aura le titre de « Ville porte ».
Pendant cette période, PLOUF ! Le port de Mesnil-Saint-Père sort de terre... ou de l’eau...
1974 : la maison du Parc
La maison du parc est construite (et n’a pas bougé depuis lors) et les quelques techniciens de l’équipe de l’époque migrent au fond de la forêt.
La même année, une petite révolution se produit : la Régie départementale devient un Syndicat mixte. Ceci implique simplement que la structure de gestion du Parc est désormais une collectivité territoriale à part entière, juridiquement indépendante de toute autre collectivité. Elle élit les membres de son Comité Syndical, de son bureau Syndical, elle prend ses propres délibérations, elle vote ses propres budgets. Mais elle ne lève pas l’impôt. Et c’est peut être là sa faiblesse. Le Syndicat mixte, le Parc a donc besoin des cotisations statutaires de ses membres pour fonctionner. Et bien sur, comme il émane du département, c’est logiquement lui qui demeure le plus grand contributeur.
Le temps de l’ouverture ?
Durant cette période, la région entre au Comité Syndical… mais comme simple observatrice. C’est en 1982 avec les lois de décentralisation que son statut change. Elle est désormais statutairement membre de la structure de gestion du Parc. Et très gentiment, le département lui fait une petite place à la table des décisions et accepte sa modeste contribution financière. Il ne faudrait pas non plus que cette jeunette se prévale de revendications injustifiées !!!
1990 : mise en eau des Lacs Temple et Amance.
Les années passent, les lois évoluent (voir infra loi Paysages). Les Parcs sont alors dans l’obligation de revoir leur copie tous les 10 ans. C’est fait, le Parc présente sa Charte révisée et la fait approuver en 1996.
A cette période, le Comité Syndical est composé comme suit :
16 représentants du Conseil général (pour 4 cantons concernés, + des bribes de 3 autres...)
8 représentants du Conseil régional
8 représentants des Communes (pour 50 communes)
5 représentants de la CAT.
L’État (Préfet, Sous-préfet) est représenté mais ne prend pas part aux votes.
Signalons simplement que la présence des Conseillers généraux aux Comités Syndicaux (en dehors des 4 cantons du territoire) est... épisodique pour ne pas dire symbolique... Alors que les maires sont systématiquement présents. Au 1er janvier 2007, cette représentation n’a pas varié.
1996 : les grands lacs ?
Cependant, depuis quelques années déjà, la région souffle à tout petit mot la notion des Grands Lacs... Mais à l’époque du Professeur Etienne, à la tête de la Région, on en parle, on en parle, mais on agit peu. La Charte révisée de 1996 faisait pourtant état d’une structure de préfiguration qui devait réfléchir à un Parc des Grands Lacs de Champagne. L’idée se meurt doucement à l’article 3 ! « L’hypothèse d’une extension en direction du nord-est permettant de concevoir un parc naturel régional des grands lacs de la Champagne qui s’étendrait jusqu’au lac du Der ne saurait ainsi être écartée. Un groupe d’étude devra être constitué à cet effet. » Groupe d’étude qui ne vit jamais le jour... Mais en 1996, l’échéance de 2006 paraissait tellement lointaine... « Paris vaut bien une messe » aurait dit le Vert Galant en d’autres temps, en d’autres lieux...
Le temps passe. L’équipe en place s’étoffe peu à peu, et diversifie ses compétences : environnement, patrimoine culturel, développement touristique, développement économique et local, gestion des déchets (transformé depuis en une structure indépendante), gestion des sites littoraux...
Gestion des sites littoraux ? Ah, oui, c’est vrai que lors de l’émancipation de la Régie départementale vers le Syndicat mixte, le service de gestion des bases nautique était dans le panier de la mariée... Ça se passe, avec plus ou moins de bonheur...
2003 : L’heure du renouveau ?
Mais les échéances arrivent, et avec elles, les difficultés…
Hiver 2003, le Comité Syndical décide de solliciter la mise en révision de la Charte du Parc. Délibération reprise et acceptée par la Région.
La Région ? Pourquoi la Région et plus le Département ? Parce que désormais, depuis 1993 et la loi dite « Paysages » (loi 93-101), la révision des Chartes de Parcs est de la compétence des Régions.
C’est donc, la Région Champagne-Ardenne qui a prescrit la révision de la Charte du Parc de la Forêt d’Orient dès les premiers mois de 2004. Jusque là, rien d’inquiétant pour le Département... Il reste encore largement majoritaire au sein du Comité Syndical, il garde le pouvoir.
Seulement, ça commence à bouger sur le terrain. La proposition du Parc à la Région a été dans la droite ligne de l’article 3 de la Charte de 1996 (voir plus haut) et le périmètre d’étude proposé s’étendait jusqu’à toucher les frontières de la Marne et de la Haute-Marne. Il concernait alors l’actuel Parc (53 communes), les cantons de Chavange, de Brienne-le-Chateau, de Soulaines-Dhuys et de Bar-sur-Aube.
La logique qui a alors prévalu était simplement la logique écologique. Le Parc proposait de se prolonger sur le croissant aubois de la Champagne Humide.
Petite inquiétude, le Parc croitrait alors de près de 120% !!!???
Mais pas la peine de s’alerter plus que ça, monsieur le Président du Conseil général a ses troupes en ordre de marche. Et elles marchent en rangs serrés ! Dès la parution du périmètre d’étude, c’est une levée de bouclier de la part de Soulaines. Il n’est pas question de rentrer dans le Parc (de toute façon, une poubelle nucléaire dans un Parc, ça fait mauvais genre...). Et de un !
Chavanges est encore assez silencieux. Quant à Bar-sur-Aube, c’est l’incrédulité qui prévaut plus que l’inquiétude. Quelques réunions d’explications, des discussions au sommet ont conclu alors que Bar-sur-Aube ne serait même pas sollicitée lors de la consultation finale, mais comme Troyes, porterait le statut de « ville porte ». Et de deux !
Chavanges se réveille ensuite, et une unique rencontre publique avec les maires aura suffit à rayer le canton de la carte (était-ce de la concertation de pacotille ?). Et de trois.
M. ADNOT et ses conseillers généraux ont bien œuvré, la division territoriale auboise reste intacte.
En parallèle, depuis Châlons, la Région assiste à ce spectacle et avale des couleuvres. Elle qui espérait enfin aboutir au moins à un Parc des Grands Lacs ... de l’Aube, à défaut de Champagne... Elle ronge son frein.
Grandeur et décadence
Vient le temps de la concertation et de la définition du projet de territoire ; tout le territoire rentre en ébullition. Des groupes de travail se constituent, composés de politiques, de socioprofessionnels, et d’habitants anonymes. Ils font état de leurs ambitions pour ce territoire pendant 4 mois d’échanges intensifs. L’équipe du Parc recueille alors les idées par dizaine et rédige à partir de ce terreau fertile le projet qui guidera le territoire pour 12 ans (depuis juin 2006 et la loi sur les Parcs nationaux et les Parcs naturels régionaux, la durée de vie des Chartes est portée à 12 ans).
Pas de considérations financières pour le moment, c’est l’intérêt du territoire qui occupe tous les esprits de tous localement. (lien web vers http://www.pnr-foret-orient.fr/fr/c... )
Des sous, des voix, de l’influence et des ambitions…
Le projet de Charte est ambitieux et se pose alors la question des moyens de sa mise en œuvre. « Des hommes, des hommes », crie-t-elle... Et oui, pour avoir les moyens de ses ambitions, elle a besoin de compétences nouvelles, mais également de renforcer les équipes en place. C’est alors que la proposition de la Région intervient : parité des sièges au Comité Syndical = parité des financements... soit les 200.000 Euros supplémentaires au budget de fonctionnement dont parle Ulysse dans son article. Du fonctionnement, parce qu’un Parc porte très peu de projets d’investissement, mais anime un territoire avec ses équipes.
Impensable !!! L’assemblée départementale s’indigne, criant à un coup d’état de la Région. « La région veut récupérer la main sur le Parc, après 35 ans de bons et loyaux services de la part du Département » ; « On brade les équipements du Conseil général (les bases nautiques et la Maison des Lacs) » ; et pire que tout… « La Région veut faire de l’ingérence dans les affaires du Département ».
Le Président du Parc, au demeurant Conseiller général, membre de la majorité départementale, se trouve bien seul, assis entre deux chaises, et la tête sur l’enclume (pour ne pas dire sur le billot), parfois lâché par les Conseillers généraux du Parc.
Le Département vient donc de cracher sur une manne de 200.000 Euros par an, qui aurait pu venir compléter les financements du Parc !
Et forcément, des fonds de fonctionnement complémentaire autorisent une équipe technique qui pourrait s’étoffer encore plus.... M. ADNOT considère-t-il ceci comme une menace ? Il veut garder la mainmise sur sa caution environnementale (rappelons qu’il n’y a pas de Taxe départementale sur les espaces naturels sensibles...)
Blocage…
Et là, c’est le drame : situation de blocage total, dans laquelle, d’ailleurs, l’État brille par son silence. Le grand arbitre, garant de l’unité des politiques de développement territorial, fait le dos rond, et les Préfets passent, sans mot dire. La Région et le Département campent chacun sur leurs positions.
Juin 2006. Le projet passe devant les scientifiques et érudits du Ministère de l’écologie et du développement durable (sic.). Nouveau revers : l’avis est cinglant : « projet ambitieux, pour lequel les moyens nécessaires à sa mise en œuvre impliquent un accroissement substantiel de son équipe technique ; charte n’engageant pas les signataires à en respecter ses principes »
Et toujours pas de réaction du département, qui s’enferme dans ses positions. La Région non plus, ne bouge pas d’un pouce. Ayant cédé sur la question des périmètres, elle n’entend pas reculer de nouveau sur la question de la parité. De surcroit, forte d’un nouveau projet de Parc naturel régional dans les Ardennes, il n’est pas envisageable de lâcher ses Parcs en place aux loups.
Et ensuite ?
Un projet ambitieux, pas de moyens complémentaires, une situation de blocage politique...
Il ne reste plus qu’à prendre un canif, et trancher dans le vif du projet pour revenir à une Charte fantôme qui ferait manger leur chapeau aux participants du colloque de Lurs... Et bien sûr, avec le risque que, au final, le ministère tranche définitivement : pas de renouvellement du décret de classement, plus de Parc en Forêt d’Orient... Le risque est grand, et s’approche à pas de géant, mais personne ne semble voir cette menace qui pèse de plus en plus lourd sur les fêles épaules de cette vieille dame de 37 ans maintenant…
Messieurs, élus par le peuple et pour le peuple, voyez-vous l’intérêt commun avant de voir les intérêts particuliers, œuvrez pour la grandeur et le rayonnement du territoire de Champagne humide, du territoire de l’Aube, du territoire de Champagne-Ardenne.















