Après avoir lu l’article de Junon sur le tourisme scolaire, je m’attarde sur les commentaires et lis à propos des enseignants sans affectation « sans affectation et payé quand-même. Ces derniers devraient se rendre à l’assedic ou rechercher un emploi sous peine de perdre cette rémunération au lieu de rester bien au chaud chez eux », « Il faut les employer à nettoyer les cours d’école ». Je me décide donc à vous faire partager quelques minutes de bonheur !
Chers anonymes commentateurs et chers lecteurs, laissez moi vous introduire dans la vie rêvée d’un TZR-Troyes ( c’est lui qui peut se retrouver sans affectation et payé quand-même).
Petite note pour les non-initiés au jargon de l’Education Nationale : un TZR est un remplaçant, très exactement, un Titulaire sur Zone de Remplacement, ce qui signifie qu’il est affecté sur une zone dans laquelle il est amené à effectuer des remplacements de courte, moyenne ou longue durée. L’Aube est découpée est trois zones de remplacement, la plus étendue étant celle de Troyes qui regroupe l’agglomération mais également Aix-en-Othe, Bouilly, Lusigny, Piney, Ervy-le-Chatel, Chaource, Bar-sur-Seine et Arcis-sur-Aube. Le TZR-Troyes peut donc être amené du jour au lendemain à enseigner dans toute cette zone et même plus ... ( nous le verrons par la suite)
Le TZR-Troyes a donc une vie de rêve. Pourquoi ?
D’abord, parce qu’il est jeune et en bonne santé ! [1]
Ensuite, parce qu’il est ravi, d’attendre derrière sa porte le coup de fil du Rectorat ou d’un quelconque établissement pour lui annoncer à quelle sauce il va être mangé et pour combien de temps. Ce petit côté roulette russe, ça met du piment dans sa vie de prof !
Il adore également, lorsqu’il n’a pas d’affectation, aller dans son établissement de rattachement, se mettre dans la peau du documentaliste ou jouer les surveillants .. Il a l’impression d’être au théâtre, de découvrir un nouveau rôle tous les jours !
Souvent, il est affecté, parfois pour toute l’année, parfois pour des périodes plus courtes.
Il découvre alors les classes les plus difficiles de la Chapelle. Ses collègues ont fait le tri pour lui : quelle délicate attention ! Il peut donc s’essayer à séparer les bagarres, à tester les capacités de ses cordes vocales, à repousser les limites de la zen-attitude ...
Il découvre les joies du service partagé : mi-temps collège, mi-temps lycée, c’est plus fun ! Là, il peut tester ses capacités à jongler entre le pré-puber et le presque adulte (dans la même journée, c’est plus rigolo ! ). Il teste aussi tous les sandwichs de l’agglomération, quel pied ! Eh oui, il n’a pas le temps de manger chaud, il fait la navette entre les deux bahuts. Et, la cerise sur le gâteau ! Pas besoin de supporter les collègues pénibles : il ne les connaît pas, il n’a pas le temps de rester !
Il est TZR-Sézanne, le rêve absolu ! Etre affecté en zone limitrophe ( comme tout a été bien calculé, la zone de Troyes touche les deux autres zones du département mais aussi les zones de Vitry-le-François et de Sézanne). Encore une occasion de repousser les limites de l’extrême et de tester la conduite sur départementale par tous les temps, à toute heure pour une durée indéterminée.
Il change d’affectation comme de chemise, un vrai caméléon, chaque semaine de nouveaux élèves, de nouveaux collègues, un nouveau chef, de nouveaux établissements dans de nouvelles villes ou de nouveaux villages. Que de nouveautés ! Jamais il n’avait, dans ses rêves les plus fous, pensé que ce métier lui offre cela !
Il change de type d’établissement, de matière au pied levé : il est formé pour le lycée professionnel, il va enseigner au collège ; il est prof d’allemand, il fera du français. Que de possibilités de tester ses capacités d’adaptation ! ...
Oui ! Quel beau métier que celui de TZR ! Je comprend que tous ces privilèges puissent énerver certains. Alors puisse-je vous donner un conseil : Venez nous rejoindre ! Faites tout ce qu’il faut pour venir goûter à la vie rêvée d’un TZR !
[1] moyenne d’âge du TZR au niveau national : 76.4 % des TZR ont moins de 40 ans









