La presse locale passe de l’information à la "conjecture éditoriale"...
Dans la course au bouquet de label que poursuit avec acharnement Lise Patelli on pourra bientôt rajouter le label de la presse locale la plus virtuelle du monde. Vous allez croire que je m’acharne contre la PQR (presse quotidienne départementale) mais il faut dire que parfois, elle donne le bâton pour se faire battre. La dernière invention de nos journalistes locaux c’est le « contre-rendu virtuel… »
Le conseil municipal de Troyes commence à 20h00 pour finir à 2h00, la presse ne reste qu’une heure...
Figurez-vous qu’au dernier conseil municipal de Troyes qui débuta à 20h00, l’ensemble des journalistes de la presse écrite quitta la salle, avec un bel ensemble, sur le coup des 21h00 sauf la journaliste de FR3, une stagiaire sans doute… Il s’agissait, d’après les grattes papiers locaux, de pouvoir rédiger et envoyer leurs papiers avant 22h00, heure limite pour être dans le journal du lendemain matin.
On peut déjà se demander pourquoi cette parution immédiate était si importante ? Quelles nouvelles ne pouvaient pas attendre ? Pourquoi vouloir absolument paraître mardi quand on a dit l’essentiel des informations la semaine d’avant… En effet, le maire de Troyes a largement abreuvé la presse de conférences et de communications la semaine dernière ce qui fait que les lecteurs de la PQD étaient mieux informés que les conseillers municipaux qui ne liraient que le rapport qui leur a été envoyé… 24h après les articles sus évoqués…
Reprenons tout au début pour vous aider à comprendre.
Le conseil municipal de Troyes devait débattre ce lundi 30 mars du PAM (Plan d’Action Municipal) de François Baroin et de son équipe rigolote.
Débat purement informatif, car non suivi de vote, mais débat important car il engage la liste majoritaire pour cinq ans. Ce PAM on l’attendait depuis longtemps. Normalement un PAM découle des engagements électoraux et de la gestion précédente. Comme les gestionnaires précédents sont aussi les actuels, comme François Baroin est à la tête de Troyes depuis 14 ans et qu’il a peu à apprendre sur les potentialités de sa ville et sur ses moyens budgétaires, on s’attendait, à Troyes, que le PAM sorte quelques mois après les élections. « Rêves » car il a fallu plus d’un an à la majorité pour pondre son bébé, un an de débats et d’arbitrages budgétaires… C’était déjà long ! On a ainsi voté le premier budget du PAM en décembre avant de connaître le PAM ! Comprenne qui voudra…
Mais bon, les Troyens ont attendu 12 mois pour le PAM. Les conseillers municipaux furent, pour beaucoup, étonnés de lire dans la presse de la semaine dernière les grandes orientations de ce PAM. Quelques articles apportaient des précisions sur un texte que Philippe Beury voit écrit en « franco patagon »â€¦
Des comptes-rendus virtuels dans la presse locale.
Donc, la semaine dernière le PAM étaient connus de tous. Vient alors la séance consacrée au débat. C’est une séance importante car elle permet à la majorité de préciser ses pensées et à l’opposition d’apporter une note divergente. Longue séance puisque les travaux débutés à 20h00 se terminèrent à 2h00 du matin ! Mais la presse quitta l’arène à 21h00. Ce n’était pas grave pour la gauche qui avait organisé une conférence de presse à 18h00 pour dire ce qu’elle dirai plus tard. Et, comme le groupe MoDem donna ses interventions écrites en début de séance, les gratte-papiers purent rédiger des articles crédibles sans soucis.
L’embêtant, comme dit mon fils, c’est que, si ces articles sont crédibles, ils ne reflètent pas la réalité ! La séance ne s’est pas déroulée exactement comme l’avaient prévu les débatteurs, les débats furent fournis, les arguments longuement, trop longuement, échangés… Une longueur telle que Philippe Beury se permit d’intervenir « Monsieur le Maire, sans vouloir casser l’ambiance, je crains que votre débat devienne rapidement chiant… » Intervention rapidement interrompue par un maire qui désire que les débat du conseil garde de la solennité et ne se transforme pas en discussion de café du commerce. Ce en quoi il a raison… Le conseiller MoDem eut beau réclamer « plus de concision » de la part de la majorité et « plus de clarté » pour l’opposition, les débats se poursuivirent presque à l’identique. Mais la presse locale n’était pas là pour relater cette discrète joute oratoire…
Libération invente une partie de l’intervention de Philippe Beury.
On peut lire dans Libération du 31 mars, un compte-rendu sympathique de l’intervention de Philippe Beury. Le conseiller municipal MoDem est cité à propos du musée de la bonneterie : « L’ambition était de faire un grand écomusée de la bonneterie et de son histoire, du mouvement ouvrier et d’un patronat ingénieux, de tradition, de vies. À la place vous proposez de déplacer ce musée dans l’ancienne bibliothèque pour avoir un peu plus de surface. Et demain tous les partisans d’un vrai musée de la bonneterie vous diront que c’est nul » a-t-il dit d’après Libération-Champagne… Philippe Beury : « ce canal est devenu une farce indigeste » Sauf que, si le médecin avait prévu de dire cela, il ne l’a pas dit... Prit sans doute par la longueur du débat, il a préféré raccourcir son unique intervention et la synthétiser. Pas un mot donc sur le musée de la bonneterie de la part du MoDem lundi soir sauf… dans la presse locale !
La PQR oublie une partie des débats...
Après le PAM le conseil avait des décisions importantes à prendre. Celle par exemple de nommer à la « commission du secteur sauvegardée » quatre conseillers. Trois pour la majorité et un pour l’opposition.
Philippe Beury, encore lui (on ne le tenait pas ce soir-là , il avait dû oublier ses gouttes…) n’acceptant d’être évincé sur un sujet qu’il possède par la candidature d’Anna Zajac présenta la sienne. On eut recours à un vote serré, à bulletin secret, où l’on vit la majorité UMP-Nouveau-Centre voter pour la conseillère communiste pour battre, de quelques voix, l’odieux opposant !
Pour une fois que la monotonie était cassé ! Voir François Mandelli voter communiste c’était intéressant, non ? Intéressant pour tout le monde sauf pour les lecteurs de la PQR… Rien dans la presse, puisque les journalistes faisaient dodo depuis deux heures.
L’Est-Eclair imagine la création des comités de quartier.
Quelques minutes plus tard, on devait voter pour les conseils de quartier. Là , je passe la parole à l’Est-Eclair « C’était une des promesses de François Baroin que de les mettre en place de manière à intensifier le dialogue avec la population, tous quartiers confondus. Ces conseils sont créés pour la durée du mandat sur les quartiers Chartreux, Point-du-Jour, Sénardes, Marots, centre-ville et Vassaules. Chacun comprendra trente et un conseillers (…) À noter que les habitants seront tirés au sort sur les listes électorales, tandis que les collèges des associations et professionnels seront composés par appel à candidature sur la base du volontariat. Le tout sera placé sous la présidence de Marie Le Corre, adjointe chargée de la politique des quartiers. » Des investissements à hauteur de 145 millions Six conseils de quartier sur les rails
Le problème c’est que les conseils de quartier s’ils sont sur des rails, ce ne sont que les rails de la réflexion... On n’évoqua pas les conseils de quartier ce soir-là . Le rapport fut retiré par le maire parce qu’il y avait des choses à améliorer… Pas de discussion, pas de rapport, pourtant l’Est-Eclair annonce que ces conseils sont créés… Cela aurait peut-être été plus fatigant de rester jusqu’au bout mais l’information aurait été un peu plus fiable…
Mais c’est un détail sans doute !
Même les lecteurs de la PQR protestent...
Hiatus entre la réalité et l’article suffisamment important pour qu’un commentaire le signale dans l’article de l’Est-Eclair « Est-il possible que vous ayez assisté avec monsieur D’Hulst de Libération au même conseil municipal vu vos commentaires différents ? » On peut rassurer le rédacteur du commentaire « Valpephi » ni monsieur D’Hulst ni monsieur Laville n’étaient présent… Commentaires
Quand j’étais étudiant, j’ai fait quelques piges pour l’Est-Eclair. Je me rappelle des assemblées générales de l’association des pêcheurs à la ligne qui durait jusqu’à une ou deux heures du matin. Et bien, même pour une petite association, la presse restait jusqu’au bout, y compris les journalistes confirmés... Ils rédigeaient dans la nuit. C’est fini !
C’est vrai que la séance de lundi était particulièrement longue. Mais partir à 21h00 quand même…
Conjectures [1] journalistiques...
Vu les résultats calamiteux de l’ESTAC, je pense que la presse ne se dérangera plus maintenant. Annoncer la défaite est quasiment aussi sûr que d’affirmer le vote d’un rapport que les conseillers n’ont même pas lu… Pas besoin non plus d’assister aux spectacles ; Lavilliers chante toujours la même chose et Tryo aussi !
Ça permettra des « économies d’échelle » comme on dit avant de licencier… Je me rappelle des beaux discours qui étaient écrits quand les rotatives partirent pour Reims. On parlait d’efficacité, de rentabilité, de qualité… Sauf que, depuis quelques semaines deux ou trois journaux ne furent pas distribués aux abonnés… Alors efficacité peut-être mais informations ?
Au début de la séance les journalistes, c’est vrai, avaient prévenu certains conseillers « Si vous voulez qu’on parle de vos interventions, il faut les faire avant 20h30 »â€¦ ???
Ainsi l’important n’est plus la qualité du débat, l’importance du sujet évoqué, l’acuité des interventions ou le résultat du vote… L’important, c’est l’heure…
Ça promet des débats acharnés pendant une heure et des monologues ennuyeux le reste du temps… À moins que les politiques soient plus respectueux de leur fonction que ceux qui doivent en parler.
Pour une information différente, lisez et faites lire auboisementcorrect...
La presse locale critique beaucoup auboisementcorrect pour son manque de fiabilité. Mais nous n’avons jamais eu l’outrecuidance d’être absolument fiable. La PQD veut faire de l’information. Il faut alors aller la chercher ou se taire… Les articles des journalistes étaient intéressant, sans doute, bien écrit, probablement, informatif, peut-être… mais ils ne reflétaient pas le conseil municipal tel qu’il s’est déroulé…
Il fallait le dire. Les articles publiés sont des « conjectures éditoriales », ils disent ce que le journaliste pense qu’il se passera. S’il se passe autre-chose, si le débat change, si le maire écoute l’opposition ou si l’opposition est convaincue par le premier magistrat… on ne le saura pas ! C’est clair…
Est-ce encore de l’information ? L’Est-Eclair va-t-il publier un démenti sur son article du 31 mars ? À vous de voir…
Tout cela pour dire qu’auboisementcorrect est un média partisan, c’est vrai ; qu’il n’a pas assez de rédacteurs pour apporter une information complète, c’est certain ; qu’il n’est pas fait par des professionnels, personne n’en doute… mais qu’il reste une source d’information aussi valable qu’une autre et que c’est ici « qu’on dit ce qu’on ne dit pas ailleurs, sur Troyes et l’Aube » c’était à démontrer, c’est fait !
D’où l’intérêt de filmer les séances du conseil municipal. Auboisementcorrect commence cela aujourd’hui. La qualité devra s’améliorer mais le "compte-rendu" est là , sans ajouts, sans commentaire...
[1] Conjecture : nom féminin singulier, supposition fondée sur des probabilités ou des estimations, sans base scientifique.

1


Réagissez à cet article
Répondre à ce message
