Depuis quelques jours, la borne de la rue Milo, celle qui permettait de faire plus ou moins respecter le caractère piéton de la rue, a disparu. Pshitt ! envolée, volatilisée... Il ne reste plus qu’une plaque pour masquer le trou béant qui la remplace.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette fameuse borne fait des siennes. Elle s’est d’abord fait prier, la borne, pour venir s’installer à Troyes. Pas pressée de rejoindre la rue Zola. Les habitués des promenades shoppinesques auront du attendre plusieurs années pour la voir enfin en fonction.
Mais la petite histoire ne s’arrête pas là : la borne est malicieuse. Et une fois en place, elle aime, de temps en temps, jouer à « 1,2, 3...Soleil », de préférence entre 17h et 18h, lorsque la circulation est la plus forte. Et hop, on ne bouge plus ! Pas moyen, allez savoir pourquoi, de voir la borne se rétracter sagement lorsqu’un bus arrive. On ne bouge plus ! borne bloquée, bus à l’arrêt et des dizaines de voitures s’agglutinant le long de la rue Turenne, de la Place Jean-Jaurès, ou des rues Colonel Driant, Jaillant Deschainets... L’automobiliste troyen, finalement joueur, se prête volontiers, pendant de longues minutes, aux caprices de la borne, exprimant sa joie à grands coups de klaxons. Il faut l’intervention de notre maréchaussée pour mettre un terme à la rigolade.
Mais tout cela n’explique pas la récente disparition de la borne. Voici, en exclusivité pour auboisementcorrect, ce qui s’est réellement passé.
Le drame s’est déroulé mercredi 4 juin, à l’heure où tous les chats sont gris et où les bornes de guerre-las, sont souvent prises d’une soudaine mélancolie...
Ce fameux soir de printemps, notre amie la borne, attend le bus. C’est son boulot. Celui-ci s’approche, avance, met sa petite cloche en route et appelle la borne : « Hep, toi là, rentre vite dans ton trou que je puisse passer ! ». La borne s’exécute, disciplinée. Mais le bus n’avance pas. Il attend. Devinez quoi ? Un piéton, du genre féminin, à talons hauts et pas pressé. Que vient faire là un piéton à talons dans une rue piétonne, me direz-vous ? Allez savoir... En tout cas, notre piéton, perché sur ses talons, traverse tranquillement la rue... au rythme du piéton. La borne patiente. Le bus aussi. Le piéton achève sa traversée, le bus avance. Mais la borne ne l’entend pas de cette oreille. Susceptible et impatiente, elle décide soudain de se relever quand le bus passe au dessus d’elle. Je vous laisse imaginer la brutale rencontre entre cette borne lunatique et le plancher du bus. « 1,2,3 Soleil ! », s’exclama la borne. Car le bus, littéralement empalé par la borne, ne bougeait plus. Il faudra attendre l’arrivée des services compétents pour extraire le bus de la borne, et la borne de son trou. C’était le caprice de trop, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Déjà coupable, il y a quelques semaines du même acte indigne sur une automobile, il fallait mettre un terme aux sottises de cette borne.
Voilà pourquoi, depuis quelques jours, les voitures peuvent de nouveau, malgré le sens interdit, emprunter la rue Zola. Jusqu’à temps, qu’une nouvelle borne, plus respectueuse du rythme lent des piétons à talons et des bus, ne vienne prendre sa place dans ce trou.









