Très respectable et sérénissime majesté,
Bingo ! Depuis le temps que vous rêviez de semer la zizanie chez François... C’est fait ! Oh ! Bien sur, rien n’est officiel... Oh ! Bien sûr, l’attaque ne paraît pas venir directement de vous. Mais, le ver est dans le fruit, l’asticot c’est Sarko, le fruit c’est le règne incontesté de François... Et le joli jardin à la française avec ses buis taillés et ses fleurs sagement alignées de François se retrouve décoré d’un gros tas de fumier au milieu de la pelouse. Gros tas de fumier que vous avez, en bon agriculteur, sagement préparé pendant plusieurs années. Va en falloir des militants et des fourches pour nettoyer tout ça avant juin 2007 ; du boulot en perspective pour Baroin !
Il pourrait paraître inutile que je vous conte cette histoire puisque vous en êtes l’orfèvre, le concepteur, le grand ordonnateur. Permettez cependant que j’explique en ses terres de compagnonnages l’excellence de votre Chef-d’œuvre... Il le faut puisque les gens qui votent ne savent pas tout, et que la presse quotidienne départementale n’a pas su (ou pas voulu dire) toute l’affaire. Pour l’Histoire il me faut, aujourd’hui, révéler l’excellence de votre complot machiavelo-kafkaïen.
Eh oui ! Votre majesté, tout fout le camp. Pourtant, rappelez-vous, c’était si bien au « bon vieux temps » quand vous régniez quasiment en maître avec Robert Galley, bras-dessus bras-dessous pour recouvrir d’un consensus mou et mièvre la politique auboise qui ressemblait à une génoise recouverte de fondant au chocolat ; c’est bon mais c’est un peu lourd à digérer et ça colle aux doigts...
Et puis il est venu... Le 1er juin 1997 ce fut, pour vous, comme le 18 brumaire pour Sieyès ; vous aussi avez fait semblant d’être satisfait de l’apparition du Bonaparte aubois ; mais, vous aussi, saviez que son arrivée coïncidait avec votre déclin... Le débarquement de Baroin vous a quelque peu inquiété. Mais, bien vite vous avez été rassuré. Le jeune premier de la politique française avait décidé d’utiliser l’Aube comme nous nos charentaises. Quand on est vraiment fatigué, on met les pieds dedans... Les charentaises, c’est bien quelques heures (le vendredi par exemple !), pas trop longtemps quand même, parce qu’on s’ennuie vite avec. Mais, pendant quelques heures, ça aèrent les orteils, ça sent un peu mauvais à la longue mais c’est délassant. On ne s’en vante pas de ses charentaises, on les met en privée sans en parler à ses amis, pourtant ça fait du bien parfois... Pas question donc, pour François, de s’entourer d’excités qui transformeraient les charentaises en runnings.
On a donc pris des gens bien sages, bien installés dans la société, aimables et civilisés. La liste municipale était une recette remarquable, François c’est le Robuchon de la tranquillité municipale, trois étoiles au Michelin de l’IEP ! Vous faites réduire trois ou quatre ambitieux capables de bouffer tous les chapeaux possibles pour rester en poste ; arrosez d’un zeste de cathos bon teint ; faites revenir avec quelques bourgeois bien installés, ajoutez en milieu de cuisson (mandat) un ancien gauchiste passé avec drapeau rouge et bagages à droite ; déglacez avec deux ou trois femmes aux foyers réveillant leur quarantaine alanguie dans des associations caritatives et flambez avec quelques militants purs et durs, aptes à la réflexion comme un cloporte à l’ascension de l’Himalaya ; après cela vous pouvez y faire frire les deux ou trois emmerdeurs inévitables, ils seront réduit à quia... C’est parfait. Pendant une dizaine d’année pas un mot, pas un bruit, pas un débat significatif.
Un calme qui vous empêchait d’être le Maître, quand même ! On avait oublié Vos qualités, Votre grandeur, Votre perspicacité. Tous à Troyes vibraient au rythme de François comme des petites vieilles dans une maison de retraite frémissent en voyant arriver un jeune et beau curé ; ça réveille des flux d’hormones oubliés mais ça ne risque rien pour le salut éternel.
Vous étiez quand même vexé votre majesté de ne plus être Le Chef, jaloux de François comme Abraracourcix d’Astérix. C’est pour cela que vous vous êtes lancé dans des projets un peu spécieux ; cette histoire de Palais qui fait un peu tache, uniquement pour marquer votre territoire comme les petits chiens pissent au pied des lampadaires, c’est pas très propre mais ça montre qui est le patron... Badaboum ! L’Arpehd s’y est mis. Et voilà-t-y pas que cette bande d’excités a trouvé un juge compliant qui abonde dans leur sens. Y’a plus de raison, Votre Majesté...
Vexé, vous décidâtes d’entrer en lutte contre François. Mais c’était compliqué. Vous risquiez l’exil politique et la débâcle électorale, vous n’aviez pas envie de retourner labourer les plaines de Rhèges... Telle la mule du Pape, vous ressassiez seul dans votre bureau non extendu... mais « vaticinations longues sont source de créations » !
La communication de l’UMP auboise voudrait faire croire que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes ici. Pas d’opposition entre les « Sarkozistes » et les « Villepinistes », unité régionale, départementale et municipales... Tout va bien, François le Consensus veille et c’est parfait...
Seul « hic » c’est absolument faux ! François Baroin est, effectivement, le patron de l’UMP auboise et se voudrait le grand chef de l’organe régional mais, ici comme ailleurs, on jase, on râle, on conteste. Regardez les investitures UMP, François a obtenu l’unanimité, Dhuicq un excellent résultat mais il manque 12% des voix à Mathis. Pourquoi ? Parce que Jean-Claude est un semi-félon, un homme en qui on ne peut avoir totalement confiance... Vice-président du Conseil général à vos côtés, il n’est pas totalement acquis au Ministre-Maire ; voilà pourquoi Baroin s’est arrangé pour qu’il lui manque quelques voix, pour qu’il sache. « Qui t’a fait Comte... » murmure le Maire. Mathis rhabillé, l’union règne à l’UMP.
Pas tout à fait ! Sortie des cavernes de l’histoire tel un mythe platonicien ; dinosaure rescapé de l’unification UMP.iste, le parti Radical réapparaît... Putain, ça m’a fait drôle quand j’ai vu la tronche d’Alain Carsenti sur l’Est de samedi ; surpris comme on peut l’être quand on découvre le spectre de son arrière-grand-père faire une conférence de presse. N’allez pas croire que je ne les respecte pas, les radicaux, mais ils font quand même partie de l’Histoire, pas très moderne comme mouvement. Et là, on se pose la question : que viennent faire ces fantômes dans le débat politique ?
Et bien, comme vous le savez, votre majesté, c’est tout simple... François est Chiraquien, ça tout le monde le sait, Chiraquien donc Villepiniste, C.Q.F.D. Il fait beaucoup d’effort pour se rapprocher de Nicolas depuis quelques mois envoyant son missi-dominici de Menuel draguer les copains du ministre de l’intérieur. Mais rien n’y fait, « nous ne sommes pas du même sang, toi et moi... » Renaud Dutreil, Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et des Professions libérales (Ouf !) est lui un Sarkozyste de choc, âgé de 46 ans il veut la mairie de Reims. Oui mais, François ne veut pas de « jeune » opportuniste dans son poulailler ; il a peur du coq concurrent, il soutient donc une autre poule, Catherine VAUTRIN, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité, née elle-aussi en 1960 et désireuse de régner sur Reims... Ca doit être un nid... Une couronne, à Reims, c’est important ; on se bat comme des charretiers à l’UMP des sacres et le feu est attisé par notre François. En avril dernier Renaud Dutreil était élu délégué de la première circonscription de la Marne : 1-0. Dix jours plus tard Catherine obtenait la présidence du comité départemental de l’UMP (sur hors-jeu douteux, cinq petites voix d’avance) : 1-1. Balle au centre. Alors que tout semblait perdu pour lui, pendant les arrêts de jeu, Dutreil a obtenu, il y a quelques jours, l’investiture de l’UMP évinçant le député sortant de la 1ere de la Marne, Francis Falala (âgé de 51 ans, un ancêtre...) trop vieux sans doute pour briguer un nouveau mandat : 2-1. Un beau bordel donc, dont l’amateur de foot François est l’entraineur perdant...
Et comme Dutreil n’est pas content que François vienne lui chercher des poux sur son terrain à Reims, comme Sarko veut se faire la peau de tous les Villepinistes et de tous les fidèles de Jacquot, le ministre des PME par ailleurs secrétaire général du parti Radical, a trouvé Bruno Lebecq pour s’opposer à Dhuicq sur la première de l’Aube. Parce qu’imaginez que la division des voix UMP fasse passer Sebeyran, un sacré binz, non ? Fabuleux, hein ! Même que le ministre des PME se paie le culot de programmer une conférence le 29 novembre prochain où il viendra parler des « questions économiques. » Gageons que François, si prompt à faire venir des ministres ne sera pas si content de cette visite là... Une démoustication urgente à la Réunion ce jour là ?
Mais le plus beau n’est pas là. Tel la mule du pape vous cultivez la patience dans le ressentiment comme les patates dans la glaise, sept ans après vous donnez le coup de pied rageur car... Devinez où Lebecq a fait ses classes ?... mais au Conseil général de l’Aube sous la présidence de Bernard Laurent puis de... Philippe Adnot ! « Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. »
Admirable rancune des politiques... Vous êtes bien le culto teigneux qu’on attendait toujours... Je vous admire ! Ce coup là est imparable, digne d’un cours à l’école supérieure des inimitiés particulières...
Bravo Votre Majesté ! Pour un coup de maître c’est un coup de maître... A faire pâlir d’envie Coillot qui n’a pas été capable de trouver un truc aussi tordu aux pires moments de la « guerre des chefs » ici... Ca va chauffer...
Quand je pense qu’il y en a qui pense que c’est auboisementcorrect qui fout le bordel. Chapeau bas votre Majesté ; respect ! Vous êtes un maître ! Mon maître...
Voilà, c’est fini pour aujourd’hui Votre majesté, à bientôt...
J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le très humble et dévoué serviteur.









