Le projet de centre-commercial de la bourse du travail est kaput. L’autopsie est en cours pour déterminer les causes du décès.
Officiellement, le projet porté par Altaréa serait victime du recours déposé par la FNAC. Non pas que ce recours ait abouti, mais la longue attente avant l’instruction du dossier devant le tribunal administratif a rendu caduque le contrat passé entre Altaréa et la ville de Troyes [1].
Ça, c’est pour la version officielle, celle qu’on nous sert dans la presse écrite, dans les réunions du conseil municipal et devant les électeurs apitoyés. Une belle histoire, une soupe onctueuse, facile à digérer dans laquelle on trouve une victime (le projet commercial) et un coupable (la FNAC) et dans laquelle la responsabilité collective n’est pas un seul instant évoquée.
Il faut se souvenir qu’il y a quelques années, on trouvait sur ce lieu trop de vieux une maison de retraite et un nombre excessif de gauchistes un lieu où se réunissaient syndicats et associations. Certes, cette maison de retraite ne répondait sans doute plus aux standards modernes. Certes, les locaux de la Bourse étaient, eux-aussi, inadaptés et fort mal utilisés. Mais, bon an mal an, cet ensemble hétéroclite s’était inscrit depuis de longues années dans le Centre-ville.
Hélas, la mode, sous couvert de modernité, est à la spécialisation des espaces urbains. Ici, des tristes lotissements pour vivre, la-bas, des zones industrielles pour travailler et plus loin, des zones commerciales pour passer ces samedis dans le cliquetis de caddies. Au milieu de tout cela, des bagnoles qui par milliers se croisent d’un quartier à l’autre. Succombant à cette fâcheuse tendance, François Baroin veut faire du centre-ville un vaste centre commercial et virer les vieux sans le sou et les agitateurs gauchisants. Sans jamais s’interroger sur le sens de ce projet. Sans jamais s’interroger sur les besoins réels de la population. Sans non plus se poser la question du sens d’un tel modèle. Les choses s’accélèrent en quelques années. La rue Zola se transforme en galerie marchande (opticiens, fringues, banques, téléphonie et sacs à mains), les vieux sont envoyés loin du centre-ville et les gauchistes sont évacués de la Bourse. L’ensemble est vendu à un promoteur, Altaréa, qui pour finir le grand nettoyage propose de tirer un trait sur la mémoire même du lieu et de baptiser son supermarché : Passage Saint-Nicolas.
Mais la modernité n’est plus celle qu’on croit. Les grandes enseignes pressenties (Go sport, Zara et compagnie) déclinent l’invitation. Manifestement mal préparé, le projet s’enlise. Leclerc entre dans la partie et propose alors de remettre au goût du jour l’épicerie et la librairie. L’enseigne bretonne pressent parfaitement que le vent tourne et que les magasins traditionnels doivent réinvestir les centres urbains. Mais c’est déjà trop tard. Et le projet autour de la Bourse du Travail est alors paralysé par le recours déposé par la FNAC. Ce recours et l’impasse dans laquelle nous sommes aujourd’hui ne sont pourtant que les conséquences prévisible d’un projet mal conçu, mal pensé et qui n’a pas pris en compte et encore moins anticiper les évolutions de notre société.
Cette friche aujourd’hui existe. Il faudra faire avec. Mais faire quoi ?
A-t-on besoin d’une telle galerie commerciale ?
A-t-on, un jour, interrogé les habitants du Bouchon et les troyens sur le centre-ville dont ils pouvaient rêver ?
Le centre-ville est-il programmé, ad vitam eternam à ne voir s’y implanter que des commerces ?
La construction de logements, l’aménagement d’espaces de loisirs sont-ils désormais exclus du centre-ville ?
Plus largement, la spécialisation des espaces urbains est-elle la seule perspective pour notre cité ?
[1] Une bonne affaire pour la groupe Altaréa qui se libère, sans pénalité, d’un projet financièrement lourd, économiquement incertain dans cette période











