L'article

1er
janv
2009

L’UTT inaugure l’autonomie des universités.

C’est désormais une réalité. L’UTT est, depuis ce 1er janvier 2009, l’une des 20 premières universités françaises à accéder à l’autonomie.

Concrètement, l’UTT sera entièrement maîtresse de son budget. Le gros morceau sera évidemment la gestion de la masse salariale. Le président de l’UTT, et ses 19 autres collègues pionniers de la réforme, géreront directement l’attribution des primes, des évolutions de carrières. Ils pourront recruter ses personnels y compris les enseignants et les chercheurs.

Côté recettes, les universités pourront créer des fondations pour trouver des financements extérieurs et demander à devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. Il s’agit précisément d’attirer des fonds privés au sein même des universités.

Évidemment, cette réforme, très contestée, sera élargie à l’ensemble des universités françaises en 2012. Elle introduit directement la culture de la performance et de l’efficacité au sein d’une université française qu’on dit malade. Mais est-ce le bon remède ? L’introduction d’une concurrence entre les universités peut-elle guérir une université qui manque cruellement de moyen ?

La potion ultra-libérale, car il s’agit bien de cela, n’est peut être pas la bonne. Surtout à l’heure d’une crise qui a montré les limites d’une dérégulation à tout crin. Elle risque d’accroître un peu plus les inégalités entre d’un côté les grandes écoles, prestigieuses, qui attireront sans mal les fonds privés et les meilleurs chercheurs. Et de l’autre côté, l’université traditionnelle, bien mal en point, qui devra se contenter des miettes qu’on voudra bien lui laisser.

Or, si l’université française va mal, c’est sans doute parce que ses moyens sont à la fois insuffisants et mal utilisés.

- Insuffisants car à force de réduire les impôts, d’exonérer les entreprises de telles ou telles charges, l’Etat s’est privé des moyens d’agir et de soutenir un secteur essentiel au développement et au progrès.
- Mal utilisés car la gestion ultra-centralisée n’est plus adaptée au monde d’aujourd’hui qui demande de la souplesse et de la réactivité.

Pour autant, cette autonomie ressemble davantage à un abandon par l’Etat de ses missions qu’à une décentralisation qu’il aurait été souhaitable de mettre en place. Confier à des investisseurs privés, via des fondations, la charge d’investir dans la recherche et l’enseignement supérieur pourra certainement compenser en partie ce désengagement financier de l’Etat. Mais les entreprises investiront là où l’intérêt économique leur semble le plus important. Or, sans diaboliser le monde de l’entreprise, l’intérêt économique n’est pas, loin s’en faut, nécessairement compatible avec l’intérêt général.

En matière de gouvernance, est-il raisonnable de laisser les universités aux mains d’un président qui sera élu par les enseignants qu’il aura lui-même recruté ? Et quel sera le vrai pouvoir de ce président si une part grandissante de son budget provient, demain, de fonds privés ?

Sans doute aurait-il été plus souhaitable, pour répondre aux problèmes que rencontre le système universitaire français, d’approfondir la décentralisation en confiant aux régions la gestion effective des budgets des différentes universités. Sans doute était-il plus sage de laisser à ces institutions démocratiques la responsabilité dans le fonctionnement des universités françaises .



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