Dimanche 16 septembre, le temps était propice à sortir de chez soi et se programmer des visites proposées dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine. J’ai choisi Chappes, ancien bourg fortifié traversé par la Seine, autrefois dominé par son château féodal aujourd’hui disparu. Une manière de repenser à la notion de Patrimoine.
Un riche passé
Chappes est une localité très ancienne. Le village est attesté par un acte de 753. Il indiquait la présence d’un moulin à blé. On y battait monnaie à cette époque. En 862, les Normands, au cours d’un raid remontant la Haute Seine seraient allé jusqu’à Chappes à la poursuite de marchands qui pensaient y avoir trouvé refuge. A partir du XIe siècle, apparaît une des plus puissantes maisons de la chevalerie champenoise, prenant le nom de la localité. Les seigneurs de Chappes furent vicomtes de Troyes et s’illustrèrent en particulier à la quatrième croisade. Gui et Clarembaud de Chappes étaient aux côtés de Geffroy de Villehardouin à la prise de Constantinople, en 1204. Ils prirent part ensuite à l’ost de Philippe-Auguste qui les menèrent à la bataille de Bouvines (1214). En 1396, la seigneurie de Chappes passa à la puissante famille d’Aumont, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle où elle devint la propriété de Louis-Marie, marquis de Mesgrigny. Au cours de la Guerre de Cent Ans, Jacques d’Aumont avait pris le parti du duc de Bourgogne. Pris par Barbazan, le château fut voué en partie à la démolition. Il ne resta plus qu’une tour et quelques morceaux de remparts. Il fut reconstruit au début du XVIe siècle mais les Guerres de Religion ne l’épargnèrent pas. Il fut brûlé par les ligueurs en 1590.
Sur la rive droite dominait le château féodal. L’abbaye de Montiéramey y avait un prieuré, comptant une église Notre-Dame citée dès 1117. Au XVIIe siècle, Jean Orry établit une verrerie dans les jardins de l’ancien château. De l’autre côté de la Seine, abrité derrière des murs et fossés, se tenait le « Bourg Saint-Loup », du nom de son église paroissiale. Dans cette dernière, parmi toutes les richesses, nous pouvons admirer des fresques de l’époque romane, des vitraux, une peinture et des sculptures du XVIe siècle, un plafond peint en trompe l’œil aux armes de la famille d’Aumont.
Le moulin, attesté dès 753, est le plus ancien mentionné du département. Fin XVe siècles, les sources parlent de deux moulins, le premier un pour le blé, l’autre à foulon, destiné à fouler les peaux pour la tannerie. En 1609, il est affecté à la fabrication de papier, tenu à loyer par un marchand-papetier troyen, Sébastien Gouault, sous-loué à Pierre Gumery marchand-papepier installé à Chappes. A l’époque, le papier était issu du chiffon. En 1884, la famille Boulard de Villeneuve, papetiers, implante à Chappes une manufacture de pâte à papier à base de sapin, épicéas, tremble et peuplier. C’est de cette époque que date le bâtiment actuel. En 1887, ils revendent l’usine à Paul Pinson. Celui-ci installe une turbine hydraulique en 1918. En 1922 le moulin de Chappes est racheté par les papeteries de Navarre. En 1965, le site du moulin ferme. Il est alors racheté par le père de l’actuel propiétaire en 1968, Maurice Vinot. En 2003, Paul Vinot réaménage le moulin et installe une nouvelle turbine. Celle-ci fournit à l’EDF un peu plus de 1.000.000 kw/an, soit la consommation de 400 foyers. La turbine « Francis », de 1918, est toujours visible et en état de fonctionner. Voir le site de Paul Vinot (ICI)
La découverte du village
L’idée d’organiser une telle animation dans le village travaillait depuis bien longtemps l’esprit de Claudie Odille. La rencontre avec Guillaume Patris, urbaniste chargé de la rénovation du PLU du village l’a décidée de se jeter à l’eau. Elle a su mobiliser habitants et intervenants extérieurs pour faire de cette journée une véritable réussite. Ce dimanche, Guillaume Patris guidait des visites à travers les rues du village, ouvrant aux yeux des visiteurs sa vision d’urbaniste. La visite menait de site en site les visiteurs, attendus en l’église Saint-Loup par Chrystelle Laurent (conservateur des Antiquités et objets d’Art du département de l’Aube), à la base nautique par Catherine Baroni (responsable des bases nautiques du département) et à la Centre Hydroélectrique par le propriétaire Paul Vinot. Nombre de villageois s’étaient associés à l’organisation de cette journée, aidant chacun à sa bonne marche en fonction de sa disponibilité et de ses moyens.
Fort de son histoire et de son patrimoine, comme de nombreux autres bourgs de la région, Chappes a su mobiliser. Nombre de ses habitants ont pu profiter de ces journées pour redécouvrir le village avec des yeux nouveaux. Combien n’ont-ils pas dit qu’ils pensaient bien connaître l’église, mais qu’ils n’y avaient jamais fait attention comme ce jour ? A force d’y vivre, n’en oublions-nous pas, trop souvent, d’en voir les richesses qui sont sous nos yeux ? Les journées du Patrimoine sont de ces moments privilégiés qui permettent ainsi aux habitants d’un village de redécouvrir la richesse de leur patrimoine, autant que la possibilité d’offrir aux visiteurs étrangers au village l’occasion de visiter des lieux qu’ils ne connaissaient pas. Cette sensibilisation ne rend-elle pas évidente la nécessité de faire mieux connaître et de protéger ce patrimoine ?
Cette conservation est d’autant plus évidente que l’on a su rendre utile ces éléments du patrimoine. Ainsi le presbytère, devenu le centre d’accueil de la base nautique départementale, ou encore le moulin qui a toujours su s’adapter et qui n’a jamais cessé d’utiliser la force hydraulique, et aujourd’hui pour produire une énergie propre.











