Il était d’abord un homme libre, un homme debout, un homme vivant. Il a vécu pleinement. Sept vies…. C’est dans le combat pour la liberté et contre le totalitarisme que j’ai eu le privilège de travailler avec lui.
Les semaines de la liberté.
Jean- François Deniau a été le parrain des Semaines de la Liberté. De 1988 à 1993, elles ont réuni à Troyes chaque année, les résistants du monde entier : afghan, angolais, vietnamiens, chinois, baltes, roumains… Il est venu régulièrement chez nous et nous a toujours apporté son soutien. La Semaine de la Liberté s’est portée ensuite sur le terrain et nous nous y sommes retrouvés.
Je me souviens aujourd’hui avec émotion de ce soir de décembre 1988 où je l’accueillais au nom de son ami Robert Galley en haut des escaliers de l’Hôtel de Ville de Troyes. Il venait de se faire opérer d’un cancer du poumon. Il était essoufflé. Il est tombé dans mes bras en disant : « vous allez me faire mourir ». Il s’est repris le soir même : « On vit parce que l’on veut vivre. Il faut aussi de la chance Elle se mérite. Le premier courage est de ne pas abandonner. » « On meurt parce qu’on arrête de lutter. L’espérance commence avec le refus de désespérer. Comme le courage, la vie, l’honneur des hommes, la gloire des nations commencent avec la capacité de dire non ».
Il se battait depuis plus de vingt ans contre la maladie et j’ai du mal à imaginer qu’il ait pu arrêter de lutter.

- Jean-François Deniau
La capacité de dire « non »
Il nous a raconté ce soir là la préparation d’un déplacement du Président Giscard d’Estaing à l’Est au moment de l’invasion de l’Afghanistan. Il a informé le chef d’Etat qui le recevait qu’une partie des discussions porterait sur l’Afghanistan. Celui-ci lui a fait savoir que ce ne serait pas utile. Tous ces brigands (entendez les résistants) auraient été tués d’ici là. « Si vous les soutenez, on vous tuera aussi ».
C’en était trop. Jean-François Deniau a décidé alors d’inaugurer une nouvelle procédure diplomatique : prendre la porte et la claquer au nez de son interlocuteur. Interlocuteur qui l’a arrêté de cette phrase : « J’ai eu tort, Monsieur Deniau, nous n’aurons pas besoin de vous tuer. Vous êtes déjà morts. Vous n’êtes plus capables de vous battre pour vos valeurs. Vous n’êtes plus capables de vous battre pour la Liberté. Quand on n’est plus capable de mourir pour des idées, c’est que l’on est déjà mort. »
Nous gardons aussi de ce soir là le souvenir délicieux de ses retrouvailles avec Robert Galley. Deux gamins se racontant leurs meilleures histoires comme la création de « l’association internationale pour l’assèchement total du Lac des Cygnes… »
Le combattant de la liberté
Jean-François Deniau a tracé un chemin pour une génération de militant de la liberté quand il disait : « Quand on est perdu dans son maquis, quand on est perdu dans sa montagne, sa forêt, son marais, son désert, on a pour survivre absolument besoin de trois choses. On a besoin de vivres, de nourriture. On a besoin d’armes adéquates. On a besoin d’espoir et l’espoir n’est pas le moins nécessaire des trois. C’est un besoin physique de savoir que les autres savent que vous êtes là et que vous vous battez parce qu’on ne vous a jamais demandé votre avis ni sur votre foi, ni sur vos amis… Il n’y a pas d’espoir dans le silence des autres. ».
C’est ce qui à motivé sa présence au côté de ceux qui se battaient pour leur liberté que ce soit en Asie, en Afrique, en Europe de l’Est et en particulier en Lituanie. C’est un combat qu’il n’a jamais abandonné.
Il nous a transmis l’exigence du témoignage, la capacité de dire « non », la liberté, la force des convictions. Il nous a appris la liberté, le courage mais aussi la responsabilité, la solidarité.
Il nous manque déjà...









