Un vent de folie soufflait sur le conseil municipal troyen, lundi 28 septembre. A l’occasion d’un obscur point de l’ordre du jour, plusieurs conseillers municipaux, plus ou moins soutenus par le maire de Troyes, se sont déchainés, avec une belle démagogie contre les cyclistes troyens.
On ne s’en rend pas bien compte, mais notre ville est sous la menace de la plus grave insécurité. Des hordes de cyclistes, tatoués, les cheveux longs et gras, le couteau entre les dents hantent les rues de Troyes. Les voilà, selon Subtil, Malarmey et Carsenti, dévalant les trottoirs, effrayant les femmes, renversant les enfants, écrasant les vieillards. C’est, de manière à peine exagérée, ce qu’on a pu entendre lundi soir, au conseil municipal de Troyes.
Nos trois papis de droite et d’extrême-droite n’osent d’ailleurs plus sortir. A chaque coin de rue, des nuées de vélos, telles les sauterelles des 10 plaies d’Égypte, menacent l’honnête automobiliste dans son modeste 4x4... Malarmey subitement sorti de sa léthargie en a même vu certains griller les feux rouges !! si, si... j’vous jure, des vélos grillent les feux !!! Alors que les bagnoles, c’est bien connu, ne grillent aucun feu, ne stationnent pas sur les trottoirs, encore moins sur les pistes cyclables, respectent les distances de sécurité...
Emportés par leur élan, il s’en est fallu de peu pour que l’un de nos trois pieds-nickelés n’accuse les cyclistes de transmettre la grippe A. Mais si Malarmey en voit un avec un masque, le pauvre homme risque de ne pas s’en remettre...
La délinquance accrue des cyclistes
Mais la palme revient à notre ami radical, monsieur Alain Carsenti, plus habitué au confort d’une berline ou d’un gros 4x4 aux chromes rutilants, qu’au moelleux d’une selle d’un b’twin de décathlon. Remonté comme un coucou, le conseiller municipal a évoqué, avec la finesse d’un bulldozer : « la délinquance accrue de la part des deux roues » (sic). Rien que ça... Combe du scandale, les automobilistes, en plus de devoir slalomer entre ces dangereux délinquants seront pénalement responsables en cas d’accident, nous a expliqué notre notaire. Que le cycliste bouffe les pissenlits par la racine n’a que peu d’importance. Mon ami bébert [1], un verre de rouge-pif à la main vous le dirait : la peinture du Touareg rayée, la carrosserie cabossée et le pare-buffle amoché, ça, c’est insupportable. Allez Alain, une p’tite prune pour la route ?
La droite défend le vélo : Tout fout l’camp !
C’est du côté de Jacky Morin et surtout François Mandelli qu’il aura fallu chercher une défense des deux roues et une point de vue un peu plus digne et intelligent. Le premier a courageusement assumer la tolérance des vélos sur les trottoirs (à condition qu’ils roulent au pas) tandis que le second revendiquait le développement des pistes cyclables et de la place des vélos en ville.
Un débat digne du bar-PMU
Bien évidemment, ces interventions auraient pu égayer le bar-PMU du coin. Dans un conseil municipal, un tel tissu d’âneries laisse songeur. Loin de moi l’idée de nier qu’il existe quelques cyclistes inconscients, irrespectueux des règles du code de la route. Mais soyons un tout petit peu sérieux.
Sur la route, dans nos rues, le danger, c’est bien cette foutue bagnole. Pour les cyclistes, ce sont les refus de priorités des automobiles, les portières qui s’ouvrent brutalement, les voitures qui vous coupent la route, qui vous frôlent lorsqu’elles vous doublent, les bagnoles qui prennent les pistes cyclables pour des aires de stationnement, celles qui ne vous laissent pas vous déporter lorsque vous devez tourner à gauche, celles qui vous collent au cul parce que, dans une petite rue, vous n’avancez pas assez vite... Pour les cyclistes, les bagnoles représentent bel et bien le danger numéro 1, celui vers lequel la vigilance est quotidienne.
Et je ne vous parle pas de ceux qui, tout puissant entre leurs morceaux de tôles, ne respectent pas la priorité des piétons sur les passages protégés, refusent cette même priorité en zone 30, empruntent dès qu’ils le peuvent la rue Zola ou se garent sur les trottoirs obligeant les piétons à emprunter, à leurs risques et périls, la chaussée.
Messieurs Subtil, Malarmey et Carsenti, prenez de temps en temps votre vélo et vous comprendrez qu’au championnat de l’incivisme, l’automobiliste caracole en tête, bien loin devant les délinquants à deux roues. Vous comprendrez aussi pourquoi certains cyclistes (comme moi) refusent de se ranger à droite, emmerdent à d’autres moment les voitures pressées ou préfèrent parfois se réfugier sur le trottoir.
[1] un vieux pote rencontré au café du commerce










