Ce qui est incroyable dans l’affaire c’est que d’abord on nous présente une « magnifique réalisation », nue, en nous disant bien qu’on réfléchit à un habillage, qu’il reste quelques détails à régler : choix des matériaux, organisation fonctionnelle, place de l’auditorium (Tient donc ? On n’avait pas déjà décidé de sa place ??? A quoi a servi la maquette sinon à proposer cette place de l’auditorium ??? N’y a-t-il pas contradiction ?). Ainsi, l’architecte vend d’abord une « structure » nue, sans savoir comment cette structure fonctionnera et sera ensuite organisée à l’intérieur et habillée à l’extérieur ??? De qui se moque-t-on ? Ou alors n’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ??? N’aurait-il pas fallu d’abord songer ce pourquoi il devait ABSOLUMENT être construit : l’organisation fonctionnelle des services qu’il devait héberger ? On pourrait bien penser, au contraire, que le projet répond à une demande complexe et hétérogène : JE veux mon auditorium de 800 sièges, JE veux ma salle de réception bien en vue sur la place, JE veux ma cantine, et, enfin, il nous faut des bureaux pour caser les nouveaux services. Cette préoccupation serait-elle celle qui passe en dernier des priorités ? Sinon, il aurait suffit de réhabiliter l’Hôtel-Dieu, magnifique bâtiment qui n’attend que ça. D’ailleurs bon nombre de ses compères, et des plus proches, si proches qu’ils ont eu un « ticket » ensemble, auraient préféré cette solution, solution qui aurait eu le mérite de faire gagner du temps... et de l’argent. Mais le Président a décidé. JE veux. Et tous ont suivi...
Des contradictions, nous n’en sommes pas qu’à une seule. L’architecte a bien compris ce qui fait la spécificité de la structure de la parcelle des maisons anciennes, mais ce n’est pas propre à Troyes ! Toutes les maisons en pans de bois, quelles que soient les villes, répondent à cette même contrainte : la portée des poutres et en particulier des sablières. Ainsi, l’originalité du vieux Troyes ne réside pas en cet élément structurel commun à toutes ces maisons. Ce qui est étrange c’est que l’on justifiait cette immense barre horizontale de béton (comment sera-t-elle habillée, celle-ci, on nous avait dit qu’on y réfléchissait aussi...) comme un aspect identitaire, qui rappelait les sablières de nos maisons... Des sablières qui ne dépassent guère les 5 mètres se trouveraient ainsi transposées en cet immense élément épais de béton et peu harmonieux avec le reste de la place ?
Aux oppositions basées sur le respect du réseau des rues hérité du Moyen-âge, il est répondu des contre-arguments concernant la structure de la parcelle... Réponse biaisée ! La parcelle n’est pas le parcellaire ! Sont-ce donc les maisons qui auraient déterminé la structure des rues ? Ou n’a-t-on pas, au contraire, aligné les maisons le long de rues, certaines héritées de l’époque romaine le long desquelles les Foires s’organisèrent ? On est prêt à dire n’importe quoi pour justifier le projet peu enthousiasmant que l’on a créé et ayant pour conséquence la disparition d’une rue !
La modernité serait-ce donc de faire disparaître des rues ? Le soviétisme s’y s’est essayé, comme beaucoup de capitales communistes européennes, effaçant derrière leur architecture révolutionnaires, représentatives de leur révolution idéologique et culturelle, tout ce qui rappelait l’ancienne identité de ces villes. Le caractère identitaire des villes européennes, au contraire des villes américaines ou africaine, c’est le coeur historique hérité souvent de l’époque romaine, héritage se traduisant par un système de rues qui s’organisent autour d’un cardo et d’un décumanus. Troyes n’échappe pas à cette règle. Le parcellaire est venu ensuite. Le génie, justement, aurait été de créer un projet qui respectât les caractéristiques relevées par notre brillant architecte. Le génie aurait été de faire de ces contraintes, les caractéristiques d’un centre ancien, une base de travail et au final, un atout ? Respecter les proportions d’échelle, ce n’est pas seulement une question de hauteur et de verticalité. C’est aussi une question de largeur et d’horizontalité. En proposant en façade sur la place cet immense barre de béton, le projet ne respecte pas les proportions d’échelle.
Tous ces arguments ne sont que de la poudre aux yeux ! Du maquillage. On a casé tant bien que mal tout ce que le Président voulait, et on le maquille ensuite en essayant de trouver des pseudo-justifications.
D’un côté on nous dit que le modernisme c’est de ne pas respecter le parcellaire ancien. De l’autre on veut « récupérer l’esprit historique du centre ». Il faudrait savoir ! La toiture de bois, de tavillon : un élément « alibi ». On nous dit même que dans l’Aube beaucoup d’églises ont conservé leur toiture ou leur clocher en tavillon. Beaucoup ? C’est combien ??? Beaucoup, dans mon dictionnaire veut dire « en grand nombre ». Encore un argument lancé gratuitement ! J’aimerai bien que Monsieur le Président nous dise COMBIEN exactement d’églises ont conservé dans l’Aube du tavillon sur les toitures et les clochers... et si ce chiffre c’est « beaucoup » !
Et n’était-il pas question aussi d’un autre élément alibi, le vitrail ? On voulait refaire le « coup » du parking ?