Rassurez-vous braves gens ! N’ayez crainte amis écolos... Le tourisme et le nucléaire font bon ménage. Copains comme cochons comme dirait l’autre ! En tout cas, c’est ce que tente de nous expliquer le grand reporter le correspondant de l’Est-Eclair envoyé du côté de Nogent.
Je me suis d’abord demandé ce qui a pu motiver l’écriture d’un tel papier au milieu du printemps. Un bourgeonnement soudain sur les tours de la centrale ? Un projet "Nogent-Plage" sur les rives d’une Seine réchauffée par les rejets de la centrale ? Rien de tout celà ...
J’ai vite écarté la piste Gueritte [1]. Le bougre est certes un provocateur mais pas au point d’inspirer de telles énormités à un journaliste. J’ai ensuite pensé à un publi-reportage. Très à la mode, ce truc, pour une entreprise en quête de respectabilité.
Car la lecture de cette publicité ce machin m’a laissé pantois. Tout n’est qu’une succession de poncifs à la gloire du nucléaire, de vérités révélées par je ne sais quel responsable d’EDF ou d’aphorismes ridicules.
Le nucléaire n’est en aucun cas un frein au développement du tourisme local
Et ça commence fort ! Dès les premières lignes le journaliste affirme tout de go : « Le nucléaire rebute ou séduit, mais il ne nuit certainement pas au tourisme local et n’est en aucun cas un frein à son développement... ». Voilà qui est dit ! Chacun appréciera toute la prudence et l’impartialité nécessaires qui parcourent les première lignes de cet article... Excité comme un jouvenceau, l’écolo que je suis attend alors les preuves de cette information... bien évidemment, elles ne viendront pas.
La suite est en effet du même acabit. L’auteur de cet éloge poursuit : « Certains opposants de la première heure sur l’implantation de la centrale nucléaire nogentaise ont pourtant radicalement changé d’avis depuis de nombreuses années, et pour cause. ». Combien ? Lesquels ? On n’en saura pas plus...
Dans ce monde rose de l’atome, notre journaliste apporte alors, après une longue enquête, l’indiscutable preuve : « Nombreuses sont d’ailleurs les personnes qui viennent sur le site pour comprendre son fonctionnement. [2] Le « tourisme nucléaire » existe, ce n’est pas la cellule communication de la centrale qui le contestera, au regard des statistiques [3] qu’elle détient sur le nombre de visiteurs, qui n’a cessé d’augmenter. ». (Sic).
Voilà une formule qui fera sans doute date dans les écoles de journalisme. En effet, sur la foi de mystérieuses statistiques détenues par la cellule communication de la centrale, notre reporter affirme que cette même cellule ne contestera pas ses propres chiffres qui valoriseraient l’image du nucléaire !
Résumons : selon l’avocat du tourisme nucléaire le magicien du bic 4 couleurs, le nucléaire serait donc au tourisme nogentais ce que le pied de porc est à Sainte-Menehould. Les preuves sont légions :
De mystérieux opposants (convertis au bonheur à l’uranium),
des visiteurs nombreux (mais qu’on ne chiffre pas),
des statistiques tout aussi mystérieuses et incontestées par le service communication de la Centrale...
Je vous laisse imaginer le long travail d’investigation, les informations, coupées et recoupées qu’il aura fallu pour pondre un truc pareil !
Le nucléaire ne fait plus peur
Fort heureusement, une petite phrase, glissée par hasard, vient nous rappeler que nous ne lisons pas le bulletin trimestriel d’AREVA. : « Le nucléaire ne fait plus peur… mais il inquiète encore, comme on a pu le constater lors des incidents récents et successifs qui ont alimenté la chronique faits divers. ». C’est tout !
Mais cette petite concession à l’éthique journalistique n’est là que pour mieux nous convaincre du bonheur d’une France nucléarisée... Mon nouvel ami écrit ensuite : « La population a besoin d’être rassurée, la direction d’EDF et les élus locaux l’ont bien compris, qui multiplient une communication ciblée et quotidienne sur les mesures de la radioactivité dans l’environnement. « Des milliers de prélèvements autour du site et d’analyses en laboratoire sont réalisés chaque année », assure le service communication de la centrale. " Les analyses et la fréquence à laquelle elles sont effectuées sont définies par un organisme indépendant, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, ndlr), qui contrôle les résultats présentés mais réalise aussi, comme d’autres organismes, ses propres prélèvements et mesures." »
Tout va décidément bien. Et notre attaché de presse journaliste, sans doute subjugué par le service communication de la centrale, n’hésite pas à qualifier ces mesures de « drastiques ». Dommage qu’il n’ait pas eu l’idée de confronter ces affirmations à d’autres points de vue : ceux de Greenpeace, de Sortir du Nucléaire ou de la CRIIRAD... Ainsi aurait-il pu, par exemple, apprendre quelques éléments sur la contamination il y a moins d’un an de 7 salariés sur le site de Nogent... Vous avez dit : « Mesures drastiques » ???
Soucieux de protéger les bonnes relations avec le service de communication de la centrale (seule et unique source utilisée pour rédiger cet article), notre journaliste a préféré taire ce petit incident et mettre en avant la réserve de la Pré. Sa simple présence et l’engagement d’EDF dans la protection de la nature semble suffir à prouver l’innocuité du nucléaire...
Le personnel de maintenance participe au tourisme local
Et puis, il y a ce petit encadré : le témoignage de la directice de l’office du tourisme du Nogentais. Difficile d’imaginer qu’elle puisse dire que le nucléaire est une catastrophe. Rassurez-vous, cette personne nous explique tout le contraire : « Lors des arrêts de tranches, le personnel qui assure la maintenance et vient pour quelque temps dans le Nogentais contribue à l’économie locale, par la location de mobile-home et de nuitées. Mais il participe aussi au tourisme local, car il n’est pas rare que ces employés reviennent un peu plus tard avec leur famille, la région les ayant séduits. ».
Que les employés chargés de la maintenance participent à l’économie locale c’est un fait. Que ceux-ci louent quelques mobile-home, sans doute. De là à les associer au développement du tourisme nogentais, il y a un pas vers le ridicule qui semble être franchit avec allégresse.
Toujours est-il que cet article m’aura fait passer un bon moment. Et notre ami porte-parole de d’EDF journaliste aura réalisé l’exploit, de nous faire croire que le nucléaire n’est en rien un frein au tourisme « bien au contraire » écrit-il... sans jamais apporter une seule preuve chiffrée et en se reposant sur l’unique point de vue de la cellule de communication de la centrale !











