La montée dans les sondages de Bayrou est sans doute l’événement politique de la semaine. Cela fera plaisir à quelques rédacteurs du site, moins à d’autres, mais le phénomène confirme un pressentiment que beaucoup partageaient depuis quelques semaines.
En politique aussi la nature a horreur du vide, et le phénomène Royal paraissait et paraît encore ne reposer que sur une bulle médiatique et un trou noir d’apparence. Cette lente érosion inquiète de plus en plus les socialistes eux-mêmes. A tel point qu’on commence, ici ou là, à évoquer son renoncement... Royal s’étiolant peu à peu, c’est Bayrou qui occupe l’espace politique laissé vacant, confirme sa lente percée et, cette semaine, sa place de troisième homme. L’affaire n’est pas encore pliée, loin de là. Et le premier tour que tous les médias annonçaient comme joué d’avance, pourrait révéler quelques surprises.
A la gauche du PS, ce n’est pas le vide qui manque ! Le front anti-libéral, comme prévu, a fait pschitt... et les promesses du grand soir ont laissé place aux appétits électoraux des petites chapelles et des petits individus. D’autant plus, que là aussi, on fait le pari de l’effondrement de Ségolène Royal. Laguiller, Besancenot, Buffet, et cette semaine Bové... la meute rouge est en chasse pour arracher quelques pourcents aux socialistes en déconfiture et surtout pour exister dans une contestation stérile et souvent teintée de populisme... Il y a ici, à gauche, une forme de cannibalisme électoral qui doit, ravir Sarkozy et Le Pen...
A droite, justement, Sarkozy occupe tout l’espace politique, balayant avec, il faut le reconnaître, une efficacité étonnante, tout le spectre politique de la droite française : du gaullisme social, à la démocratie chrétienne, en passant par la droite libérale et en chassant sur les terres d’une droite nationaliste et autoritaire.
Et dans l’Aube ?
Dans l’Aube, également, la nature a horreur du vide. Elle préfère même le trop plein dans la deuxième circonscription où les candidats, à gauche comme à droite, se bousculent. Plus intéressante est la situation à Troyes. Car le forfait, annoncé il y a quelques jours, de Marc Bret pour emmener la gauche aux Municipales laisse un grand vide. Et pourtant, dieu sait si les municipales troyennes sont importantes pour elles-mêmes mais aussi pour la conduite de la CAT dont l’influence est aujourd’hui de plus en plus grande. Car il s’agit bel et bien du projet politique de toute l’agglomération troyenne, du projet politique pour plus de 120 000 habitants qui est en jeu. La route est-elle dégagée pour François Baroin ? Va-t-il en toute quiétude imposer à ces 120 000 habitants son projet politique pour les 6 prochaines années ? Pas si sûr... car, encore une fois, la nature a horreur du vide. Et celui créé par Marc Bret risque d’être très vite comblé et pourrait fort bien rebattre, dans la foulée des élections nationales, les cartes du jeu politique local.
Au sein du PS et de la Gauche ? c’est certain. L’état de la gauche municipale est tel qu’il est fort probable qu’apparaissent dans les mois à venir de nouvelles individualités, de nouvelles ambitions... Dans la société civile ? Longtemps absente du débat, le vide laissé à gauche pourrait, là aussi, faire naître quelques ambitions. A Droite et au Centre ? Les effets collatéraux des élections présidentielles et législatives et l’émancipation de l’UDF pourraient également modifier la donne politique locale.
Au final, telle la tectonique des plaques, les lourds mouvements politiques nationaux seront, n’en doutons pas, suivis de répliques locales plus ou moins violentes. Les continents se font, se défont. Les montagnes naissent de ces chocs géologiques, les mers et les océans apparaissent. Des civilisations, paraît-il, furent englouties par ces mouvements de la croûte terrestre. En politique, les coalitions qui semblaient éternelles, ne le sont pas. Et peut être assistons nous en ce moment à la lente et difficile formation d’un nouvel équilibre politique...










