L'article

13
mai
2006

Docteur Coué, j’ai mal à mon patrimoine...

Le Docteur Coué, a qui l’on doit la méthode du même nom, né à Troyes a marqué de son influence notre ville et son maire. En déposant la candidature de notre ville au patrimoine mondiale de l’UNESCO, F. Baroin applique cette méthode avec autant de zèle qu’il en faut pour soutenir un projet que je crains déjà mal ficelé.

Il ne s’agit pas de classer notre ville pour la qualité et l’originalité de son architecture ou de son urbanisme. Non. Toutes les places sont déjà prises, semble dire l’UNESCO. Pourtant, Troyes avait, comme sa cousine Provins (déjà classé à ce titre), toutes les qualités pour figurer dans ce patrimoine matériel.

Souhaitant, coûte que coûte, voir sa ville classée, François B. a décidé de concourir dans la catégorie Patrimoine Immatérielle. Avantage : seulement 47 « sites » dans le monde sont classés. Troyes peut ici prétendre être accueilli dans ce club très fermé de l’UNESCO.

Pour simplifier et prendre une métaphore footballistique, à défaut de pouvoir accéder à la première division, Troyes se console avec une promotion possible en 2e division.

L’axe retenu est celui-ci : « Troyes, épicentre de la pensée occidentale, religieuse et profane au XIIe siècle ». Le dossier met en avant Bernard de Clairvaux, Chrétien de Troyes et Rachi comme des figures majeures de cette pensée occidentale du 12e siècle.

C’est à ce moment là que le bon docteur Coué fait son apparition. Dans Libération Champagne du 13 mai, Lise Patelli souligne : « l’écoute particulièrement attentive et intéressée [NDR : du ministre de la culture] » à l’égard du dossier. François B. est lui même confiant : « nous avons de bonnes chances que le ministère porte notre dossier »

Alors, M. Coué, l’affaire est dans le sac ?

Pas si simple, car même si la France soutient le projet de Troyes, même si le Maire et une adjointe se déclarent confiants, même si l’on vante la qualité du dossier et son originalité, même si un ministre soutient cette candidature, c’est bien, en dernier lieu, l’UNESCO qui donnera ou non le label tant espéré. La méthode Coué a ses limites et dans notre dossier troyen, il y a comme un petit quelque chose qui, permettez-moi l’expression, déconne...

L’UNESCO est très clair et complet sur ce qu’elle entend par patrimoine immatériel.

Extrait :

« Comme le définit la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel on entend par "patrimoine culturel immatériel" les pratiques, représentations et expressions, les connaissances et savoir-faire que les communautés et les groupes et, dans certains cas, les individus, reconnaissent comme partie intégrante de leur patrimoine culturel. Ledit patrimoine, appelé parfois "patrimoine culturel vivant", concerne les domaines suivants : les traditions et expressions orales, y compris la langue en tant que véhicule pour le patrimoine culturel immatériel, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel. Transmis de génération en génération, le patrimoine culturel immatériel, est recréé de manière permanente par les communautés et les groupes en fonction du milieu dans lequel ils vivent, des rapports qu’ils entretiennent avec la nature et de leur histoire. Le patrimoine culturel immatériel procure aux populations et aux communautés un sentiment d’identité et de continuité ; la sauvegarde de ce patrimoine promeut, nourrit et favorise le développement de la diversité culturelle et de la créativité. »

Problèmes : Dans quel domaine s’inscrit le dossier troyen ?
- Traditions et expressions orales ? Non
- Arts du spectacle ? Non
- Pratiques sociales, rituels... ? Non plus
- Connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ? Pas davantage
- Savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel ? Toujours pas.

Pire encore, dans cette définition que nous donne l’UNESCO, ce patrimoine immatériel est supposé être « recréé de manière permanente... » ; on évoque également pour le qualifier un « patrimoine culturel vivant »

Difficile de prétendre que l’oeuvre de Chretien de Troyes où les exegèses de Rachi donnent lieu à Troyes à des pratiques culturelles vivantes (au sens où l’entend l’UNESCO) ! Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les sites déjà classés au patrimoine immatériel : Le carnaval d’Oruro, le théâtre Sanskrit en Inde, la musique de Morin Khuur en Mongolie, le Mystère d’Elche en Espagne... Des pratiques véritablement vivantes.

Je crains que le dossier troyen soit donc hors-sujet pour ce classement au patrimoine immatériel. Et j’en appelle à M. Coué pour qu’il m’aide, quand même, à y croire...



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Les commentaires (1)

Docteur Coué, j’ai mal à mon patrimoine...
  • Commentaire 221
    le 14 mai 2006  à 15:23

    Je vous trouve bien pessimiste... Rachi, Clairvaux et Chretien de Troyes ont compté dans l’histoire du Monde et ils sont troyens, c’est là l’essentiel pour ce classement.

    Et on ne sait jamais...

    repondre Répondre



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