Pompeusement, ils se sont appelés les gaullistes du Renouveau. 29 députés et sénateurs ont, sous ce nom, signé une tribune commune pour dire oui, oui et re-oui au retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN ! Pas vraiment à cheval sur l’histoire et les valeurs du gaullisme, nos 29 joyeux drilles défendent une position sarkozienne, pourtant très loin de l’indépendance voulue par le Général de Gaulle.
Parmi ces 29 « gaullistes du renouveau » se trouvent deux aubois. Et pas des moindres puisqu’il s’agit du Sénateur Yann Gaillard et du député Nicolas Dhuicq. Sur son blog, le maire de Brienne affirme même être l’auteur de cet article.
Le petit Nicolas a bien appris ses leçons d’histoire
S’agissant du fond, l’article en question commence par un long et ennuyeux rappelle historique : sur le départ de la France en 1966 du commandement intégré, sur la chute du mur de Berlin, le 11 septembre, l’intervention en Afghanistan et les nouvelles menaces de notre monde... Ne manque que le mariage de Nicolas et Carlita et les aventures de la grippe porcino-mexicaine. Une chose est sûre : Nicolas a manifestement bien appris ses leçons et les récite parfaitement. C’est bien mon petit ! Mais la suite n’est guère passionnante. Tentant de justifier la décision présidentielle, Nicolas et ses 28 copains étalent leurs pseudo-arguments (premièrement, deuxièmement, troisièmement...) comme d’autres étalent leurs lettres au scrabble : avec ordre, logique, beaucoup d’ennui et peu de conviction.
Ze veux garder ma bombe !
Le premier de ces arguments nous explique que l’autonomie en matière de dissuasion nucléaire n’est pas remis en cause. Certes... mais est-ce suffisant pour ré-intégrér ce commandement ? Rester hors de cette structure nous a-t-il jamais privé de notre autonomie nucléaire ? Pas davantage. Bref, en la matière, l’argument de l’autonomie nucléaire ne justifie absolument pas la décision présidentielle.
Changer pour ne rien changer ? Drôle de manière de vouloir changer...
Deuxième argument : « le maintien de la libre décision d’intervenir ou non dans un conflit ». C’est vrai. L’Allemagne a ainsi empêché à l’OTAN d’intervenir en Irak. Mais là encore, comme pour la question de la dissuasion nucléaire, nos « gaullistes du renouveau » nous disent finalement que la réintégration ne changera rien à la situation actuelle. Et bien alors... si elle ne change rien, pourquoi y revenir ?
Rafales, mirages et chars Leclerc en solde
Peut-être le troisième argument sera-t-il meilleur ? Peut-être nous apportera-t-il les bonnes raisons à ce retour dans l’OTAN ? Le voici in-extenso : « Troisièmement, il nous semble primordial de défendre un appareil industriel et de recherche autonome dans le secteur des armements. Notre absence des instances intégrées n’a pas empêché des fonds européens de financer le développement du futur appareil américain, le F35. ». Et alors me direz-vous ? Indécrottable pacifiste, j’ai d’abord de sérieux doutes sur la nécessité de défendre notre industrie militaire. Celle-là même qui a armé de sympathiques dictateurs... Mais admettons. Admettons qu’il soit nécessaire, indispensable, vital de défendre les fabricants de morts. Admettons que la vente de deux ou trois chars Leclerc aux rabais à quelques dictatures moyen-orientales soit, pour le petit Nicolas, une question cruciale... En quoi, une nouvelle fois, le retour ou non dans l’OTAN changera-t-il quoique ce soit ? En quoi notre absence du commandement intégré a-t-il porté préjudice à nos marchands d’armes ? Et pour tout dire : est-il bien digne, pour notre république, de mettre en avant la perspectives de vendre quelques missiles pour convaincre de revenir dans l’OTAN ?
La place rouge était vide ? et Nicolas...
Le dernier argument n’est guère plus convaincant. Nicolas Dhuicq nous explique : « que la Russie a vocation à devenir un partenaire essentiel de l’Europe comme de l’Alliance atlantique. C’est pourquoi nous ne souhaitons pas un élargissement supplémentaire de l’Otan qui serait vécu comme une provocation inutile. ». Difficile de comprendre ce qui, ici, peut justifier le retour de la France dans l’OTAN.
... s’emmêle les pinceaux
Il faut attendre la fin de cet article pour que nos 29 derniers mohicans gaullistes précisent enfin l’intérêt (au singulier) qu’a la France à rejoindre les instances intégrées. Mais là encore c’est le flou le plus total. Il est question de construire la défense européenne sans jamais expliquer comment ce retour dans l’OTAN faciliterait davantage la construction d’une défense commune. Certes le contexte était largement différent, mais on se souvient qu’en 1954, alors même que la France avait pleinement sa place dans l’OTAN, la CED [1] était rejetée par les parlementaires français. Au contraire, les principales avancées dans la construction d’une Europe de la Défense (PESC en 1992, PESD en 1999, Eurocorps...) ont toujours été réalisées en dehors du traité Atlantique. Bref, en rien l’intégration dans l’OTAN ne peut nous garantir la nécessaire construction d’une défense européenne et encore moins la mise en place d’une politique étrangère commune. Seul argument à peu près valable, les 29 parlementaires déclarent finalement que : « La présence de nos officiers supérieurs au sein de l’Otan est préférable à la chaise vide pour influer sur les orientations. ». Mais il ne s’agit là que d’un argument de forme, très insuffisant pour convaincre de la nécessité absolue d’une telle décision.
Le bouquet final des poncifs
Le dernier paragraphe n’ajoute rien de plus à ce triste discours, si ce n’est d’accumuler quelques poncifs, « la France pour faire entendre sa voix doit trouver les leviers d’Archimède d’aujourd’hui. » quelques lieux communs « Inscrits dans notre temps, fidèles à nos valeurs, capables de nous projeter dans l’avenir... », quelques belles formules creuses « Donnons à la France et à nos soldats la reconnaissance qu’ils méritent parmi nos alliés, pour assurer la sécurité de nos enfants ! ».
L’homme qui dit oui, oui, oui !
Nicolas Dhuicq, auteur malheureux de cet article, n’aura finalement pas brillé par ses convictions, ni par sa force de persuasion. Au moins aura-t-il montré son allégeance et sa fidélité au président de la République. A défaut d’être l’homme qui dit "non", Nicolas sera sans doute le petit homme qui dit oui, oui, oui à son président. Voilà qui pourra sans doute servir son avenir politique...
[1] Communauté Européenne de Défense












