Dans un contexte particulièrement sombre, où la région Champagne-Ardenne est la seule à perdre de la population, l’Aube et la ville de Troyes limitent la casse. Mieux encore, notre département gagne 7 000 habitants depuis 1999 (+2,4%). La ville de Troyes progresse, elle, de 400 habitants (+0,63). Dans les deux cas, ces évolutions contrastent avec la baisse de la population à l’échelle de la région (-0,3%).
Même en se plaçant à l’échelle nationale, notre département fait mieux que beaucoup de ses voisins. Mieux que la Marne, la Haute-Marne l’Aisne, L’Yonne, La Côte d’Or, la Meuse...
Bref, à l’échelle du Nord-Est de la France, l’Aube tire indiscutablement son épingle du jeu. Certes, notre département fait encore pâle figure en comparaison avec les départements côtiers. Mais les atouts ne sont évidemment pas les mêmes.
Qu’en conclure ? Est-ce le résultat de l’action politique menée depuis 10 ans ? Est-ce la preuve du dynamisme retrouvé ? L’Est-Eclair et l’adjointe au Maire Marie Le Corre crient déjà victoire et louent les effets des politiques menées depuis 10 ans. C’est aller vite en besogne. Il faudra en effet une analyse plus fine des évolutions démographiques pour tirer quelques conclusions. Car les interactions entre les politiques locales de développement et les évolutions de la population sont complexes.
Un élément à prendre en compte est celui des deux soldes qui définissent l’évolution d’une population : le solde naturel [1] et le solde migratoire [2]. On sait, depuis quelques temps, que notre département maintient et même augmente sa population grâce à une natalité encore tonique. Or, c’est souvent le solde migratoire qui illustre le mieux l’attractivité ou la répulsivité d’une ville ou d’un département. Et pour le moment, ces données ne sont pas disponibles.
Un autre élément à prendre en compte : celui de la complexité et des interactions entre attractivité et répulsivité. On sait que l’Aube et particulièrement Troyes a pendant longtemps souffert de la crise et de la désertification. Ainsi, la population troyenne qui a culminé à la fin des années 60 à plus de 77 000 habitants, s’est lentement mais constamment effritée tout au long de années 70, 80 et 90 pour atteindre un plancher de 59 000 habitants au recensements de 1990. Cet indice indiscutable de répulsivité aura eu au moins un avantage : celui de maintenir un niveau des loyers et des prix immobiliers particulièrement bas pour une ville à moins de 2 heures de Paris. On peut penser que dans la période 1999-2006, celle qui balise l’étude de l’INSEE, celle qui correspond également au boom des prix de l’immobilier, l’Aube et Troyes aient pu faire valoir cet atout pour attirer de nouvelles populations. Autrement dit, la répulsivité d’hier aura créé les conditions de l’attractivité d’aujourd’hui.
Mais ces deux éléments ne sont évidemment qu’une petite partie du problème qui nous occupe. Ils nous invitent cependant à considérer les politiques locales de développement comme étant au coeur d’un système complexe. Les élus et les politiques qu’ils peuvent animer ne sont souvent qu’un des éléments du système. Bref, s’il faut se réjouir des chiffres publiés par l’INSEE, l’honnêteté devrait conduire nos élus à ne pas crier trop vite victoire.










