Il y a des exceptions, des particularisme qu’on aime, dont on est fière : en France, on se glorifie de notre exception culturelle. Dans l’Aube, on aime faire remarquer notre patrimoine, nos spécialités gastronomiques, notre champagne... Il y en a d’autres dont on aimerait bien se passer. C’est le cas en politique lorsqu’on juge l’étrange et désespérante particularité de notre département.
Partout en France, les élections municipales ont donné lieu à une véritable vague rose, une déferlante progressiste emportant la plupart des grandes villes, ancrées depuis une éternité à Droite : Reims, Metz, Toulouse, Périgueux, Caen... Preuve, s’il en fallait, que rien n’est impossible ; preuve qu’un ministre, qu’une personnalité même bien implantée, peut être battu. Preuve que l’alternance est réalisable si ce n’est souhaitable pour que la démocratie respire.
Cela est vrai, partout en France, mais pas dans l’Aube.
La vague rose s’est transformée, ici, en un petit clapotis. Un clapotis Rose-Vert, à l’image des succès de l’écologiste Jean-Marc Massin (57% contre Pascal Thomas), de René Gaudot à Bar-sur-Aube et surtout d’Olivier Girardin qui emporte la mairie de La Chapelle-Saint-Luc. C’est joli, cela redonnera le sourire aux femmes et aux hommes de Gauche, mais cela ne suffira pas à masquer les difficultés de la Gauche auboise. Car cette petite brise locale, ce doux vent d’ouest n’a pas, loin s’en faut, fait tanguer le navire UMP. A peine François Baroin et Philippe Adnot auront-ils, ce dimanche 16 mars au soir, ressenti un léger mal de mer. Au contraire, toutes voiles dehors, Baroin aura été ré-élu au premier tour en écrasant les listes concurrentes (celle du MoDem et du PS) ; Romilly aura basculé à Droite, nettement ; et personne ne sera parvenu à inquiéter les conseillers généraux UMP sortants. Philippe Adnot a sans doute raison lorsqu’il parlait, dimanche soir, d’un département à contre-courant de la tendance nationale. L’Aube reste, plus que jamais, une terre de Droite. Même le fief romillon n’est désormais plus qu’un souvenir pour les nostalgiques d’un communisme municipal rayonnant.
Que reste-t-il ?
Sauf exceptions (Sainte-Savine, La Chapelle et Bar-sur-Aube), il ne reste à la Gauche que les miettes d’un contre-pouvoir démocratique. C’est dire, dans ce contexte, l’importance et la valeur des succès de Massin, Girardin, Gaudot mais aussi Landréat. Il demeurera pourtant difficile dans ses conditions de faire valoir les critiques et les contre-propositions nécessaires. Le travail de ces élus n’en sera que plus indispensable pour contre-balancer les excès de cette quasi-hégémonie. Il reste maintenant à la Gauche, au Centre et aux écologistes la nécessité de se rénover, de se retrouver, de préparer enfin les conditions d’une alternance. Il faudra, pour y parvenir, dépasser les petites querelles, les ostracismes des uns, les sectarismes des autres ; et surtout, aller au delà du fatalisme et de la résignation qui gouvernent les comportements l’opposition depuis plus de 30 ans.










