L'article

19
déce
2009

DES CHIFFRES ET DES DETTES

Un projet pharaonique de 55 millions d’euros pour le projet muséal nogentais autour de l’œuvre de Camille Claudel…

55 millions d’euros, c’est effectivement beaucoup d’argent, du côté des dépenses.

Qu’y-a-t-il du coté des recettes ? Qu’est-ce qui est prévu, comme entrées pour équilibrer les dépenses et qui fera que le projet sera équilibré, et peut être même auto-financé ?

Il serait donc bon que le maire nous montre son plan prévisionnel de financement, et sur combien d’années...

Pour l’instant, on en reste aux supputations : on suppose que les touristes viendront en masse, on multiplie par le prix du billet d’entrée ou autres conférences et activités payantes, vente de babioles à la boutique du musée,... on rajoute hypothétiquement ce que la mairie collecterait de manière induite sous forme de taxes et impôts vus les bénéfices que ne manqueront pas de faire les hôtels restaurants et divers commerces... on suppose également qu’il y aura des subventions du Ministère de la Culture. En tous cas, il faut des prévisions de financement qui s’appuient sur des engagements et des chiffres qui soient suffisamment étudiés et crédibles. Si c’est le cas, il n’y a rien à dire ; pourquoi pas un musée Camille Claudel. Si ça n’est pas le cas, si c’est simplement des belles paroles en l’air, un miroir aux alouettes, je pense que c’est irresponsable d’engager un tel montant de dettes qui va peser sur la population et contribuables pendant de longues années.

Je le dis d’autant plus librement que je suis quelqu’un qui pense que le développement culturel et éducatif dans une société est quelque-chose de très très important, qu’il ne faut absolument pas négliger. A ce propos, je voudrais livrer aux lecteurs de ce blog quelques réflexions personnelles sur le projet lui même : pourquoi Camille Claudel à Nogent ? Son passage à Nogent a été extrêmement bref. Je ne crois pas que ce lieu l’ait marquée profondément dans son art. Mais elle y a fait la rencontre d’Alfred Boucher qui, au vu de son jeune et extraordinaire talent, l’a renvoyée à Paris vers un autre confrère. On peut donc dire que c’est comme ça qu’elle a fait la connaissance du celebrissime sculpteur Auguste Rodin. Avec les conséquences, bonnes et mauvaises, que cela a eu dans sa vie.

C’est bien de montrer les grandes œuvres de Camille Claudel, qui ont déjà acquis leurs lettres de noblesse. Mais parle-t-on de l’artiste, de la femme, de la victime aussi.

Car c’est peut être ce qu’il y a de plus intéressant dans cette oeuvre, la confrontation de l’art et de la folie.

Je verrais bien un projet qui mette ça en avant, plus que simplement (j’allais dire "bêtement") une galerie de sculptures, si bien agencée soit-elle. Il n’y a pas d’art sans artiste. C’est sans doute une Lapalissade. Mais j’ai l’impression que certaines classes d’amateurs d’art, gens chics qui se congratulent dans les salons, passent complètement à côté de l’artiste Camille Claudel, la femme, la folle, la clocharde, la réprouvée, celle que sa famille bourgeoise a abandonnée à un destin absolument tragique. La vraie leçon de Camille Claudel est là : la grande artiste est morte de faim et de froid à l’asile de fous.

Aujourd’hui, quel progrès a été fait pour s’occuper des personnes malades mentales. L’art peut-il être une thérapie et dans quelles conditions ? C’est un sujet qui mériterait d’être mis en avant dans un projet Camille Claudel. Je suis passée dernièrement à Romilly devant le nouveau centre d’accueil pour personnes handicapées. Il porte bien son nom : Centre Camille Claudel.

C’est un hommage bien plus beau et vivant qu’un musée.

ND de Marnay



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Les commentaires (4)

DES CHIFFRES ET DES DETTES
  • Commentaire 36538 Élastoc
    le 19 décembre 2009  à 15:37

    Merci pour cette réflexion criitique et constructive de ce projet assurément fantasmé par quelques élus en mal de reconnaissance publique, du moins de leur public. Voudraient-ils par hasard racheter leurs errances de développement industriel, si porteuses de désenchantements et de nuisances ?

    Bien sûr qu’un musée qui redonnerait vie à cette pauvre Camille contrarierait un peu la "mortitude culturelle" du désert nogentais. Mais faut-il pour celà engager les contribuables sur la voie d’un surendettement si dénoncé par nos bonnes âmes gouvernantes ?

    Nogent était sans doute une ville agréable du temps d’Alfred Boucher et de sa protégée. La plume de Flaubert y a même trouvé un environnement propice à l’inspiration.
    Qu’en ont fait ses édiles depuis ces trente dernières années ? Une cité où le profit à court terme a encouragé, certes un développement économique et son lot d’emplois, mais assorti de nuisances environnementales et de cruelles désillusions sociales. Ce ne sont pas les guirlandes pharaoniques de Noël qui peuvent redonner espoir aux laissers pour compte de la "crise".
    Espérons qu’un musée Camille Claudel, ramené à de justes proportions et redonnant vie à la pauvre artiste, réveillera quelque peu la conscience humaniste qui, je l’espère, doit bien encore être disponible chez nos élus locaux.

    Élastoc de Montpothier

    repondre Répondre



  • Commentaire 36552 britannix
    le 20 décembre 2009  à 08:11

    A l’âge des médias et tandis que la culture se démocratise, certaines personnes se permettent des critiques sur l’initiative d’un conseil municipal quant au projet excellent du musée CLAUDEL.
    A marnay-sur-seine, le jardin botanique a reçu également des subventions importantes ! ; faut-il les supprimer !

    Oubliez vos critiques et vive la culture.

  • Commentaire 36603 un gars de Marnay
    le 21 décembre 2009  à 09:42

    A propos de subvention, et pour ce que j’en sais pour avoir participé aux assemblées générales, le jardin botannique de Marnay est financé par une fondation privée. Les subventions reçues du Conseil Général depuis quelques années se limite à quelques milliers d’euros et celle du conseil régional ne concernent que des programmes d’investissement, là encore dans des limites plus que raisonnables... Donc pas de fantasmes ami britannix, informez vous, participez à la vie associative !
    Par contre il n’est pas interdit de s’interroger sur la politique municipale nogentaise... la transformation du tissu urbain en zone industrielle ou le grand projet culturel ne sont pas partagés avec la population, les édiles sont incapables d’expliquer leur politique, de la défendre et d’en apporter la justification...comment croire au succès de la transformation aussi profonde d’une ville sans adhésion de la population ?
    Je prends date pour l’avenir : la réforme de la taxe professionnelle allège l’impôt pour les industries et l’alourdit pour les services, les recettes de la ville (qui a choisit majoritairement les industries) vont inévitablement baisser, par ailleurs l’absence "d’ambiance" culturelle à Nogent voue le projet Claudel à un succès très relatif (au mieux)...bon enfin je ne suis pas très optimiste sur ce coup là !
    allez bonne journée à tous !

  • repondre Répondre



  • Commentaire 36582 Dominique Cauvé
    le 20 décembre 2009  à 19:05

    Comment voulez-vous que la petite « faune » habituelle qui constitue les visiteurs de musées, bourgeoise à souhait, engoncée dans des convictions de pures apparences, puisse comprendre aux souffrances qui furent celles de Camille Claudel , ces souffrances induites par la psychose maniaco-dépressive bipolaire, ou plutôt comme l’on dit aujourd’hui des troubles de l’humeur de très forte amplitude ?

    Ils ne peuvent assurément rien y comprendre, tout comme le frère de Camille, Paul, qui s’enferma, très tôt, dans un confort spirituel, littéraire et relationnel, digne d’un incurable bien-pensant.

    Ceci écrit , Camille Claudel, si elle avait vécu aujourd’hui, aurait pu bénéficier d’un traitement médical approprié qui lui aurait évité un séjour de trente années en « asile », et elle aurait donc pu donner davantage libre cours à son génie, mais hélas l’on ne peut appartenir qu’à une seule époque !

    www.artquid.com/dominique-cauve

    repondre Répondre



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