Un projet pharaonique de 55 millions d’euros pour le projet muséal nogentais autour de l’œuvre de Camille Claudel…
55 millions d’euros, c’est effectivement beaucoup d’argent, du côté des dépenses.
Qu’y-a-t-il du coté des recettes ? Qu’est-ce qui est prévu, comme entrées pour équilibrer les dépenses et qui fera que le projet sera équilibré, et peut être même auto-financé ?
Il serait donc bon que le maire nous montre son plan prévisionnel de financement, et sur combien d’années...
Pour l’instant, on en reste aux supputations : on suppose que les touristes viendront en masse, on multiplie par le prix du billet d’entrée ou autres conférences et activités payantes, vente de babioles à la boutique du musée,... on rajoute hypothétiquement ce que la mairie collecterait de manière induite sous forme de taxes et impôts vus les bénéfices que ne manqueront pas de faire les hôtels restaurants et divers commerces... on suppose également qu’il y aura des subventions du Ministère de la Culture. En tous cas, il faut des prévisions de financement qui s’appuient sur des engagements et des chiffres qui soient suffisamment étudiés et crédibles. Si c’est le cas, il n’y a rien à dire ; pourquoi pas un musée Camille Claudel. Si ça n’est pas le cas, si c’est simplement des belles paroles en l’air, un miroir aux alouettes, je pense que c’est irresponsable d’engager un tel montant de dettes qui va peser sur la population et contribuables pendant de longues années.
Je le dis d’autant plus librement que je suis quelqu’un qui pense que le développement culturel et éducatif dans une société est quelque-chose de très très important, qu’il ne faut absolument pas négliger. A ce propos, je voudrais livrer aux lecteurs de ce blog quelques réflexions personnelles sur le projet lui même : pourquoi Camille Claudel à Nogent ? Son passage à Nogent a été extrêmement bref. Je ne crois pas que ce lieu l’ait marquée profondément dans son art. Mais elle y a fait la rencontre d’Alfred Boucher qui, au vu de son jeune et extraordinaire talent, l’a renvoyée à Paris vers un autre confrère. On peut donc dire que c’est comme ça qu’elle a fait la connaissance du celebrissime sculpteur Auguste Rodin. Avec les conséquences, bonnes et mauvaises, que cela a eu dans sa vie.
C’est bien de montrer les grandes œuvres de Camille Claudel, qui ont déjà acquis leurs lettres de noblesse. Mais parle-t-on de l’artiste, de la femme, de la victime aussi.
Car c’est peut être ce qu’il y a de plus intéressant dans cette oeuvre, la confrontation de l’art et de la folie.
Je verrais bien un projet qui mette ça en avant, plus que simplement (j’allais dire "bêtement") une galerie de sculptures, si bien agencée soit-elle. Il n’y a pas d’art sans artiste. C’est sans doute une Lapalissade. Mais j’ai l’impression que certaines classes d’amateurs d’art, gens chics qui se congratulent dans les salons, passent complètement à côté de l’artiste Camille Claudel, la femme, la folle, la clocharde, la réprouvée, celle que sa famille bourgeoise a abandonnée à un destin absolument tragique. La vraie leçon de Camille Claudel est là : la grande artiste est morte de faim et de froid à l’asile de fous.
Aujourd’hui, quel progrès a été fait pour s’occuper des personnes malades mentales. L’art peut-il être une thérapie et dans quelles conditions ? C’est un sujet qui mériterait d’être mis en avant dans un projet Camille Claudel. Je suis passée dernièrement à Romilly devant le nouveau centre d’accueil pour personnes handicapées. Il porte bien son nom : Centre Camille Claudel.
C’est un hommage bien plus beau et vivant qu’un musée.
ND de Marnay










