Le débat sur les déchets nucléaires a alimenté sur Auboisementcorrect un certain nombre d’articles et de réactions ; un débat local. Cependant la politique nucléaire dans son aspect global a-t-elle été examinée ? Et tandis que l’on s’inquiète de son jardin, on en occulte des situations autrement plus dramatiques. Mais c’est tellement loin. Car ici, chez nous, tant qu’il y a de l’énergie qui arrive chez moi, tant que les déchets que sa production génère ne viennent pas dans mon jardin…
Qu’on ne s’inquiète pas, notre VRP national travaille pour nous ; la taxe carbone validée exemptant l’énergie nucléaire, l’EPR a un bel avenir devant lui, même si un marché de 20 milliards vient d’être perdu, et tant qu’il y aura du minerai... Pour la mise en exécution de ce programme, notre VRP national sillonne le Monde. En mars, il était au Niger, exigeant la « transparence » dans l’extraction d’un poison nommé Uranium. Son homologue américain, le « patron du monde » ne l’aiguillonnait-il pas il y a quelques semaines, exprimant le souhait que la démocratie progresse au Niger ? « L’Amérique attend le jour où le Niger pourra célébrer à la fois la proclamation de la république et sa transition solide vers la démocratie ». Le Niger, ne serait-il donc pas un état démocratique ? Et cette démocratie profiterait-elle aux intérêts Français ?
Lorsque le premier président du Niger Hamani Diori avait effrontément demandé une augmentation modeste de la part de son pays sur les revenus de l’uranium, un coup d’état le destitua ; c’était en 1975. Le gouvernement qui lui succéda avait voulu poursuivre les négociations sur les mêmes bases ; celui qui menait les discussions, numéro deux du régime, s’était alors trouvé accusé de tentative de coup d’état. Jugé, exécuté. Démocratie efficace et expéditive ; les présidents ne sont-ils pas élus ? Plus récemment, alors que le Niger tentait de desserrer l’étau néo-colonial français en voulant faire jouer la concurrence pour l’exploitation de nouveaux gisements, le pays hérite rébellion de la même façon qu’en Côte d’Ivoire, lorsque Gbagbo voulut multilatéraliser ses partenariats internationaux… hasard et coïncidence, bien évidemment ! la rébellion Touarègue qui avait déposé les armes en 1995, était soudainement réactivée en février 2007, en se distinguant en juillet 2007 par la prise en otage d’un cadre de la compagnie chinoise concurrente. En juin et juillet de la même année, gouvernement nigérien expulsait un ancien colonel français chargé de la sécurité de la firme française n°1 mondial du nucléaire civil et son directeur local, pour soutien à la rébellion armée des Touaregs (le MNJ). Ils avaient été accusés de fomenter une révolte militaire destinée à déstabiliser les institutions, tandis que le gouvernement tentait de rompre le carcan du monopole français imposé depuis 1961, dans le cadre de l’« accord de défense » signé entre le Niger, la Côte d’Ivoire, le Dahomey – aujourd’hui le Bénin – et la France. En janvier 2008, le gouvernement nigérien confirme au groupe français l’exploitation du gigantesque gisement d’Imouraren, l’une des plus grandes mines d’uranium du monde : l’extraction de 5.000 tonnes d’uranium par an sur 35 ans vers la France, avec un investissement de plus de 1,2 milliards d’euro.
C’est fort de la signature de ce contrat que notre VRP national était allé en mars au Niger, apporter quelques promesses complémentaires pour le développement du pays, des infrastructures essentiellement destinées à l’acheminement du minerais vers des ports. Les investissements annoncés par cette firme à Imouraren seraient d’un montant initial de 1,2 milliard d’euros. Selon les déclarations plus que rassurantes, ces investissements bénéficieraient à toute l’économie du pays… mais quelles seraient les conséquences exactes sur les populations ? La négociation de ce nouveau marché s’était avéré rude, devant affronter une nouvelle concurrence : Canadiens et Chinois. Alors la firme mit les bouchées doubles. Attaquée sur les pollutions et l’empoisonnement qu’elle générerait, elle développe des programmes médicaux et sanitaires : deux hôpitaux bien équipés dispenseraient consultations et soins aux habitants de la région ; un accès à l’eau et à l’électricité ; des aides à l’éducation pour les nomades. Le groupe consacrera 30 millions d’euros sur cinq ans à ces actions, auxquels s’ajouteront des aides au développement. L’entreprise a aussi décidé de lancer fin 2009, avec des experts indépendants et des ONGs, un « observatoire de la santé » autour de ses trois sites miniers afin d’assurer le suivi des salariés anciens et actuels. Tout semble donc parfait dans le meilleur des mondes !
Cependant les déclarations les plus optimistes cachent des réalités souvent très sombres pour ne pas dire désastreuses. Il serait à ce jour impossible d’évaluer scientifiquement l’impact de l’exploitation minière sur les populations locales et l’environnement. Les ONGs françaises ont été empêchées en 2003 de mesurer les taux de radioactivité et de toxicité et l’ « observatoire de la santé » ne concerne que les salariés de l’entreprise ! Les hôpitaux locaux, sur les sites d’exploitation qui appartiennent à la firme n°1 restent sous-équipés pour avoir la moindre efficacité. Les résidus et déchets radioactifs à ciel ouvert s’accumulent, livrés à l’érosion éolienne.
L’exemple du gisement d’Arlit est édifiant et sans commune mesure avec la toxicité des centres de stockages de déchets radioactifs de notre bon département de l’Aube. Ces gisements sont exploités par deux firmes françaises. A Arlit, pour extraire le minerai, il faut décaper de grandes surfaces aux alentours de la mine. Les résidus miniers laissés par l’extraction à ciel ouvert, par le broyage et le traitement du minerai d’uranium sont laissés sur place. Ces résidus conservent 85% de la radioactivité du minerai d’origine. Une montagne de 15 m de haut sur une superficie de 85 hectares et d’un volume de 12,5 millions de tonnes de résidus radioactifs est soumise au gré des vents qui transportent ses poussières sur des milliers de kilomètres. Le traitement du minerai exige l’usage de produits chimiques toxiques : ammoniaque, acide chlorhydrique, kérosène et eau oxygénée. Ces substances seraient déversées dans l’environnement proche et engendreraient des réactions chimiques toxicité. Ces tas de résidus miniers contiendraient également d’autres matières chimiques et toxiques : arsenic, nitrates et métaux lourds. Pendant la saison des pluies l’eau se chargerait de ces composés chimiques et empoisonnerait la nappe phréatique. Libéré en grande quantité par l’activité minière et les déchets radioactifs, le gaz radon-222, élément radioactif, peut parcourir des milliers de kilomètres en quelques jours sans jamais s’éloigner de la surface du sol, à cause de sa densité. Le radon émane aussi en grande quantité des montagnes de résidus radioactifs et des cheminées d’aération de la mine. Laissés à l’air libre, la poussière de résidus radioactifs et le gaz radon-222 seraient emportés par les vents dominants, soufflant du sud vers le nord, pénétrant profondément dans le territoire algérien. Leur dispersion dans tout le Sud algérien serait bien plus désastreuse et destructrice et sur une échelle bien plus grande que les restes des essais nucléaires français au Sahara. A Tamanrasset comme à Adrar des morts suspectes seraient dues à l’irradiation radioactive ; de nombreux habitants du Sud algérien auraient déclaré un cancer des poumons, de la peau, de la gorge, sans compter nombre de déformation physiques et les difficultés respiratoires chez les enfants. L’émanation des nuages toxiques et radioactifs de la mine d’Arlit affecte les régions touristiques du sud algérien. Dans le Hoggar, les arbres, les petites et les grandes herbes ont disparu, le sol nu est devenu stérile pour longtemps. Les habitants de la région survivant de l’élevage chamelier et caprin et du tourisme voient ces deux activités seraient en voie de disparition à cause des conséquences de la radioactivité sur la faune et la flore. Ces même populations nomades, les Touaregs armés pour déstabiliser le gouvernement nigériens, périraient des bienfaits de l’extraction minière au profit de notre très chère terre des droits de l’Homme.
La France possède 58 réacteurs nucléaires répartis sur 19 centrales nucléaires ; 30 % de l’uranium utilisé dans ces centrales proviennent du Niger...











