Il y a quelques semaines, la presse écrite annonçait la prochaine création des conseils de quartier à Troyes. Il s’agissait sur le papier d’un beau projet qui devait permettre de tisser un lien plus étroit entre municipalité et habitants des quartiers [1]. Hélas, les premières indications ont fait l’effet d’une douche froide. Chacun de ces 6 conseils ne devait alors comporter que 15 habitants sur 30 membres. Autrement dit, les habitants n’étaient pas majoritaires au sein même d’une structure sensé les représenter ! Un comble.
Qu’on se rassure, la municipalité a tendu l’oreille et écouté les critiques. Mais hélas, encore hélas, le sonotone était mal réglé ! Nous voici donc avec l’annonce d’un 16e habitant dans chaque conseil. C’est peu, très peu, trop peu. Mais ce cache-misère reste largement suffisant pour dire que les habitants seront majoritaires et ainsi clouer le bec à tous ceux qui osaient critiquer le dispositif troyen.
Majoritaires... certes, mais d’une courte tête. Très courte... Tellement courte qu’au dessus d’elle plane encore l’ombre du pouvoir politique. Ce même pourvoir qui, mordicus, veut verrouiller ces conseils de quartier. Tellement courte, que ce 16e habitant, à qui l’on souhaitera bien du courage, ne sera sans doute qu’une illusion démocratique compte tenu des absences inévitables. Tellement courte, que ce 16e homme (ou cette 16e femme) ne pourra ni envoyer son suppléant, ni donner procuration en cas d’absence, [2]. Tellement courte, que ce 16e habitant n’empêchera pas les conseils de toujours se tenir à huis-clos [3], ne maîtrisera pas l’ordre du jour, ne pèsera finalement pas lourd dans ce processus consultatif.
D’autant plus que presque partout ailleurs, faut-il le rappeler, les habitants représentent les ¾ des membres de ces conseils ! Partout... Sauf à Troyes et encore moins dans le Centre-Ville où cette démocratie participative aura une saveur bien fade. Là, le 16e habitant n’existe pas. Le 15e a également été oublié. Le 14e et le 13e aussi... Bref, dans le quartier Centre-ville, les habitants ne seront que 12 sur 31 membres !! Ils seront donc nettement minoritaires dans un quartier qui grosso-modo abrite encore plusieurs milliers de citoyens !
Faut-il alors considérer que dans ce centre-ville l’avis des habitants compte moins qu’ailleurs ?
Faut-il penser qu’ici le conseil de quartier ne doit pas être la représentation des habitants qui y vivent ?
Faut-il craindre que les habitants du centre ne viennent contredire les décisions prises par la majorité ?
Pour résumer, quelle est, derrière cette annonce, l’ambition de notre ville ? Quel est son projet ? Pourquoi créer ces conseils de quartier s’ils ne sont pas en mesure de faire émerger de nouvelles initiatives ? Pourquoi mettre en place une structure participative si on n’est pas prêt à lui laisser l’autonomie nécessaire ? A quoi bon laisser la parole aux habitants si l’on bâillonne cette parole ?
[1] Dans l’esprit, ces conseils sont le lieu pour consulter les habitants d’un quartier en amont du processus décisionnaire, pour enrichir les projets en gestation et solliciter l’expertise des résidents
[2] Paradoxe, contradiction : à Troyes, si on autorise les conseillers municipaux à donner procuration lors des séances, on interdit ce procédé aux conseillers de quartier. Allez savoir pourquoi...
[3] Dans d’autres villes, on laisse à chaque conseil la liberté de décider s’il souhaite siéger de façon publique ou à huis-clos. A Troyes, les conseils n’auront pas le choix









